Jean-Marc Sauvé, né le 28 mai 1949 à Templeux-le-Guérard (Somme), est un haut fonctionnaire français.
Ancien élève de l'École nationale d'administration (ENA), il entre au Conseil d'État en 1977, puis occupe diverses fonctions dans la haute administration publique française. Il est notamment préfet de l'Aisne et secrétaire général du gouvernement. Il est ensuite nommé vice-président du Conseil d'État en 2006, et en devient le vice-président honoraire en 2018. De 2010 à 2018, il préside également le comité chargé d'évaluer les candidats aux fonctions de juge et d'avocat général à la Cour de justice de l'Union européenne et au Tribunal de l'Union européenne.
Depuis 2017, il est président du conseil d'administration de la Cité internationale universitaire de Paris (CiuP). Il est également président du comité d'éthique des Jeux olympiques. En 2018, il est nommé président du comité d'éthique de la Société de livraison des ouvrages olympiques en vue des Jeux olympiques d'été de 2024, qui se dérouleront à Paris. La même année, il devient président de la fondation Apprentis d'Auteuil.
En novembre 2018, il est nommé président de la commission d'enquête indépendante sur les abus sexuels sur mineurs commis au sein de l'Église catholique.
Originaire d'un milieu modeste, fils de Maurice Sauvé (1923-2009) et de Marie Devillers (1923-2012), agriculteurs dans la Somme, il est issu d'une fratrie de cinq enfants. Ses parents sont des catholiques fervents dont il hérite une foi et une éducation ouverte et confiante : « mes parents étaient à la fois d’une grande piété et d’une grande ouverture aux autres. Ils ne séparaient pas leur foi et leur pratique d’une présence au monde qui fait l’expérience vivante de la solidarité et de la charité ».
Jean-Marc Sauvé sait « très vite qu' [il] ne [sera] pas agriculteur comme [son] père ». À l'âge de dix ans, il quitte son village pour devenir pensionnaire au collège Notre-Dame-de-Grâce à Cambrai. À douze ans, il rêvait « d'abolir la peine de mort » et se découvre, au cours de son adolescence, un « intérêt profond pour la justice », ainsi qu'une « vive conscience des enjeux politiques ». C'est ainsi qu'il affirme avoir « été très précocement, dès le collège, attiré par la vie publique. C’était l’époque de la guerre d’Algérie, et des premiers pas de la construction européenne… J’ai très tôt voulu connaître et comprendre le monde dans lequel je vivais pour agir sur lui et participer à sa construction. ». Il est diplômé de l’Institut d'études politiques de Paris en 1970 et obtient en 1971 une maîtrise de sciences économiques à l'université Paris-I.
Admis en 1971 au concours d'entrée de l'École nationale d'administration à la onzième place, juste derrière Elisabeth Guigou, il interrompt rapidement sa scolarité pour devenir jésuite à Lyon. Il avait prévenu le directeur de l'ENA qu'il ne resterait pas. Chez les jésuites, Jean-Marc Sauvé a pu éprouver des « expériences uniques que peu de personnes de mon milieu professionnel ont pu faire : s’occuper d’autistes pendant plusieurs mois, vivre avec une famille de gitans, être employé de libre-service ». Après deux années d'études, se rendant compte qu’il n’était « pas fait pour cette vie-là », il quitte le noviciat des jésuites à Lyon, ce qui constitue, sur le coup, une « douloureuse expérience de l’échec ». Il affirmera plus tard que son passage au noviciat lui « a tout apporté. Je n’aurais pu avoir qu’une vision abstraite de la vie. Là, j’ai expérimenté l’échec bien sûr mais j’y ai reçu un apprentissage et fait des rencontres que je n’aurais pas pu faire ailleurs. C’était à la fois une erreur et une étape nécessaire et indispensable pour sortir du milieu dont j’étais issu ». Avec le recul, le noviciat a constitué « un temps important de maturation, un complément de formation par rapport [aux] études secondaires et supérieures ».
Il repasse le concours de l'ENA trois ans après sa première réussite. Jean-Marc Sauvé intègre à nouveau l’École nationale d'administration en 1975, promotion André Malraux, où il côtoie, entre autres, Olivier Schrameck, Frédéric Thiriez, Bernard de Froment, Françoise Gaspard, Gilles Johanet, Pierre Sellal et Pierre Vimont. Il en sort major en 1977. Cette double réussite au concours de l'ENA, inédite dans l'histoire de cette école, contribue à asseoir sa réputation.
