Jean-Paul Marat, né le 24 mai 1743 à Boudry (principauté de Neuchâtel) et mort le 13 juillet 1793 à Paris, est un médecin, journaliste et homme politique français d'origine neuchâteloise.
Usurpateur de noblesse avant la chute du régime monarchique, il devient député montagnard à la Convention à l'époque de la Révolution. Il joue un rôle de premier plan dans les premières années de la Révolution, grâce à son journal L'Ami du peuple. Par ses écrits, Marat appelle à plusieurs reprises à la mise à mort des personnes qu'il désigne comme des « traîtres » à la Révolution et fut étroitement associé aux massacres de Septembre 1792. Son rôle précis dans leur déclenchement et leur organisation demeure toutefois discuté par les historiens.
Son assassinat par Charlotte Corday permet aux hébertistes et aux robespierristes de faire de lui un martyr de la Révolution, d'installer pendant quelques mois ses restes au Panthéon et de justifier la Terreur.
Marat naît à Boudry, dans la principauté de Neuchâtel (dont le territoire correspond à celui de l'actuel canton de Neuchâtel en Suisse) ; il est le fils de Jean-Baptiste Marat, un prêtre mercédaire défroqué d'origine sarde né à Cagliari en 1704 et dessinateur en indiennes converti au calvinisme, et de la Genevoise Louise Cabrol dont la famille calviniste était originaire du Rouergue ; la famille Mara francisa son nom en Marat. Jean-Paul avait un frère cadet, David (1756–1821), qui fut professeur de littérature française au lycée impérial de Tsarskoïe Selo.
En 1759, après ses études au collège, le futur conventionnel quitte Neuchâtel et sa famille, et devient pendant deux ans le précepteur des enfants de Pierre-Paul Nairac, grand armateur négrier bordelais. Marqué par la thématique de l'esclavage, il produira plus tard, en 1785, pour l'Académie de Bordeaux, une dissertation à l'éloge des idées anti-esclavagistes du philosophe Montesquieu.
Après un séjour à Paris de 1762 à 1765, où il complète ses études et acquiert en autodidacte[réf. nécessaire] une formation de médecin, il se fixe à Londres, puis à Newcastle en 1770, où il exerce comme médecin et peut-être comme vétérinaire. Entre 1770 et 1772, il écrit Les Aventures du jeune comte Potowski, un roman épistolaire dans le goût du temps, qui demeure inédit. En 1772, il publie anonymement An Essay on the Human Soul, puis, après son retour dans la capitale britannique, en 1773, un second écrit philosophique, A Philosophical Essay on Man, qui est réédité en 1775. Disciple de Rousseau, il attaque plusieurs fois Helvétius, traité d'« esprit faux et superficiel », dans cet ouvrage, mais aussi Voltaire, qu'il qualifie d'« inconséquent » et qui lui répond par le persiflage dans un petit article paru dans le Journal de politique et de littérature le 5 mai 1777.
En mai 1774, Marat fait paraître à Londres les Chains of Slavery, qui s'inscrit dans le contexte de la campagne électorale qui voit l'élection de John Wilkes comme alderman, puis lord-maire de Londres.
Pendant son séjour en Angleterre, il est reçu franc-maçon dans une loge londonienne se réunissant en la taverne King's Head, située à Gerrard Street à Soho, sans doute l'Espérance, une loge francophone qui initiera Cagliostro le 12 avril 1777. Son élévation au grade de maître est datée du 15 juillet 1774 selon son diplôme maçonnique retrouvé et vendu en 1906 à l'Hôtel Drouot. Si des traces de visites dans une loge hollandaise sont documentées, il ne semble pas fréquenter de loge française.
Lors de son séjour dans les Provinces-Unies en 1774-1775, Marat visite à Amsterdam la loge maçonnique La Bien-Aimée. À La Haye, il fait également la connaissance de l'écrivain et économiste Isaac de Pinto, qui lui remet le 25 février 1775 une lettre de recommandation. Après l'obtention de son diplôme de médecin à l'université de St Andrews (Écosse) le 30 juin 1775, il s'installe à Paris, où il publie en 1776 une édition française de son traité De l'homme. Le comte d'Artois lui octroie le 24 juin 1777, le brevet de médecin de ses gardes du corps. Il ouvre un cabinet d'expériences où il réalise des recherches en physique expérimentale, en particulier sur la nature du feu, la lumière et l'électricité médicale. En août 1783, ce dernier thème lui vaut d'être couronné par l'Académie de Rouen.
En 1779, Benjamin Franklin est invité par son ami Jean-Baptiste Le Roy à assister chez le marquis Maximilien de Châteauneuf de L'Aubespine, dans son grand hôtel de la rue de Bourgogne, aux expériences de Marat, qui veut faire ses preuves aussi bien en physique qu'en médecine. En 1778, celui-ci a présenté un mémoire sur la nature du feu, et Jean-Baptiste Le Roy, qui a été nommé membre de la commission chargée d'enquêter sur le bien-fondé des théories de Marat, a réussi à y attirer Franklin :
« Ayant exposé sa tête chauve au foyer du microscope solaire (instrument inventé par Marat), nous l'aperçûmes ceinte de vapeurs ondulantes qui se terminaient en pointes torses ; elles représentaient l'espèce de flamme que les peintres ont faite l'attribut du génie. »
Ces recherches lui valent des critiques défavorables de l'Académie des sciences de Paris.
En 1780, dans son Plan de législation criminelle, il fustige les inégalités et soutient que le droit à l'existence est supérieur au droit de propriété :
« Le droit de posséder découle de celui de vivre : ainsi, tout ce qui est indispensable à notre existence est à nous, et rien de superflu ne saurait nous appartenir légitimement tandis que d’autres manquent du nécessaire. Voilà le fondement légitime de toute propriété et dans l'état de société et dans l'état de nature. »
Tombé malade en 1782, outre ses démêlés scientifiques, il connaît des revers de fortune, avant de perdre en 1784 sa charge de médecin auprès du comte d'Artois. Dans les années 1780, Marat continue de soigner Claire de Choiseul, marquise de l'Aubépine de Châteauneuf (1751–1794) qui le soutient financièrement et avec laquelle il aurait eu une liaison intéressée, si l'on en croit les éditeurs de Jacques-Pierre Brissot.
Un autre contemporain qui connaissait particulièrement bien Marat et sa famille, l'ex-abbé Jean-Louis Giraud-Soulavie, un républicain qui est envoyé comme ambassadeur « résident » à Genève en 1793 et 1794, confirme ces informations plus tard corroborées par Barère de Vieuzac :
« Marat sorti de Genève en 1782 et fanatisé à Londres où il retourne en 1790 car poursuivi par La Fayette, revint en 1791 se mettre à la tête des cordeliers, principaux agitateurs de la populace. Ses deux collègues sont Gasc, associé de d'Yvernois dans l'administration des subsides anglais, et Jannot-Lançon. C'est près de ces aventuriers que je fus envoyé par la République française et c'est contre eux que j'eus à lutter, surtout quand je leur prouvai que, sous le voile trompeur de leur démocratie, ils étaient le canal de la distribution dans Lyon des sommes envoyées par la cour de Londres aux chefs patriotes et aux chefs royalistes qui dévastèrent en 1793 ce point central de notre commerce. »
Marat est un temps pressenti, sans succès, pour fonder une académie à Madrid par le ministre Floridablanca, en 1788. Souffrant de graves crises inflammatoires et croyant ses jours en danger, il rédige même son testament l'été de cette année, qu'il confie à l'horloger suisse Abraham Breguet.