Alfred Simon Jean Bernard, né le 26 mai 1907 à Paris et mort le 17 avril 2006 dans la même ville, est un écrivain, résistant, médecin hospitalo-universitaire hématologue et cancérologue français. Membre de l'Académie française, il est le premier président du Comité consultatif national d'éthique, ainsi que président de l'Académie des sciences et de l'Académie nationale de médecine.
Jeunesse, études et engagement
Demeurant au no 2 du square Saint-Ferdinand (aujourd'hui rue du Colonel-Moll), dans le 17e arrondissement de Paris, Jean Bernard est l'aîné d'une famille d'ingénieurs avec deux frères et une sœur : Henri (1908-1982), Michel (1909-1997) et Lise (1913-2004). Son grand-père maternel, Émile Paraf (1846-1924) est polytechnicien ; son père, Paul Bernard (1876-1951) est centralien, ainsi que Michel, son frère cadet. Pendant la Première Guerre mondiale, et tandis que son père est au front, il est envoyé en Bretagne, à Couëron, près de Nantes. Jusqu'en 1918, il étudie à l’école communale de Couëron en Loire-Atlantique, puis, après le déménagement de sa famille boulevard Saint-Aignan à Nantes, au lycée Clemenceau. Sa mère, née Andrée-Marguerite Paraf, meurt en 1920. Puis Jean Bernard fréquente le lycée Louis-le-Grand à Paris, où il acquiert une solide culture classique. Il lit beaucoup et commence à écrire des proses et des poésies. À 17 ans, il joue dans une pièce de Victor Hugo, Mangeront-ils ?. Ses partenaires sont Claude Lévi-Strauss et Pierre Dreyfus. À cette époque, il hésite encore entre la médecine et la littérature. Il finit par se décider pour la médecine : « La médecine me parut allier l'humanisme et mon goût pour les sciences ».
Il suit des cours à la Faculté des sciences de Paris, à la Faculté de médecine et enfin à l'Institut Pasteur.
En 1929, il devient interne des hôpitaux. En raison de l’indisponibilité de stage dans l'hôpital où il est formé, Jean Bernard décide d'occuper un poste dans l'hôpital le plus proche de son domicile. Il entre dans le service du Pr Paul Chevallier, qui est un maître en hématologie. Jean Bernard éprouve une grande admiration pour ce médecin et c'est grâce à lui qu'il va faire des maladies du sang l'affaire de sa vie. En 1931, il fonde avec Paul Chevallier la première société savante d'hématologie. À partir de 1933, il commence une thèse expérimentale sur la leucémie. Il obtient son doctorat en médecine en 1936.
Le 12 janvier 1931, il épouse Amy Pichon (1905-1992), fille de Charles-Adolphe Pichon (1876-1959), secrétaire général civil de la présidence de la République et délégué général de l'UIMM, et de Marguerite Pichon-Landry, présidente du CNFF. Amy Pichon est également la nièce du ministre Adolphe Landry.
De leur union naissent trois enfants : Antoinette, Dominique et Olivier.
Dès 1940, Jean Bernard entre dans la Résistance, ce qui lui vaut d'être l'un des cinq cents titulaires de la carte de Résistant de 1940. Le 20 septembre, il entre dans le réseau de René Parodi où il rédige et distribue des tracts. Au début de l'année 1941, ce réseau est démantelé. René Parodi est arrêté puis exécuté en prison. Jean Bernard se cache en province, passe ensuite en zone Sud, où il entre dans un réseau action. En automne 1942, il découvre la ville de Marseille et le monde du Vieux-Port, dont il ne manque pas de se souvenir lors de son éloge à Marcel Pagnol. En 1942, il dirige un réseau de résistance dans le sud-est de la France. Il est responsable des parachutages d'armes sur les plateaux du Vivarais, dans le Vaucluse et dans les Bouches-du-Rhône.
