Jean-Pierre Vernant, né le 4 janvier 1914 à Provins (Seine-et-Marne), mort le 9 janvier 2007 à Sèvres, est un historien, résistant et anthropologue français, spécialiste de la Grèce antique, plus particulièrement de ses mythes et de ses pratiques sacrificielles et rituelles, qui a été directeur d'études à l'École pratique des hautes études puis professeur au Collège de France.
Dans le domaine des études grecques, il fait partie, avec notamment Pierre Vidal-Naquet et Marcel Detienne, d'un courant influencé par les méthodes de l'anthropologie structurale.
Jean-Pierre Vernant (en tant que « colonel Berthier ») a été nommé Compagnon de la Libération en 1946 pour son action dans la Résistance.
Jean-Pierre Vernant est issu d'une famille aux convictions anticléricales, dreyfusardes républicaines, et socialistes. Son grand-père Adolphe Vernant, né en 1851 à Troyes, fonde en 1887 le journal Le Briard. Journal républicain organe des intérêts de la Brie. Son père Jean-Louis Vernant, né en 1883, en reprend la direction. Initialement exempté du service militaire pour des raisons de santé, il s'engage volontairement lors de la Grande Guerre. Il est tué au combat le 21 juin 1915 au bois de Berthonval, au nord d'Arras. Jean-Pierre Vernant est adopté par la nation et élevé avec ses cousins.
Orphelin de guerre et pupille de la nation, il fait ses études à Paris au lycée Carnot, puis l'hypokhâgne à Louis-le-Grand.
Durant ses études à la Sorbonne, il est membre des Jeunesses communistes et se bat au Quartier latin contre les Camelots du roi. Il y côtoie certains de ses condisciples comme Pierre Hervé ou Valentin Feldman.
Comme son frère Jacques Vernant, il fait des études de philosophie ; son frère est reçu premier à l'agrégation en 1935 et lui-même est reçu premier en 1937 ; ce cas est unique dans l'histoire de l'agrégation.
Il fait alors son service militaire au 6e régiment des chasseurs alpins, où il se trouve au moment de la déclaration de guerre (septembre 1939) ; sergent-chef dans l'infanterie, il passe par l'école des officiers de réserve et devient aspirant, puis est démobilisé après l'armistice (juin 1940).
Il est alors nommé professeur de philosophie au lycée Pierre-de-Fermat à Toulouse. Aujourd'hui, la salle de conférence du lycée porte son nom.
A Toulouse, il fait mieux connaissance avec Ignace Meyerson, inventeur de la psychologie historique, dont il avait suivi les cours en Sorbonne avant guerre. Il devient son disciple et, comme lui, décide de s'engager dans la Résistance.
En février 1942, il entre dans la Résistance, rejoignant le mouvement Libération-Sud, fondé par Emmanuel d'Astier de la Vigerie. Il est nommé responsable départemental de l'Armée secrète en novembre 1942. Il participe à la rédaction du journal résistant Action.
Au moment du débarquement de Normandie (6 juin 1944), il passe au maquis ; il est alors le « colonel Berthier », commandant des Forces françaises de l'intérieur de Haute-Garonne ; il organise la libération de Toulouse (19 août) sous les ordres du colonel Ravanel, chef régional des FFI. Après l'accident de moto de celui-ci (septembre 1944), Jean-Pierre Vernant devient chef régional. Parmi ses subordonnés se trouvent les frères Angel qui libèrent André Malraux.
En 1946, il est nommé professeur au lycée Jacques-Decour à Paris. Il racontera plus tard que, chercheur politiquement engagé comme il l’était, s’il s’était intéressé à l’histoire de l’Antiquité, c’était notamment parce qu’il s’agissait là d’un domaine dans lequel le Parti communiste français n’avait pas d’intérêt politique à agir, espérant ainsi disposer « d’une liberté d’esprit beaucoup plus grande que s’il travaillait dans le domaine de la vie contemporaine ».
En 1948, il entre au CNRS. En 1957, il devient directeur d'études à la VIe section (sciences économiques et sociales), dirigée par Fernand Braudel, de l'École pratique des hautes études, où il reste jusqu'en 1975. À partir de 1960, il a pour auditeurs Pierre Vidal-Naquet et Marcel Detienne, avec lesquels il a collaboré pour certains ouvrages.
En dépit de l'accueil « distant » du « monde officiel des hellénistes », il est soutenu par l'activité éditoriale de François Maspero, qui publie en 1965 Mythe et pensée chez les Grecs, dans la collection de Pierre Vidal-Naquet « Textes à l'appui ». Puis, c'est le comparatiste Georges Dumézil qui lui commande un court essai pour la collection des PUF « Mythes et religions » qui devient Les Origines de la pensée grecque (1962).
Convaincu par la nécessité du comparatisme, il participe, en 1964 à la fondation du Centre de recherches comparées sur les sociétés anciennes, qui est appelé plus tard Centre Louis Gernet, composé essentiellement d'hellénistes et de quelques latinistes.
Il est ensuite élu professeur au Collège de France.
Après la guerre, il reste au sein du Parti communiste français.