Jean André Valletaux, aussi appelé sieur de la Plante, dit « La Côte », né le 23 novembre 1757 à Hiersac (Charente) et mort le 23 juin 1811 à Quintanilla-del-Valle (Espagne), est un général et homme politique français de la Révolution et de l’Empire, tué au combat pendant la guerre d'indépendance espagnole.
Né dans une famille d'un père agriculteur, André Valletaux, sieur de la Plante, et de Marie Valletaux, Jean André Valletaux entre au service comme simple soldat dans le régiment d'Aunis (31e régiment d'infanterie de ligne) le 1er décembre 1779, dans lequel un de ses frères sert déjà en qualité d’officier. Il devient caporal le 16 décembre 1780, sergent le 1er février 1782, sergent-major le 1er septembre 1786 et enfin adjudant-sous-officier le 15 septembre 1791, en pleine Révolution.
Soldat de la garde constitutionnelle
Sous l'ordre du ministre de la Guerre, il est choisi pour remplir les fonctions d'adjudant-sous-officier dans la Garde constitutionnelle du Roi Louis XVI. Il sert dans ce dernier corps lorsque, le 20 juin 1792, le peuple, échauffé par les Jacobins, force l'entrée du palais des Tuileries, fait irruption dans les appartements et contraint le roi à se coiffer du bonnet rouge. L'adjudant Valletaux, qui n'est pas de service, vient au palais et se présente dans l'appartement du roi au moment où la reine Marie-Antoinette, tenant le dauphin dans ses bras, y entre par une autre porte. Il protège la souveraine en s'interposant face aux révolutionnaires. Une personne de la Cour lui fait l’observation que ses expressions sont déplacées en présence de Leurs Majestés, la reine, qui a entendu l'interlocuteur, se hâte d'intervenir en disant: «Ah! Laissez-le dire; plût à Dieu que tous les Français lui ressemblassent!». Le lendemain, la reine lui fait donner un logement au Garde-Meuble.
Bien que la Garde constitutionnelle du Roi ait été licenciée peu de temps après, il ne quitte cependant pas Paris, quoique sans emploi. Dans la journée du 10 août, il se rend encore au palais des Tuileries et rejoint les serviteurs qui entourent le Monarque pendant que l’on massacre les Gardes suisses dans les cours du château. Quelques personnes donnent au roi le conseil de prendre une résolution énergique, mais Louis XVI veut éviter une effusion de sang. Tout à coup une députation de l'Assemblée législative, qui a traversé le jardin, arrive aux Tuileries, se présente au roi et l'engage à se réfugier avec sa famille au sein de l'Assemblée. C'est alors, parmi les assistants, un sauve-qui-peut général. L'adjudant Valletaux descend, avec quelques autres personnes, dans les cuisines donnant sur le jardin des Tuileries, espérant y trouver une issue. Mais tout est fermé et il faut perdre quelques minutes pour enfoncer une porte. Pendant ce temps, les Jacobins, armés de piques, envahissent le jardin. Valletaux parvient néanmoins à se faire jour, accompagné de deux grenadiers et il se dirige du côté de l'Assemblée législative, où il a l'intention de chercher un refuge. Ses deux camarades sont massacrés au moment où ils mettent, tous les trois, le pied sur le seuil de la porte de la salle des représentants. Valletaux réussit à se sauver et parvient à se réfugier dans sa chambre.
Pendant la nuit qui suit cette journée, les assassins, courant de porte en porte, recherchent dans leurs logements les anciens gardes du roi dont ils ont décidé l‘immolation. Plusieurs de ces militaires sont arrêtés, puis conduits à la prison de l'Abbaye, où ils sont égorgés avec les Suisses dans les journées de septembre. L'adjudant Valletaux, lorsqu'il entend les pas des égorgeurs se rapprocher du local qu'il habite, se revêt à la hâte de son ancien uniforme du régiment d'Aunis, qu'il a heureusement conservé parmi ses effets, et affirme aux émeutiers qui pénètrent chez lui qu'il appartient au 31e régiment d'infanterie, ce qui le sauve.
Ascension militaire et faits d'armes
Quelques jours après, des officiers du 4e bataillon de volontaires de la Charente, qui viennent d'arriver du camp de Soissons à Paris et demandent à Valletaux s'il lui convient d'être leur chef. Il accepte la proposition et se rend au camp, où il est élu chef de bataillon et prend le commandement.
