Ce Jour-là

Jean-Pierre Vigier (physicien)

Physicien français

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Jean-Pierre Vigier, né le 16 janvier 1920 à Paris où il est mort le 4 mai 2004, est un physicien français. Résistant, communiste, puis en rupture avec le Parti communiste français, il est l'un des acteurs des événements de Mai 1968 en France.

La physique et la politique dominent la vie de Vigier. Son approche philosophique est toujours matérialiste.

Il participe à la fondation du CEA avant d'entrer au CNRS, étant en désaccord avec le projet de bombe atomique française.

Jean-Pierre Vigier est le fils de Françoise Dupuy, infirmière, et de Henri Vigier, conseiller politique à la Société des Nations à Londres puis à Genève, et, à partir de 1946, pour l’Organisation des Nations unies à New York.

Il naît 16 janvier 1920 à Paris.

Il passe son enfance à Genève, où il effectue sa scolarité au sein du lycée international et obtient les baccalauréats en mathématiques et en philosophie. Il s'inscrit à la Sorbonne en 1938 où il passe son certificat de mathématiques générales et de sciences physiques naturelles. Démobilisé en 1941, il s'inscrit à l'université de Montpellier où il valide deux licences, en mathématiques et en physique. Il retourne ensuite à Genève et commence un doctorat de mathématiques.

Il y rencontre Tamara Caspary, fille de Kurt Caspary et de Rachel Dübendorfer, membre du réseau d'espionnage soviétique Rote Drei qui est alimenté via Rudolf Roessler, un libraire allemand établi à Lucerne, par des officiers supérieurs allemands de l'OKW. Selon le dictionnaire biographique Maitron, Jean-Pierre Vigier et sa compagne — qu'il épousera après la guerre — travaillent pour le Rote Drei. Après la guerre, les services de renseignement soupçonnent le couple d'agir pour le GRU, service soviétique de renseignement militaire.

Jean-Pierre Vigier adhère en octobre 1940 au Parti communiste français. Après le débarquement, il rejoint les Francs-Tireurs et Partisans (FTP) de Haute-Savoie. Devenu membre de l'état-major national des FTP, il intègre l'Armée française sous le commandement du général De Lattre de Tassigny, comme officier de l'état-major chargé des armements à l'inspection de l'armée de terre. Il quitte l'armée pour ne pas servir en Indochine.

Cela puis son engagement contre la deuxième guerre du Vietnam, lui vaut la reconnaissance des dirigeants vietnamiens. Il est un ami d'Hô Chi Minh qui le considère comme « un libérateur du Vietnam » ; il est fier de ce passé de « baroudeur pour des idées ». Le physicien travaille ensuite auprès de Joliot-Curie, au Commissariat à l'énergie atomique (CEA), qui venait d'être créé. Joliot y aurait négocié son détachement. Il quitte le CEA pour devenir un des assistants de Louis de Broglie au Centre national de la recherche scientifique.

Responsable au Parti communiste

Militant à la Fédération mondiale des travailleurs scientifiques, il s'implique plus directement au PCF après avoir soutenu sa thèse de Physique en décembre 1954. Il intervient par deux fois à la tribune des Congrès de ce parti. En 1956, lors du XIVe Congrès, délégué de la fédération de Paris, il axe son intervention sur la nécessaire intervention du parti en tant que vecteur du matérialisme dans les disciplines scientifiques. En 1959, après être intervenu à la tribune du XVe du Congrès, il est élu membre du Comité central du Parti communiste français.

Le 3 octobre 1960, juste après le verdict du procès du Réseau Jeanson et au cours de la polémique à propos du Manifeste des 121 sur le droit à l’insoumission dans la guerre d’Algérie, Jean-Pierre Vigier, membre du comité central du PCF, intitule un article dans L'Humanité « Soutenir les condamnés, défendre les 121 » : « Leur défense est l'affaire de tous les démocrates, de tous les républicains. (...) Malgré nos désaccords avec certains moyens choisis par les inculpés ou proposés par les 121, nous considérons que leur rappel a le mérite de contribuer au réveil de l'opinion et d'élargir le débat sur la nature de la guerre d'Algérie et les moyens d'y mettre un terme. » Cet éditorial, unique en son genre, est publié contre l'avis de plusieurs dirigeants communistes. Lié par ses activités militantes contre la Guerre d'Algérie aux jeunes de l'Union des étudiants communistes (en 1960, Jean-Pierre Vigier intervient lors du 4e Congrès de cette organisation en tant que représentant du Comité central du PCF) et à deux de ses dirigeants Philippe Robrieux et Serge Depaquit, et par son statut d'intellectuel, proche de Laurent Casanova, il est éliminé du Comité central deux ans plus tard, en 1961, lors de l'affaire Casanova-Servin, dans la même "charrette" que Jean Pronteau, Maurice Kriegel-Valrimont.

Il participe ensuite activement aux mobilisations contre l'intervention américaine au Vietnam, en participant au Tribunal Russell, dont il est secrétaire général pour lequel il se rend au Nord-Vietnam afin de témoigner sur les crimes de guerre américains, puis en militant aux Comités Vietnam animés par des militants se situant à gauche du Parti communiste français.

Il est ainsi actif dans les premières réunions de sensibilisation de la jeunesse à la cause vietnamienne.

Sur le plan international, il soutient les mouvements anti-impérialistes qui se retrouvent dans la Conférence Tricontinentale puis dans l'Organisation latino-américaine de solidarité (OLAS) soutenues par Fidel Castro depuis La Havane.

En mai 1968, prenant parti pour les groupuscules "gauchistes", il assume la responsabilité de directeur gérant du journal Action, journal des Comités d'action regroupant l'UNEF, les comités d'action lycéens, le Mouvement du 22-Mars et le SNESUP. Cela lui vaut d'être exclu du Parti communiste. Associé à André Barjonet, démissionnaire de la CGT, à Gilbert Mury, à Alain Geismar, et au leader de la Jeunesse communiste révolutionnaire, Alain Krivine, il signe fin mai des appels à créer un mouvement révolutionnaire, qui coordonnerait les Comités d'action locaux. En 1999, il confirmera à ce sujet à Bernard Brillant qu' « il ne fait aucun doute (...) que la situation est révolutionnaire et qu'il faut exploiter à fond la déstabilisation du régime pour s'emparer du pouvoir, par la force s'il le faut ». Il fait partie des manifestants qui, le 24 mai, tentent de mettre le feu à la Bourse de Paris.

Jean Rochet, directeur de la Direction de la Surveillance du Territoire de 1967 à 1972 cite Vigier et Alain Krivine, comme deux hommes « aussi engagés dans l'action (que le trio Daniel Cohn-Bendit, Alain Geismar et Jacques Sauvageot) mais beaucoup plus secrets, dont les faits et gestes ont été moins commentés, mais qui en réalité n'ont cessé d'orienter et animer la lutte ». Il met en avant ses « liaisons fréquentes » avec Cuba, ses visites à La Havane en 1966 et 1967 et « ses rapports personnels avec Castro qui le reçoit en audience privée ». Jean-Pierre Vigier a participé également au « Congrès culturel » qui s'est tenu à La Havane en janvier 1968.

Le 27 mai 1988, un violent débat télévisé oppose Jean Rochet à Alain Krivine et Jean-Pierre Vigier à propos de mai 1968. D'emblée, Vigier traite son interlocuteur d' « ordure », de « menteur » et de « calomniateur ». Il évoque la « grandeur » de mai 68, « grand mouvement d'inspiration marxiste » et annonce un procès pour diffamation qu'il dit vouloir intenter contre Jean Rochet.

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