Ce Jour-là

Jean-Paul de Gua de Malves

Mathématicien français

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Jean-Paul de Gua de Malves, né le 16 avril 1710 à Carcassonne et mort le 2 juin 1786 à Paris, est un savant français, initiateur de l’Encyclopédie.

Il est le fils de Jean de Gua, baron de Malves, et de Jeanne de Harrugue. Sa famille a été ruinée par les spéculations du système de Law. Jean-Paul de Gua de Malves vit, dans sa jeunesse, la fin de l’ancienne fortune de sa famille et la vente de toutes les terres de Languedoc de son père. Gentilhomme et prêtre, de Gua aurait pu, en faisant comme tout le monde, parvenir aux dignités ecclésiastiques, mais préférant les sciences à la fortune, il partit pour l’Italie où il eut des amis illustres qui ne firent rien pour lui.

Le comte de Clermont voulait alors fonder dans la capitale une société des arts. De Gua, revenu à Paris, lui fut présenté comme un homme dont l’étude des sciences et des arts ferait honneur à ce groupe naissant qui n’eut néanmoins qu’une existence éphémère. En 1741, il se fit connaître par son traité de la théorie des courbes algébriques intitulé Usages de l’Analyse de Descartes, entrepris uniquement afin de prouver que non seulement on pouvait, dans cette théorie, se passer du calcul différentiel, mais y employer même plus avantageusement la méthode cartésienne, où se trouvent des théories simples et générales, présentées d’une manière nouvelle, presque toujours étendues ou perfectionnées et rendues plus intéressantes par des rapprochements singuliers et inattendus.

Reçu adjoint géomètre à l’Académie des sciences, le 18 mars 1741, il y présenta à la même époque des recherches sur la géométrie des solides comprenant plusieurs propositions nouvelles et remarquables par l’élégance de leur énoncé ou la difficulté de les démontrer. Ces recherches, alors restées manuscrites, forment la plus grande partie des mémoires publiés par de Gua vers la fin de sa vie. Le volume de 1741 contient deux de ses mémoires sur la manière de reconnaître la nature des racines des équations. Le premier examine la règle d’après laquelle Descartes détermine le nombre des racines positives ou négatives des équations, où elles sont toutes réelles, règle contestée qui n’avait encore été démontrée par personne et dont de Gua donna une démonstration générale et rigoureuse justifiant Descartes.

Son second mémoire, à la tête duquel de Gua a placé une histoire savante de la théorie des équations, avait pour objet de donner une règle qui apprenne à reconnaître, dans une équation, le nombre des racines réelles ou imaginaires, et parmi les premières, celui des racines positives ou négatives. Dans la règle de Descartes, applicable aux seules équations où toutes les racines sont réelles, il suffisait de connaître le signe des coefficients de tous les termes de l’équation, mais dans celle de de Gua, on a besoin de résoudre une équation d’un degré immédiatement inférieur, ou du moins de faire sur cette équation, et sur des équations analogues de degrés toujours moins élevés, une suite d’opérations longues et compliquées.

En 1745, de Gua demanda et obtint, le 3 juin, le titre d’adjoint géomètre vétéran à l’Académie, où dans une discussion élevée avec un de ses confrères, il montra une vivacité qui suscita, malgré leur estime pour ses capacités et son personnalité, la désapprobation de ses confrères. S’étant présenté, quelque temps après, pour une place d’associé alors vacante, un autre lui fut préféré. Ceci amena Gua à relâcher ses attaches avec l’Académie à laquelle il était pourtant lié avec la force que son caractère donnait à toutes ses inclinations. Cet éloignement fut à la fois dommageable aux sciences et à de Gua qui, dominé par son imagination, peu porté vers les opinions raisonnables, avait besoin des conseils de ses confrères pour empêcher ses recherches de s’égarer et l’obliger à suivre les voies où il pouvait l’employer utilement pour sa notoriété et pour le progrès des sciences. Il occupa pendant quelques années la chaire de philosophie au Collège de France.