En avril 1943, de retour à Paris en ayant repris ses consultations, Jean Bernard est arrêté par la Gestapo à son domicile. Il lui est reproché la rédaction d'une ordonnance médicale pour le fils de Robert Debré, Michel. Il est alors incarcéré durant six mois à la prison allemande de Fresnes, où sont entassés cinq détenus dans une cellule no 359 prévue pour une seule personne. Dès sa libération, Jean Bernard reprend ses activités de résistant. Il ne déposera les armes qu'une fois la capitulation allemande du 8 mai 1945 proclamée. De mai à septembre 1944, il est actif dans un réseau de renseignement ; il parcourt la ville à bicyclette et prend des notes permettant la libération de Paris. Il reçoit à son cabinet Alexandre Parodi, devenu l’un des chefs de la Résistance, qui lui montre la liste complète des futurs commissaires de la République, préfets et sous-préfets.
Après la guerre, Jean Bernard reprend ses études de médecine. Il suit les cours d'immunologie et de bactériologie de Gaston Ramon et Robert Debré. En 1946, il devient médecin des hôpitaux, puis, en 1949, il réussit l'agrégation et enseigne à la faculté de médecine de Paris.
Les succès médicaux et la réflexion éthique
En 1947, avec Jean Hamburger, Jean Bernard crée l'« Association pour la recherche médicale » qui devient la Fondation pour la recherche médicale en 1962.
En 1947, à l'hôpital Hérold, il obtient avec Marcel Bessis la première rémission dans un cas de leucémie chez un enfant, Michel. Jean Bernard a eu l'idée de modifier le milieu intérieur (concept dû à Claude Bernard) et c'est Marcel Bessis qui a apporté la technique de l'exsanguino-transfusion, consistant dans le remplacement total du sang d'un organisme. Ce premier succès fait l'objet d'une publication dans la Revue de transfusion. En 1950, il décrit la première leucémie chimiquement induite chez l'homme : l'hémopathie benzénique observée chez les sujets travaillant dans les industries qui utilisent le benzène. Cette étude permet à Jean Bernard d'aborder le traitement curatif de la leucémie.
En 1948, avec son confrère Jean-Pierre Soulier, ils décrivent le syndrome Bernard-Soulier qui porte leurs noms. Les deux hématologues ont décrit le cas d'un jeune homme avec une tendance à saigner, une thrombocytopénie et des thrombocytes extrêmement hypertrophiés (« thrombocytes géants »). Le patient s'est présenté à l'âge de 15 ans avec des saignements de nez importants et du sang dans les selles, puis a subi des saignements répétés au cours des années suivantes et est décédé à l'âge de 28 ans d'une hémorragie cérébrale. Sa sœur est morte en bas âge à l'âge de 31 mois. Les parents et les autres frères et sœurs n'ont pas été touchés.
En 1956, il est professeur de cancérologie.
En 1957, il est médecin chef de service à l'hôpital Saint-Louis. Léon Binet témoigne de la manière dont Jean Bernard menait ses consultations : « Les malades étaient fascinés par sa façon d'être. Il avait un esprit de synthèse tellement fulgurant qu'il arrivait très vite à formuler des solutions pratiques, dans une discipline pourtant complexe. Très présent dans son service, partisan du temps plein à l'hôpital, il recevait les familles de ses petits malades dès huit heures le matin et savait les rassurer ».
En 1958, il devient membre du Comité consultatif de la recherche scientifique. Il fait partie du Comité des douze sages qui conseille le Général de Gaulle sur l'orientation de la recherche en France. En 1961, il devient professeur de clinique des maladies du sang et il prend la direction de l'Institut de recherche sur les leucémies et les maladies du sang installé à l'hôpital Saint-Louis. En 1962, il isole une substance, la rubidomycine, dont il réussit à démontrer l'efficacité contre la leucémie. Il décrit aussi en 1967 le syndrome de Lasthénie de Ferjol.
Il est président du conseil d'administration de l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) de 1967 à 1980.