Jean-Marc Vallée, né le 9 mars 1963 à Montréal (Québec) et mort le 25 décembre 2021 à Berthier-sur-Mer (Québec), est un réalisateur, scénariste et monteur québécois.
Jean-Marc Vallée naît dans le quartier Rosemont à Montréal, où il grandit avec ses deux frères Stéphane Tousignant et Gérald Vallée, ainsi que sa sœur Marie-Josée Vallée. Leur père était discothécaire à la radio de CKAC tandis que sa mère reste à la maison pour s’occuper de la famille. Il termine ses études secondaires au Collège Jean-Eudes en 1979, et poursuit ensuite ses études en cinéma au Collège Ahuntsic puis à l'Université de Montréal.
Les débuts : vidéoclips et courts-métrages
Parmi les premières œuvres les plus connues de Vallée figurent cinq vidéoclips écrits et réalisés en août 1985. Ces vidéoclips faisaient partie d'un projet des Productions Perfo 30 visant à produire 30 vidéoclips en 30 jours pour un budget total ne dépassant pas 50 000 dollars canadiens. Les Productions Perfo 30 sont fondées plus tôt cette année-là, en mai 1985, par André Fortin, Martin-Éric Ouellette et Martin Saint-Pierre, qui ont produit ensemble un total de 32 vidéoclips, tous réalisés au cours du mois d'août 1985, alors que le montage s'étend jusqu'à octobre. Vallée réalise les clips suivants: My Chick Is In My Bed de Wild Touch, Odeline de Glockenspiel, Don't Talk To Strangers de Park Avenue, Angel's Angel's Evolution et The Splice Of Life de New News. D'abord présentés devant la presse locale au Spectrum de Montréal le 1er novembre 1985, puis au grand public le 9 novembre 1985, ils sont ensuite diffusés à la télévision canadienne sur Much Music.
Dans les années 1990, Jean-Marc réalise un nombre important de courts-métrages, qui suscitent l'intérêt du public et de la critique. En 1992, il sort Stéréotypes, une comédie fantastique inspirée des films classiques américains, et reçoit de nombreux prix lors de plusieurs événements, dont celui du Meilleur espoir en réalisation aux Rendez-vous du cinéma québécois en 1993.
Vallée adopte ensuite un ton plus personnel dans Les Fleurs magiques en 1995, qui met en vedette le jeune Marc-André Grondin qui incarne DJ, un jeune garçon qui doit composer avec les problèmes d'alcool de son père. Le film repart avec la statuette du meilleur court-métrage au prix Génie en 1996. Il s'ensuit ensuite Les mots magiques en 1998, qui nous plonge dans l'histoire d'un trentenaire (Richard Robitaille) qui décide de confronter son père alcoolique (Robert Gravel). Le film remportera le titre du meilleur court-métrage à la première cérémonie des prix Jutra en 1999. Vallée prévoit d'en faire une trilogie avec Les Temps magiques, mais le troisième opus ne verra jamais le jour.
Il réalise et assure le montage de son premier long-métrage Liste noire en 1995, thriller à la sauce Hollywood qui met en vedette Michel Côté dans le rôle d'un juge, qui se verra remettre une liste de noms de magistrats qui ont retenu les services d'une prostituée incarnée par Geneviève Brouillette. Cette année-là, le film devient le plus rentable de l'histoire au Québec avec plus de 200 000 entrées en salle et récolte à lui seul neuf nominations aux prix Génie, dont celles du meilleur film et de la meilleure réalisation. Distribué dans plusieurs pays sous le nom de Black List, dont la France, le film attire l'attention de Hollywood, au point de mener le cinéaste aux États-Unis pendant une dizaine d'années.
Carrière canadienne et américaine
Dans la foulée du succès de Liste noire, Vallée s'installe à Los Angeles où il réalise Los Locos (1997), un western écrit par et avec Mario Van Peebles, et Loser Love (1999). Après ces deux productions à petit budget, il réalise deux épisodes de la série télévisée anglo-canadienne The Secret Adventures of Jules Verne (2000), mettant en vedette Michel Courtemanche dans le rôle de Passepartout.