L’initiateur de l’Encyclopédie

À peu près vers le même temps, les libraires qui avaient le privilège de la traduction de la Cyclopaedia or Universal Dictionary of Arts and Sciences de Chambers, s’adressèrent à lui pour présider à la correction les imperfections de l’ouvrage original, et aux suppléments rendus nécessaires par les nouvelles découvertes. De fréquentes discussions s’élevèrent entre de Gua, qui voyait dans cet ouvrage une œuvre scientifique destinée à faire avancer de la connaissance, et les libraires, qui n’y voyaient qu’un commerce. Dès lors, rendu plus intransigeant et plus facile à froisser par l’adversité, il abandonna bientôt ce projet. Il avait cependant eu le temps de changer profondément la forme que devait prendre le projet de l’Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, dont la direction fut reprise par Diderot : grâce à lui, il ne n’agissait plus d’une simple traduction augmentée, mais d’un ouvrage nouveau, entrepris sur un plan plus vaste. Au lieu d’un dictionnaire élémentaire des parties des sciences les plus répandues, les plus usuelles, ouvrage utile en lui-même, de Gua avait entrepris de réunir, dans un dépôt commun, tout ce qui formait alors l’ensemble des connaissances de son époque. Il avait, de plus, su intéresser au succès de ce travail, et engager à y concourir plusieurs hommes célèbres dans les sciences et dans les lettres, Fouchy, Le Roy, Daubenton, Louis, Condillac, Mably et surtout D’Alembert et Diderot, qui devait lui succéder à la tête de ce projet. Si de Gua n’a pas pris part à la réalisation de l’Encyclopédie, le mérite d’en avoir eu la première idée lui revient incontestablement.

De Gua avait été obligé de faire quelques traductions comme complément à ses modestes revenus. Une de ces traductions, celle des dialogues d’Hylas et de Philonoüs du philosophe anglais George Berkeley, qui cherche à prouver que les raisonnements des philosophes sur l’existence et la nature des substances matérielles sont vagues et souvent vides de sens et que l’emploi du langage scientifique les conduit à des résultats inintelligibles ou contradictoires. Pour réussir cette traduction, il ne suffisait pas des qualités exigées d’un traducteur ordinaire, il fallait connaître à fond toutes les subtilités de la métaphysique la plus abstraite et toutes les finesses de la langue philosophique des deux langues, pour faciliter la lecture d’un ouvrage où l’on est tenté de prendre pour des abstractions les vérités mêmes qu’il renferme et où les raisonnements les plus justes paraissent des sophismes. De Gua fit graver à la tête du livre une vignette très ingénieuse montrant un philosophe riant d’un enfant qui, voyant son image dans un miroir, la prend pour un objet réel et cherche à la saisir ; on lit au bas : Quid rides ! mutato nomine de te fabula narratur où le traducteur rend ainsi, par une seule image, un système métaphysique tout entier.

Des projets brillants pas toujours réalisables

Projet de revue scientifique interdisciplinaire

Bientôt après, de Gua s’occupa d’un projet d’un recueil destiné à publier régulièrement tous les travaux que les chercheurs auraient voulu y faire paraître, et que le rédacteur en aurait jugés dignes. Ce projet utile au progrès des sciences fut réalisé, quoique sur un plan moins étendu, en France et en Italie. Les avantages du projet de de Gua étaient de répandre plus diligemment et à plus large échelle, toutes les découvertes, tous les essais, toutes les vues, toutes les observations, de procurer à tous les chercheurs l’avantage, réservé aux académiciens, de pouvoir insérer leurs ouvrages dans une revue internationale, d’offrir aux jeunes chercheurs un bon moyen de se faire connaître rapidement et d’établir plus d’indépendance et d’égalité dans le monde scientifique, en supprimant la nécessité où ils étaient d’être protégé par un collègue déjà reconnu. De Gua était d’opinion que la connaissance perdait trop à séparer les sciences du raisonnement, du calcul et de l’observation. Il croyait même que c’est le contact entre le rationalisme et l’empirisme, formule préconisée par Leibniz, pourtant partisan du rationalisme, dans le plan de l’Académie de Berlin pour le premier roi de Prusse, qui devait stimuler le progrès scientifiques.

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