Marié à une gestionnaire d'informations, il est père de trois enfants et a deux petits-enfants.
En 1977, à sa sortie de l'ENA, il choisit d'entrer au Conseil d'État pour répondre à son ambition : « au-delà du droit, ce choix traduisait une aspiration profonde pour le service de l'État, de l'État de droit et de la justice ». Il est ainsi nommé auditeur au Conseil d'État et rapporteur à la Section du contentieux.
En 1980-1981, il est responsable du centre de documentation du Conseil d’État, où il rédige les chroniques de jurisprudence fiscale. De 1977 à 1981, il est rapporteur, puis commissaire du gouvernement à la Commission centrale d’aide sociale.
Conseiller technique au ministère de la Justice
Membre du Parti socialiste au début des années 1980, Jean-Marc Sauvé est conseiller technique au cabinet du garde des Sceaux Maurice Faure, puis de son successeur Robert Badinter entre 1981 et 1983. Il est nommé maître des requêtes au Conseil d’État en 1983 et directeur de l'administration générale et de l'équipement au ministère de la Justice entre 1983 et 1988 où il s'occupe de la modernisation administrative du ministère. Aux côtés de Robert Badinter, « un homme qui ne se contente pas d’affirmer des convictions mais s’engage concrètement et se bat pour les mettre en œuvre », il participe à l’abolition de la peine de mort, ce qu'il affirme avoir « fait de mieux dans [sa] vie », à la suppression de la cour de sûreté de l’État et des tribunaux militaires, et à la fin des discriminations pénales de l’homosexualité. Alors qu'il est de permanence à la Chancellerie, c'est lui qui annonce à Robert Badinter l’arrestation en Bolivie de Klaus Barbie.
Directeur des libertés publiques et des affaires juridiques
Il est nommé directeur des libertés publiques et des affaires juridiques au ministère de l'Intérieur par un décret du 29 juin 1988 signé par Pierre Joxe. Il y instaure une procédure pour étudier personnellement chaque cas d'expulsion dans le cadre de la double peine, qui permet d'expulser des étrangers ayant commis des infractions. Il restera à ce poste entre 1988 et 1994, en dépit de l'alternance. Il participe, sous des gouvernements de droite, à la rédaction et la mise en œuvre des lois Pasqua sur l'immigration et le droit d'asile et à la mise en œuvre des accords de Schengen. Plusieurs années plus tard, en 2010, Jean-Marc Sauvé est cité par l'accusation devant la Cour de justice de la République lors du procès de l’ancien ministre Charles Pasqua dans l'affaire du casino d'Annemasse.
Préfet puis secrétaire général du gouvernement
Il est ensuite nommé préfet de l'Aisne (1994-1995) par Charles Pasqua puis secrétaire général du gouvernement (SGG) de 1995 à 2006, poste auprès du futur Premier ministre Alain Juppé qu'il ravit à Michel Boyon, conseiller d'État chiraquien à qui le poste était initialement promis. Lors de l'annonce de sa nomination à la tête du secrétariat général, le porte-parole du gouvernement, François Baroin, annonce que la nomination de Jean-Marc Sauvé, politiquement proche du Parti socialiste, symbolise le « souci du président de la République de préserver l'impartialité de l'État ».
Jean-Marc Sauvé est alors loué pour sa loyauté, sa capacité d'adaptation, sa grande agilité et sa rigueur intellectuelle, sa compétence, ainsi que pour sa réputation de gros travailleur, ce qui lui permet de traverser sans heurt les changements de majorité politique. Nommé secrétaire général du gouvernement sous un gouvernement de droite, il sera maintenu à ce poste sous le gouvernement de Lionel Jospin. Finalement, Jean-Marc Sauvé exerce cette fonction sous quatre Premiers ministres différents, à savoir Alain Juppé entre 1995 et 1997, Lionel Jospin entre 1997 et 2002, Jean-Pierre Raffarin entre 2002 et 2005, puis Dominique de Villepin entre 2005 et 2006. Cependant, il n'a jamais songé à franchir le pas de la politique, à la différence d'autres membres du Conseil d'État. Il affirme ainsi avoir « toujours préféré travailler continûment sur le fond des sujets, sur les enjeux de la vie publique plutôt que sur les jeux politiques. »