À partir de 1995, Jean-Marc s'attaque au projet cinématographique C.R.A.Z.Y. qui raconte l'histoire d'une famille québécoise des années 1970 et de ses cinq enfants. Voulant d'abord tourner le film aux États-Unis, son ami et collaborateur Michel Côté le convainc de le produire au Québec. Le film nous plonge dans la relation d'un père (Côté) avec son fils Zachary Beaulieu (Marc-André Grondin), qui se découvre homosexuel. L’histoire est inspirée de celle de François Boulay, coscénariste du film, et Vallée met cinq années à écrire le scénario, dont une à temps plein. Il confie à son plus jeune fils Émile Vallée le rôle de Zachary enfant. Le film est présenté en première mondial au Festival international du film de Toronto et se voit récompensé dans la catégorie Meilleur long-métrage canadien. À sa sortie en 2005, le film connaît un succès en salle au Québec et gagne plusieurs prix dont dix prix Génie et quatorze prix Jutra. Sur un budget total de 6,5 millions de dollars, 600 000 $ sont consacrés à l'acquisition des droits musicaux. Vallée choisit de couper une partie de son propre salaire pour gonfler le budget associé à la trame sonore. C.R.A.Z.Y. est le film québécois qui compte le plus d'entrées en salle au Québec pendant l'année 2005 et récolte 6 millions de dollars au box-office. On estime qu'un peu plus d'un Québécois sur huit l'a vu en salle. Cette année-là, le film est envoyé aux Oscars pour représenter le Canada dans la catégorie Meilleur film en langue étrangère, et ne sera finalement pas retenu dans la sélection finale.
2009-2015: Le succès international
À la suite de son succès, Graham King et Martin Scorsese le repèrent et lui confient le script d'un projet développé par la société de production de Scorsese, une réinterprétation romancée des années de jeune femme de la reine Victoria du Royaume-Uni et de sa relation avec le prince Albert de Saxe-Cobourg-Gotha. Ce drame historique, intitulé Victoria : Les Jeunes Années d'une reine, avec Emily Blunt dans le rôle-titre, reçoit trois nominations aux Oscars du cinéma 2009, et remporte la statuette des meilleurs costumes.
Vallée profite de cette reconnaissance internationale pour monter un projet plus personnel, qu'il écrit et réalise. Sorti en 2011, le drame Café de Flore met en vedette l'actrice française Vanessa Paradis, ainsi que les acteurs québécois Evelyne Brochu, Kevin Parent et Hélène Florent. L'histoire se déroule dans les années 1960 et 2010 et raconte les destins croisés de Jacqueline, la mère française d'un enfant trisomique qui refuse d'envoyer son fils en établissement spécialisé, et d'Antoine, un DJ montréalais, perdu dans un triangle amoureux. Cette coproduction franco-canadienne, à défaut de convaincre commercialement, est très bien reçue par la critique anglophone. Le film repartira avec treize nominations aux prix Génie, et Vanessa Paradis se verra récompenser comme Meilleure actrice aux prix Génie, prix Jutra et au Vancouver Film Critics Circle.
En 2013, Jean-Marc Vallée nous dévoile Dallas Buyers Club, mettant en vedette Matthew McConaughey, Jared Leto et Jennifer Garner. Le film est basé sur l'histoire vraie de Ron Woodroof (McConaughey), un électricien texan diagnostiqué avec le VIH/sida au milieu des années 1980, à une époque où les traitements faisaient l'objet de peu de recherches, alors que la maladie était fortement stigmatisée. Condamné à 30 jours de vie restante, Woodroof fait entrer clandestinement au Texas des médicaments pharmaceutiques non approuvés pour traiter ses symptômes, et commence à les distribuer à d'autres personnes atteintes du sida en créant le "Dallas Buyers Club", qui révolutionnera les traitements de la maladie. Alors qu'il tourne en Louisiane avec un mince budget de 5 millions de dollars et une équipe réduite, Vallée s'allie avec le directeur de la photographie Yves Bélanger en prenant la décision de laisser tomber l'éclairage artificiel et d'expérimenter un éclairage venant uniquement d’éléments de décor naturel, en utilisant l’Alexa, une caméra numérique plus compacte et requérant moins de lumière. Le film est acclamé par la critique et reçoit six nominations aux Oscars 2014, dont celui du meilleur film. Les deux acteurs masculins remportent chacun une statuette pour Meilleur acteur principal et Meilleur acteur de soutien. Jean-Marc se voit nommé pour l'Oscar du Meilleur montage, sous le pseudonyme de John Mac McMurphy.