Jean-Pierre Melville est un réalisateur et scénariste français, né le 20 octobre 1917 dans le 9e arrondissement de Paris et mort le 2 août 1973 dans le 13e arrondissement de Paris.
Ses films, dominés par la solitude, l'échec et la mort, sont devenus, pour la plupart, des classiques du cinéma français, notamment les trois films qui forment une trilogie sur la France occupée (Le Silence de la mer, Léon Morin, prêtre et L'Armée des ombres) ainsi que les films Le Doulos, Le Deuxième Souffle, Le Samouraï, Le Cercle rouge et Un flic.
Son écriture et son style visuel, entre autres, ont inspiré de nombreux réalisateurs américains comme Quentin Tarantino, Martin Scorsese, Michael Mann ou encore Jim Jarmusch.
Jean-Pierre Melville naît le 20 octobre 1917 sous le nom de Jean-Pierre Grumbach, de Jules et Berthe Grumbach, famille juive alsacienne installée à Paris.
Abraham, son arrière-grand-père (Wittenheim, 1812 - Belfort, 1879)[réf. souhaitée], puis son grand-père Jacques (Belfort, 1841-1899)[réf. souhaitée], tenaient une boucherie à Belfort. À la mort de Jacques, sa veuve Pauline, fille d’un marchand de chevaux, a poursuivi l’activité de son mari. Arthur, l’aîné de Jacques et Pauline, a pris la suite, mais Jules (né à Belfort en 1875), l’autre fils, s’est lancé dans une carrière de négociant en gros de vêtements. Il a épousé Berthe, sa cousine germaine, et le couple s’est installé à Paris, rue de la Chaussée-d’Antin, et a donné naissance à quatre enfants : Jacques en 1902, Simone en 1904 (morte six ans plus tard), Janine en 1912 et Jean-Pierre en 1917.
Intérêt précoce pour le cinéma
En vacances à Belfort, Jean-Pierre est tout petit garçon quand il découvre le cinéma dans une brasserie de la ville, La Grande Taverne.
En 1923, alors qu'il a 6 ans, ses parents lui offrent une caméra Pathé-Baby. Il commence à réaliser ses premiers films en filmant ses proches : ses parents, sa sœur Janine (1912-1978) et son grand frère Jacques (1902-1942). Il est par ailleurs le cousin de Michel Drach et de Nicole Stéphane, qui ont tous deux débuté avec lui.
Au lycée Condorcet, puis au lycée Michelet, il est un élève remuant, dissipé, passable. En 1933, à l'âge de 15 ans, il décide de devenir cinéaste après avoir assisté à la projection du film épique de Frank Lloyd : Cavalcade. Il se vanta d'avoir revu le film une centaine de fois. C'est là que naît sa passion du cinéma américain, qui l'influencera de manière capitale.
Faits de guerre et premier long métrage
Durant la Seconde Guerre mondiale, il part rejoindre la France libre à Londres en 1942. C'est alors qu'il prend le pseudonyme de « Melville », en hommage à l'auteur de Moby-Dick, Herman Melville. Revenu en France, dans la région de Castres, il fait partie de la Résistance, puis participe au débarquement en Provence. Après la guerre, il demande une carte d'assistant metteur en scène qui lui est refusée. Il devient son propre producteur et tourne un court métrage, Vingt-quatre heures de la vie d'un clown. Malgré le désaveu ultérieur de Melville, ce court-métrage documentaire reste significatif. Il offre un portrait sensible et maîtrisé du clown Béby, figure du déclin d’un art populaire. Dès ce premier essai, Melville révèle son intérêt pour la duplicité, l’ambiguïté et le décalage entre apparence et réalité. La séquence du maquillage vue sous trois angles annonce les plans de reflet qui deviendront la signature de son cinéma.
En 1947, il économise, achète de la pellicule — au marché noir car, refusant d'adhérer au syndicat des réalisateurs, il ne pouvait obtenir de « bonnes pellicules »[réf. nécessaire] — et réalise, dans des conditions très précaires, son premier long métrage : Le Silence de la mer, sans l'autorisation de l’auteur, Vercors. Ses méthodes de tournage sont, avant l'heure, celles de la Nouvelle Vague, ce qui lui vaudra l'appellation de « père » du mouvement, qu'il récusera plus tard.
Longtemps perçu comme un intellectuel, en raison notamment de son adaptation très littéraire du Silence de la mer, au point de ressembler à Jean Cocteau[réf. nécessaire], le metteur en images tout désigné de ses Enfants terribles, il récusait ce terme, se percevant davantage comme un auteur[réf. nécessaire]. C'est dans cet état d'esprit qu'il tourne Bob le flambeur en 1955, une histoire tantôt truculente tantôt dramatique sur le milieu parisien.
En 1947, il a créé ses propres studios, les studios Jenner, dans le 13e arrondissement de Paris au 25 bis, rue Jenner, réinventant l'usage d'un entrepôt au-dessus duquel il vécut de 1953 à 1967, descendant même nuitamment préparer les plans du lendemain. Il y produit ses films jusqu'au 29 juin 1967, lorsqu'un incendie détruit les studios alors qu'il tourne Le Samouraï (1967). Obsessionnel, il persiste à rester dans ses studios, où il monte L'Armée des ombres (1969). En 1961, il avait travaillé avec Michel Mardore pour le producteur Georges de Beauregard à un projet intitulé Les Don Juans (avec Jean-Paul Belmondo et Anthony Perkins), qu'il avait abandonné au profit du Doulos (1962).
Jean-Pierre Melville conçoit Le Samouraï (1967) spécialement pour Alain Delon. Le film suit un tueur à gages trahi par ses commanditaires et traqué par la police. Le tournage débute le 19 juin 1967 dans les studios de Melville rue Jenner à Paris, lorsqu'un incendie détruit les décors. Le film sort en octobre 1967. L'accueil public est d'abord réservé (moins de deux millions d'entrées), puis Le Samouraï devient progressivement un classique du cinéma, influençant de nombreux réalisateurs internationaux.
Melville écrit à propos de sa rencontre avec Delon :
« Je découvrais un acteur humble et d'un immense talent. Nous nous adressâmes très peu la parole, trop occupés à nous déchiffrer. (…) Ce fut pour moi – et, je l'espère, pour lui – une des plus belles lunes de miel que j'aie jamais connues. Voilà la qualité indiscutable d'Alain Delon : c'est un professionnel véritable. Un acteur pour qui rien d'autre n'existe que le film (…). »
Après l'incendie de ses studios, il achète une maison à Tilly, dans les Yvelines, après en avoir visité plus d'une centaine en trois mois. Située en bordure des champs, elle lui permet de retrouver la solitude et les grands espaces dont il était friand.