Jean-Joseph Crotti, né le 24 avril 1878 à Bulle, en Suisse, et mort le 30 janvier 1958 à Neuilly-sur-Seine, est un peintre et lithographe suisse de naissance, naturalisé français en 1927. Par son mariage avec Suzanne Duchamp, il était le beau-frère de Jacques Villon, Marcel Duchamp et Raymond Duchamp-Villon.
Cadet de trois enfants, Jean-Joseph Crotti passe son enfance dans un petit village de la Suisse francophone jusqu'au déménagement de sa famille à Fribourg. Son père, Charles Crotti (1847-1933) est entrepreneur-peintre en bâtiment.
Après des études secondaires au collège de Fribourg, il entre en 1896 à l'école des Arts décoratifs de Munich et, en 1900, il est apprenti pour un décorateur de théâtre. L'année suivante, il s'inscrit à l'Académie Julian à Paris où ses maîtres sont Tony Robert-Fleury et Jules Lefebvre et où il côtoie Edgar Degas. Il s'installe dans un petit atelier de la rue Pierre-Fontaine en 1902.
Influencé par le primitivisme et le fauvisme, puis intéressé par l'Art nouveau et l'orphisme, il s'essaie au cubisme à partir de 1912 et entre en relation avec le groupe d'artistes dit de « a Section d'or ».
Cherchant une atmosphère moins pesante que celle de Paris au début de la Première Guerre mondiale, Crotti et sa femme, Yvonne Chastel, quittent la France pour les États-Unis. Ils s'installent à New York. Crotti fait la connaissance de Walter et Louise Arensberg, réputés collectionneurs d'art moderne et réunissant au cours de leurs soirées les artistes et intellectuels de l'avant-garde new-yorkaise. Se liant d'amitié avec Francis Picabia et partageant un atelier avec Marcel Duchamp, Jean-Joseph Crotti sent en lui une grande métamorphose esthétique et personnelle qu'il décrira dans le projet pour Dadaglobe : « 1915 Naissance de Jean Crotti 2 par autoprocréation et selfaccouchement et sans cordon ombilical. »
En avril 1916, en compagnie d'œuvres de Duchamp, Albert Gleizes et Jean Metzinger, en la Montross Gallery de New York, Crotti expose trois constructions faites de verre peint, de métal et d'objets trouvés. L'une d'elles Portrait sur mesure de Marcel Duchamp - « exécuté en fil de fer sur le visage même de l'artiste à New York, analyse-t-on, ce portrait prouve l'attirance de Crotti pour l'esthétique industrielle propre au mouvement Dada » - suscite la réprobation des critiques qui lui reprochent de se moquer du public.
En septembre 1916, il est de retour à Paris et tombe amoureux de Suzanne Duchamp, sœur de Marcel, tandis que celui ci commence une liaison avec Yvonne Crotti. Jean et Yvonne divorcent le 29 décembre 1917. Le premier épouse Suzanne Duchamp en 1919 et la seconde continue une vie maritale avec Marcel Duchamp tout en reprenant à partir de 1920 la liaison parallèle qu'elle a nouée depuis la fin de l'adolescence avec Marie Laurencin, sa condisciple à l'Académie Humbert.
En 1920, Crotti et Suzanne, ainsi que Picabia et Georges Ribemont-Dessaignes exposent au premier Salon des indépendants d'après-guerre. Crotti et Suzanne exposent en avril 1921 à la galerie Montaigne quelques semaines avant le salon Dada organisée par Tristan Tzara. Mais l'engagement de Crotti, soutenu par Suzanne, est ambivalent. Même si les plus récents tableaux (« Neurhastenie », « Laboratoire d'idées ») évoquent les « toiles mécaniques » de Picabia, André Salmon, critique anti-dadaïste à qui on a confié le texte du catalogue de l'exposition voit en Crotti un artiste voué à la tradition et à la restauration d'un art religieux. Ce que Crotti ne dément pas. Tout en se surnommant "Tabu-Dada" (ou "Dada-tabu"), il entérine sa rupture complète avec le mouvement de Tristan Tzara.
Exposé Salon d'automne de 1921, avec « Mystère acatène » Crotti veut marquer la naissance d'un nouveau mouvement Dada fortement empreint de mysticisme : « Tabu est une religion philosophique… Nous souhaitons par les formes, par les couleurs, par n'importe quel moyen, exprimer le mystère, la divinité de l'univers et de tous les mystères». Waldemar-George, visiteur de son exposition à la Galerie Paul Guillaume en 1923, y observe que « cet artiste réduit la forme à ses éléments géométriques primaires. La forme déterminée par les principes de la composition paraît indépendante de son contenu ». En novembre 1926, il expose 55 tableaux sans titre à la galerie Barbazanges. Il est naturalisé français en 1927.
En 1937, Baigneuse, l'une de ses œuvres majeures, figure au Petit-Palais dans le cadre de l'exposition des Maîtres de l'art Indépendant. De 1938 date son invention du « gemmail », technique de vitrail sans plomb permettant la superposition de verres colorés, par laquelle il obtient « la possibilité d'affirmer son sens chromatique ainsi qu'une tendance expressionniste longtemps refoulée ».
De mars à juin 1956, une exposition importante rend hommage à l'homme et à son art à travers l'exposition "Les Gemmaux de France" qui se déroule à Paris, à la Galerie d'Art de la Lumière, où une trentaine d’œuvres créées à l'Atelier Malherbe sous la direction du fils de Roger Malherbe-Navarre sont ainsi révélées. Certaines sont signées de Georges Braque, Pablo Picasso.
Jusqu'à sa mort, Jean-Joseph Crotti ne cessera de peindre. Dans les années 1950, il reprend les mêmes motifs de cercles et de trajectoires superposés de ses œuvres du début des années 1920 qu'il qualifie de « peinture cosmique ». Il meurt le même jour que son frère aîné André (chirurgien installé dans l'Ohio), le 30 janvier 1958, et repose au cimetière Saint-Léonard de Fribourg.
Le rêve, huile sur toile, 1914
Les Forces mécaniques de l'amour, mouvement, assemblage, 1916
Portrait sur mesure de Marcel Duchamp, assemblage, 1916
Idée en course de procession, 1920
Jean Crotti, Courants d'air sur le chemin de ma vie - Tabu Dada - Poèmes et dessins, treize gravures sur cuivre de Jacques Villon d'après les dessins de Jean Crotti, soixante exemplaires numérotés, sans nom d'éditeur, 1941.
Jean Crotti, « Tabu », The Little Review, vol.VIII, vol.2, printemps 1922, pages 44-45.