Le 9 pluviôse an II (29 janvier 1794), il est nommé chef de la demi-brigade des Lombards et reçoit les épaulettes de général de brigade le 23 Vendémiaire an III (13 octobre même année). Ces deux grades sont les résultats de sa participation aux trois premières campagnes à l'armée du Nord, des Côtes-de-Brest et des Côtes-de-l'Océan. Il a également été blessé au siège de Bois-le-Duc par un boulet.
Le 1er pluviôse an III (20 janvier 1795), il passe à l'armée des côtes de Brest, sous les ordres de Hoche. Il commande la colonne du centre lors de l'attaque et la prise du fort Penthièvre, le 2 thermidor suivant (20 juillet) où il reçoit un sabre d'honneur. Il est écrit à ce propos dans les Victoires et Conquêtes, page 221, tome IV : « La colonne du général Valletaux arrive la première au pied du retranchement des Royalistes et commence aussitôt l'attaque. Les Chouans qui gardaient les avant-postes sont surpris et égorgés. L'alarme se répand sur la ligne et autour du fort. Les canonniers émigrés sont à leurs pièces et font feu sur les Républicains, qui n'ont point d'artillerie à opposer à celle de leurs ennemis. L'humidité a d'ailleurs rendu leurs fusils inutiles ; la baïonnette seule leur reste pour combattre. Mais comment atteindre un ennemi retranché dans des ouvrages d'un difficile accès ? Le général Valletaux donne l'exemple, et s'élance sur les retranchements. Il est repoussé, ainsi que tous ceux qui l'ont suivi. La colonne du général Humbert s'avance avec une égale intrépidité sur les points qui lui ont été désignés : mais, doublement foudroyés par l'artillerie des émigrés et par les chaloupes anglaises qui se sont rapprochées de la côte, les Républicains sont ébranlés, oublient leur audace accoutumée et rétrogradent. Le vigilant Hoche accourt pour remédier au désordre. Lui-même se porte en avant avec quelques braves; mais il reconnaît l'impossibilité de franchir les obstacles qui lui sont opposés. Le général Botta est blessé mortellement d'un coup de biscaïen. Son escorte épouvantée fuit en désordre. Tout semblait perdu. Le général Hoche, frémissant de rage et croyant avoir donné dans un piège, se disposait à ordonner la retraite, lorsqu’un bruit sourd et confus se fait entendre tout à coup. Les soldats s'écrient : « Ce sont les nôtres qui ont pénétré dans le fort ! » Hoche et les conventionnels Blad et Tallien, qui avaient suivi ce général jusque sous le feu des batteries, élèvent leurs regards sur le fort, alors éclairé par les premiers rayons du soleil. Quelle est leur surprise ! l'étendard tricolore a remplacé le drapeau blanc. Le cri de Victoire ! vole aussitôt de bouche en bouche. Il est répété par les Républicains, qui paraissent en cet instant sur les remparts du fort. » C'était Valletaux qui venait de s'en emparer...
Nommé au commandement du département des Côtes-du-Nord après l'affaire de Quiberon, il contribue à la pacification du pays. Un arrêté du Directoire du 1er vendémiaire an V (22 septembre 1796) ayant supprimé l'état-major de l'armée des côtes de l'Océan, il demeure quelque temps sans emploi. Bernadotte, général en chef de l'armée de l'Ouest, le remet provisoirement en activité le 27 thermidor An VIII (15 août 1800), position dans laquelle il reste jusqu'au 10 frimaire an IX (1er décembre 1800).
Élu membre du Corps législatif le 7 ventôse an X (27 février 1802), il siège dans cette assemblée jusqu'en 1809. Le 4 frimaire an XII (26 novembre 1803) le Premier Consul Bonaparte le fait membre de la Légion d'honneur, et le 25 prairial suivant (14 juin 1804) il lui remet les insignes d’officier de l'Ordre.
En quittant le Corps législatif en 1809, il demande à rentrer au service actif, et le 10 juin il obtient d'être employé à l'armée de réserve d'Allemagne et est nommé gouverneur de la ville de Bois-le-Duc. Il passe ensuite, le 8 août, à l'armée du Nord et prend le commandement d'une brigade dirigée sur Anvers, qui est attaquée par les Anglais. Il contribue à repousser les tentatives de l'ennemi et le 26 septembre, après la cessation des hostilités, il retourne dans ses foyers.