Jean Astruc, né à Sauve le 19 mars 1684 et mort à Paris le 5 mai 1766, est un médecin théoricien français, auteur d'importants ouvrages, de réputation historique, sur la syphilis, les maladies vénériennes et la gynécologie-obstétrique. Il est aussi considéré comme l'un des pionniers de l'exégèse biblique moderne.
Jean Astruc est issu d'une famille, probablement d'origine juive, alliée à la noblesse du Bas-Languedoc. Son père, Pierre Astruc, a été l'élève à Genève du théologien hébraïsant François Turretini (1623-1687). Pasteur protestant à Aigremont, Pierre Astruc abjure lors de la révocation de l'édit de Nantes (octobre 1685) pour exercer la profession d'avocat.
Bien qu'il fût baptisé au temple, Jean Astruc ne se reconnaîtra lui-même que catholique romain comme son frère Anne-Louis, professeur de droit à Toulouse.
Montpellier et Toulouse (1700-1725)
Auprès de son père, Jean Astruc étonne par sa mémoire prodigieuse : il retient tout ce qu'il lit et assimile très rapidement plusieurs langues vivantes (anglais, italien) et anciennes dont le latin où il excelle et l'hébreu.
Il poursuit ses études à l'université de Montpellier où il est reçu maitre-ès-arts en philosophie en 1700, pour se consacrer entièrement à la médecine. En 1703, il est reçu docteur à l'âge de 19 ans.
En 1706, il est élu membre de la Société royale des sciences de Montpellier, il le restera jusqu'en 1728. À la faculté de médecine, de 1707 à 1709, il est professeur remplaçant de Pierre Chirac (1657-1732).
En 1710 ou 1712, il obtient par concours la chaire de médecine et d'anatomie de l'université de Toulouse. En 1716, son maître Pierre Chirac accède à la cour de France, et lui cède sa place vacante de professeur de médecine à Montpellier. Il est nommé surintendant des eaux minérales du Languedoc en 1721.
Vers 1726, il devient médecin ordinaire du duc d'Orléans, Louis d'Orléans (1703-1752), et doit donc s'établir à Paris. En 1729, Auguste II de Pologne l (1670-1733) le nomme son premier médecin, mais les intrigues de cour lui déplaisent, il revient à Paris, d'autant plus que Louis XV le prend pour médecin consultant en 1730. Astruc devient titulaire de la chaire de médecine au Collège royal en 1731. Durant cette première période et jusqu'en 1743, il n'est qu'un docteur de Montpellier occupant de hautes fonctions à la cour.
En 1743, à la suite de démarches, il soutient avec succès une thèse d'agrégation pour être proclamé unanimement docteur-régent de la faculté de médecine de Paris. Ce qui étonna les contemporains, car il y avait une inimitié vieille de près de cinq siècles entre les deux universités. C'était la première fois qu'un professeur de Montpellier allait enseigner à Paris.
Tout au long de sa vie, et jusqu'à sa mort, Jean Astruc publie beaucoup. Il donne ses leçons au Collège royal et à la faculté de médecine. Au faîte de sa carrière, personnalité médicale importante de son temps, il occupe des positions d'autorité et d'expertise : censeur royal, commissaire de la faculté sur la question de l'inoculation... il donne son avis dans de nombreux domaines sur des questions médicales ou d'organisation de la médecine.
Cette réussite professionnelle est facilitée par ses relations à la cour et sa fréquentations des salons littéraires, dont celui de Mme de Tencin (1682-1749). Il est aussi dans le cercle des amis de Voltaire (1694-1778).
Il meurt en 1766 à l'âge de 82 ans, toujours actif dans la dernière année de sa vie, publiant ses travaux et participant aux assemblées, malgré ses infirmités.
Il était marié avec Jeanne Chaunel, d'une bonne famille du Languedoc, et il avait deux enfants, un fils et une fille. Son fils est devenu président de la cour des aides, et sa fille l'épouse d'Étienne de Silhouette (1709-1767), contrôleur général des finances sous Louis XV.
La réputation d'Astruc repose d'abord sur son talent d'enseignant. Éloquent, clair et méthodique, il plait aux étudiants. Nicolas Éloy (1714-1788), qui fut son élève, fait de lui un portrait vertueux : « Il aimait les jeunes médecins, il les instruisait sans affectation, leur donnait ses avis sans vanité, et corrigeait leurs erreurs avec bonté ».
Ferme dans ses opinions, il avait une pensée libre et hardie, ce franc-parler lui vaudra nombre d'inimitiés, mais le fait qu'il ait réussi à se faire admettre à la Faculté de Paris montre, selon Louis Dulieu (1917-2003) de réels talents diplomatiques.
Travailleur acharné, participant assidu des séances et des assemblées, il lit énormément et démontre une érudition impressionnante. Sa bibliothèque personnelle compte à sa mort 3 782 ouvrages, dont 1 511 de médecine, ce qui en fait l'une des plus importantes bibliothèques de particuliers de son siècle. Par exemple, dans le seul domaine des dictionnaires et grammaires, Astruc disposait de 18 ouvrages pour le français, 21 pour le latin, 15 pour le grec, 11 pour l'hébreu, et 9 au total pour l'anglais, l'italien et l'espagnol, ainsi que l'Essai sur les hiéroglyphes des Égyptiens de William Warburton (1698-1779).
Pour ses collègues et rivaux, qui voient en lui un parvenu, il a le défaut de ses qualités. Ils le jugent « trop habile, horriblement vaniteux, méchant fourbe, plus craint qu'aimé ». La Mettrie (1709-1751) le surnomme « savantasse », et d'Alembert (1717-1783) « maroufle ».