Jean Chrétien, né le 11 janvier 1934 à Shawinigan (Québec), est un homme d'État canadien. Il est le 20e premier ministre du Canada, en fonction du 4 novembre 1993 au 12 décembre 2003, sous la bannière du Parti libéral du Canada.
Élu député lors des élections fédérales de 1963, il occupe différents postes ministériels au sein notamment des gouvernements de Lester B. Pearson et Pierre Elliott Trudeau, ainsi que celui de vice-premier ministre du Canada durant quelques mois en 1984 sous John Turner. Retiré de la vie politique depuis 2003, Chrétien est connu pour sa promotion de l'unité canadienne et sa lutte contre la souveraineté du Québec.
Jeunesse et carrière ministérielle
Jean Chrétien est né le 11 janvier 1934 à Baie-de-Shawinigan (aujourd'hui Shawinigan) au Québec et est le dix-huitième des dix-neuf enfants (dont 10 morts à la naissance ou en bas âge) de Wellie Chrétien (1887–1980) et Marie Boisvert (1892–1954). Son frère cadet est le médecin et chercheur en neuroendocrinologie Michel Chrétien.
Le 10 septembre 1957, il épouse Aline Chaîné, avec qui il a trois enfants, dont un adopté.
Il obtient son diplôme de droit à l'Université Laval, à Québec, en 1958. La même année, il est admis au Barreau du Québec et ouvre son cabinet d'avocat. Chrétien s'engage dans une carrière politique à partir de 1963.
Députés et premiers postes au cabinet
Jean Chrétien est élu député du Parti libéral à la chambre basse du Parlement du Canada pour Saint-Maurice en 1963 et conserve son siège lors des sept élections subséquentes (1965, 1968, 1972, 1974, 1979, 1980, 1984). Il devient le secrétaire parlementaire du premier ministre Lester Pearson en 1966, puis secrétaire du ministre des Finances Mitchell Sharp. Il obtient son premier poste au cabinet de Pearson en 1967 en tant que ministre sans portefeuille attaché aux finances.
Lorsque Pearson démissionne, en 1968, Pierre Elliott Trudeau lui succède et déclenche les 28e élections générales, qu'il remporte. Il confie alors à Jean Chrétien le poste de ministre des Affaires amérindiennes et du Nord canadien, qu'il occupera pendant toute la durée du 28e Parlement.
Concernant les pensionnats pour Autochtones, que les enfants autochtones étaient forcés de fréquenter, il affirme en octobre 2021 n'avoir « jamais » entendu parler des abus qui s'y pratiquaient comme les violences physiques et sexuelles et les disparitions. Des journalistes exhument cependant des archives gouvernementales montrant que son ministère avait connaissance des abus subis par les enfants.
En 1974, Trudeau le nomme secrétaire du Conseil du Trésor, où il acquerra le surnom de « Doctor No », en raison de sa tendance à souvent dire non aux demandes coûteuses des ministres du cabinet. Nommé ministre de l'Industrie et du Commerce le 14 septembre 1976, il accède un an plus tard au ministère des Finances du Canada où il demeure jusqu'au 4 juin 1979. Il est ainsi le premier titulaire francophone du ministère des Finances du Canada.
Jean Chrétien conserve son siège lors des élections du 22 mai 1979, mais le parti libéral est défait par les conservateurs de Joe Clark. Lorsque ce dernier est renversé neuf mois plus tard, les libéraux reviennent au pouvoir, et à l'approche du référendum sur la souveraineté-association au Québec, Jean Chrétien est nommé ministre de la Justice, ministre d'État au Développement social et ministre responsable des négociations constitutionnelles.
Durant la conférence constitutionnelle de 1981, il est le principal négociateur constitutionnel avec Roy Romanow de la Saskatchewan et Roy McMurtry de l'Ontario. Ensemble, dans l'après-midi du 4 novembre 1981, ils élaborent une ébauche écrite dans une cuisine inutilisée du Château Laurier à Ottawa. Cet accord informel, appelée « l'accord de la cuisine » mène à une entente entre Ottawa et plusieurs provinces portant sur le rapatriement de la Constitution du Canada.
Lorsque Trudeau annonce sa démission, le 29 février 1984, Jean Chrétien se lance dans la course à la succession du Parti libéral mais ne réussit pas à l'emporter devant l'immense popularité de John Turner au sein du caucus libéral. En 1986, il démissionne de son siège et quitte le devant de la scène politique pour aller exercer le droit.
Après la démission de John Turner en 1990, Chrétien fait un retour en politique et est élu pour lui succéder à la tête du Parti libéral du Canada. Afin que le chef obtienne un siège à la Chambre, le député néo-brunswickois Fernand Robichaud démissionne. Chrétien se présente alors dans Beauséjour et est élu avec 52 % des suffrages. L'écrivain Herménégilde Chiasson réalise à ce sujet un documentaire, Acadie à venir, se demandant si le parachutage d'un homme étranger à l'histoire profondément acadienne de la circonscription peut fonctionner, soulignant la différence entre la forte opposition des leaders d'opinion et le résultat. Ce mandat est le seul que Chrétien effectue hors du Québec, puisqu'il se représente dans sa traditionnelle circonscription de Saint-Maurice en 1993.
Entre 1990 et 1993, il concentre toute son énergie à la reconstruction du parti, qui n'a pas été au pouvoir depuis 1984. Lors de l'élection générale du 25 octobre 1993, les libéraux profitent de la division du vote de l'opposition ainsi que de la débâcle du Parti progressiste conservateur au pouvoir (réduit à seulement 2 députés) et remportent 177 des 294 sièges de la Chambre des communes.
En octobre 1993, Jean Chrétien devient premier ministre du Canada, son parti défaisant le Parti progressiste-conservateur du Canada de Kim Campbell, et prête serment le 4 novembre. Il est réélu aux élections de 1997 et en 2000, créant trois majorités consécutives et gouvernant le pays durant dix ans.
Alors que Pierre Elliott Trudeau, Joe Clark et Brian Mulroney étaient relativement nouveaux sur la scène politique lors de leur installation au 24 Sussex, Jean Chrétien peut compter sur 30 ans d'expérience en politique. Il a donc une connaissance approfondie du système parlementaire canadien, ce qui l'incite à fortement centraliser le gouvernement. En dépit des bons résultats obtenus, nombre de commentateurs accusent Chrétien d'être intolérant face aux critiques internes.