Jean Bauhin (ou Johann Bauhin), né à Paris, le 12 février 1541 et mort à Montbéliard le 26 octobre 1613, est un médecin et botaniste franco-suisse.
Il est le fils de Jean Bauhin (1511-1582) et de Jeanne Fontaine et le frère de Gaspard Bauhin, lui aussi médecin et botaniste, avec lequel il a collaboré.
Élevé dans une famille réformée, francophone de Bâle, Jean Bauhin (fils) parcourt l’Europe pour suivre les cours des meilleurs anatomistes et botanistes le l’époque qui basent leur approches sur l’observation méticuleuse du monde. Il exercera un temps la médecine à Bâle tout en continuant à pratiquer des herborisations sous la direction attentive du naturaliste suisse Conrad Gessner.
Il part ensuite en France, et s’installe d’abord à Lyon où il exerce la métier de médecin de ville. Lors de l’épidémie de peste de 1564, il est nommé médecin officiel de la peste et commence à noter les expériences acquises lors dans la lutte contre la maladie. En raison des tensions religieuses, il doit retourner en Suisse. Mais il n’arrive pas à se fixer tant à Genève qu’à Bâle. Il trouve enfin à Montbéliard un havre de paix, en raison d’une grande ouverture à toutes les formes de protestantisme – calviniste et luthérien – et de la possibilité d’y vivre et d’y travailler en parlant français tout en restant proche de Bâle.
En collaboration avec le médecin Jacques Dalechamps, Jean Bauhin entreprend une compilation de tout ce qui était connu de son temps en botanique. L’ouvrage sera publié à titre posthume en 1650-1651 (soit 37 ans après sa mort en 1613), sous le titre de Historia plantarum universalis. C’est le premier grand projet encyclopédique universel sur les plantes, avec des illustrations abondantes (5 226 plantes avec 3 577 illustrations). Ce travail sera poursuivi par son frère Gaspard Bauhin qui fut un précurseur de la systématique moderne. C’est l’un des plus ambitieux projets scientifiques du XVIIᵉ siècle qui témoigne de la volonté de transformer la botanique en une discipline universelle et méthodique, en reliant les savoirs antiques, médiévaux et de la Renaissance dans une synthèse monumentale. Même si incomplet et parfois confus, il reste une pierre angulaire dans l’histoire de la classification des plantes.
Cet article s'appuie essentiellement sur les recherches historiques remarquables du botanistes suisse Hans Peter Fuchs-Eckert, Die Familie Bauhin in Basel, Bauhinia, 6, 1, 1977.
Jean Bauhin est le fils d'un médecin nommé lui aussi Jean Bauhin (1511-1582) qui fut obligé de quitter la France pour avoir embrassé la religion réformée. Il vit le jour le 12 février 1541 à Paris, alors que son père était incarcéré pour hérésie. Ce dernier échappera au bûcher grâce à l’intervention de Marguerite d’Angoulême sœur du roi François Ier. La famille doit fuir à Anvers aux Pays-Bas espagnols mais là aussi l’Inquisition s’intéresse à lui et il doit s’échapper et se réfugier à Bâle en Suisse. Âgé de trois ans, Jean Bauhin fils arrivera en août 1544 à Bâle pour rejoindre son père, accompagné de sa mère et de son oncle Hugo Bauhin, en remontant le Rhin (d'après la chronologie de Fuchs-Eckert).
Formation naturaliste et humaniste
Son père lui enseigne les rudiments des savoirs fondamentaux, posant très tôt les bases de l’intérêt qu’il manifestera plus tard pour les plantes. Par l’intermédiaire de Sébastien Castellion, un ami intime de son père et célèbre philologue, le jeune Bauhin reçoit également ses premières leçons de latin et de grec, ainsi qu’une initiation à la rhétorique.
Il recevra une formation botanique auprès des premiers créateurs de la pensée botanique moderne basée sur l’observation. Il étudie à l'université de Bâle sous l'autorité de Coelius Curio puis à l'université de Tübingen, approfondit ses connaissances de botanique, sous la direction de Leonhart Fuchs qui propose des illustrations de plantes faites avec autant de précisions que la technique de la gravure sur bois l’autorise. Fuchs s’intéresse particulièrement au jeune étudiant, le reçoit souvent chez lui et lui ouvre l’accès à son jardin botanique privé. Il ira aussi étudier à Zurich sous la direction de Conrad Gessner qui insiste sur l’importance les caractères floraux, pour classer les plantes, largement préférables pense-t-il à ceux des feuilles. Il lui prodiguera des conseils pendant de longues années et si bien que Jean Bauhin dira de Conrad Gessner qu'il est son « meilleur maitre ». Au début de juin 1561, le jeune Bauhin a la chance d’accompagner Gessner dans un voyage aux bains de Bormio, dans le Valtellina, où ce dernier espère soulager ses douleurs sciatiques chroniques. Pendant huit jours, Gessner et Bauhin voyagent en herborisant. Durant le séjour de cure à Bormio d’environ un mois, ils collectent des plantes dans les environs. Lors de ce vaste périple alpin avec Conrad Gessner, le jeune Bauhin reçoit l’impulsion et les outils intellectuels qui nourriront sa future activité de botaniste.
Bauhin se rend ensuite à Montpellier pour suivre les cours du célèbre naturaliste Guillaume Rondelet. De passage à Lyon, il rencontre Jacques Daléchamps qui l'aide dans ses recherches botaniques. Dans la région d’Avignon et d’Arles, Bauhin étudie la flore de la fin d’été et arrive à Montpellier à la fin de septembre 1561. Les connaissances exceptionnelles et l’autorité scientifique de Rondelet faisaient alors de Montpellier un centre de premier plan pour les médecins passionnés de botanique.
Durant le semestre d’hiver (du 18 octobre 1561 à Pâques suivant), Jean Bauhin suit les cours et démonstrations, notamment les quatre dissections anatomiques réglementaires instituées à Montpellier depuis 1550, et tenues par Rondelet dans le Theatrum anatomicum fondé en 1556. Il lie des relations avec Charles de l'Écluse, un médecin et botaniste flamand de langue française qui fut l’un des premier à fournir des descriptions réellement scientifiques des végétaux.
C’est à Montpellier que Bauhin acquiert ses connaissances fondamentales en anatomie pratique, qu’il mettra plus tard à profit lors de deux dissections publiques à Bâle. Pendant le semestre d’été suivant, Bauhin participe aux excursions botaniques organisées dans les environs proches et lointains de Montpellier. De telles excursions et démonstrations botaniques étaient, elles aussi, rendues obligatoires par le règlement depuis 1550.
Au début du XVIIe siècle, presque tous les botanistes importants avaient reçu leur formation à Montpellier ; c’est aussi de là que se répandit la technique de constitution des herbiers (Herbarien), déjà conforme aux méthodes modernes.
Jean Bauhin fils obtient son doctorat de médecine en 1562, sans qu’on sache véritablement quelle université lui a délivré (peut-être Valence (Drôme) selon Fuchs-Eckert).
Selon les sources contemporaines et les études modernes (Fuchs-Eckert, 1977), Jean Bauhin fils (1541–1613) n’a pas quitté Montpellier à cause de persécutions directes, mais par précaution et prudence dans un contexte devenu dangereux pour les étudiants protestants. Car en mars 1562, a eu lieu le massacre de Wassy, commis par les troupes du duc de Guise contre les huguenots, marquant le début officiel de la première guerre de Religion.
De retour en Suisse, Jean Bauhin accompagne à nouveau Conrad Gessner dans ses herborisations en Suisse avant de s'installer à Bâle et d'y exercer la médecine. Il devient professeur de rhétorique en 1566. Gessner le tient en très haute estime. À Bâle, Bauhin s’occupe d’abord de la rédaction d’un lexique médical et du manuscrit du catalogue botanique de Montpellier. Parallèlement, il doit s’adonner à la pratique médicale et reprendre une partie des patients de son père, débordé de travail.
Renonçant assez vite à l’idée de s’établir comme médecin praticien, il décide de parfaire ses connaissances anatomiques, botaniques et médicales dans les grands centres italiens des nouvelles sciences descriptives.