Jean-Jacques Sempé, simplement dit Sempé, né le 17 août 1932 à Bordeaux (Gironde) et mort le 11 août 2022 à Ampus, près de Draguignan (Var), est un dessinateur français.
Ses dessins humoristiques ont été publiés entre autres dans Sud Ouest, L'Express, Le Figaro, Le Nouvel Observateur, Télérama, The New Yorker, Le Moustique, Le Rire, Noir et Blanc, Ici Paris, Paris Match.
Il a dit : « Il m'est arrivé de devenir, par moments, raisonnable, mais jamais adulte ». C'est avec cette idée qu'il créera seul le personnage du Petit Nicolas, avant de le développer avec René Goscinny, d'abord sous forme de bande dessinée puis sous la forme de contes illustrés.
Jean-Jacques Sempé naît à Bordeaux le 17 août 1932.
« Mon enfance n'a pas été follement gaie. Elle était même lugubre et un peu tragique », confie Sempé dans un entretien avec Marc Lecarpentier. Enfant naturel, son « père adoptif », « Monsieur Sempé », est représentant de commerce. Quand celui-ci, à bicyclette, réussit à vendre dans les épiceries de sa ville natale ses boîtes de pâté, thon, sardines, anchois ou bocaux de cornichons, il va « fêter ça au bistrot du coin ». Lorsqu'il rentre, de terribles scènes s'enclenchent entre son père et sa mère, « ils cassent tout, encore une fois, les assiettes, les verres… » et sa demi-sœur et son demi-frère ont des « crises de nerfs ».
« Toute ma vie – d'enfant – j'ai entendu ma mère faire des reproches à mon père sur le fait qu'il ne trouvait pas de travail autre que le misérable boulot qu'il avait. […] C'était toujours des bagarres, toujours des disputes, toujours des dettes, toujours des déménagements en vitesse. »
L'enfant solitaire présente un relatif bégaiement qui l'empêche parfois de bien prononcer les mots, et des tics. L'école, où il se montre chahuteur mais bon en français, est un « refuge ». Ses parents n'ayant pas d'argent pour acheter les livres, il n'en a pas, fréquente les colonies de vacances mais n'a pas d'argent non plus pour les sorties organisées. La radio lui assure également une « survie ». Il y apprend que l'on peut s'exprimer d'une autre façon que dans son milieu. Il y écoute, vers six ans, l'orchestre de Ray Ventura qui l'enchante, est fasciné plus tard par Aimé Barelli ou Fred Adison. Vers onze ans, il lit des romans policiers, Maurice Leblanc, une collection de L'Illustration, des journaux féminins tels que Confidences auxquels les voisines de sa mère sont abonnées, tout ce qu'il trouve - ce qui lui permet de ne plus faire de fautes d'orthographe, parce qu'il veut s'en sortir, gagner sa vie, donner de l'argent à ses parents. C'est vers douze ans qu'il commence à réaliser des dessins sans légende, d'emblée humoristiques.
Sur son enfance, Jean-Jacques Sempé garde une attitude ambiguë, des souvenirs de la dureté de sa mère et de ses « torgnoles », de la honte qu'il éprouvait quand elle « se mettait à hurler », jusqu'à ceux de certains « fous rires », quand il se disait : « Je suis chez les fous ! Ils sont complètement fous. » Des décennies plus tard, il résume :
« Mes parents ont fait ce qu'ils ont pu les pauvres, vraiment. Je ne leur en veux pas une seconde, ils se sont débrouillés comme ils ont pu. »
Jean-Jacques Sempé quitte l'école à un peu plus de quatorze ans, étant resté deux ans sans y aller, pendant la Seconde Guerre mondiale, alors qu'il était dans les Pyrénées ; en Béarn, à Bénéjacq, le village de sa famille paternelle. « Je me souviens qu’on avait passé quelques mois, peut-être un an, là-bas pour fuir les bombardements à Bordeaux. Ce devait être en 1942 ou 1943 », explique son frère cadet au journal Sud-Ouest. Jean-Jacques Sempé trouve un emploi de livreur à bicyclette durant un an et demi ; il est en 1950 représentant en dentifrice en poudre puis courtier en vin. Il commence sa carrière de dessinateur humoristique dans la presse en plaçant quelques dessins en 1950 dans Sud Ouest qu'il signe d'abord « DRO », de l'anglais « to draw » (dessiner). Dans le numéro du 29 avril 1951, il publie son premier dessin sous son nom. Peu après, il fait son service militaire en falsifiant ses papiers pour masquer son jeune âge. Affecté en juillet 1951 au fort de Vincennes, il se retrouve souvent en prison militaire, plus par distraction, dit-il, que par indiscipline.
« Quand je suis arrivé à Paris, j'ai trouvé les Parisiens très gais. Je venais de Bordeaux où les gens n'étaient pas naturellement souriants. J'ai été tout de suite enchanté par le métro, les autobus, la fièvre de la ville. Et surtout j'ai fait beaucoup de vélo. Pendant trente ans, je suis allé partout à bicyclette. »
En 1954, Sempé fait une rencontre décisive : René Goscinny. Dans les bureaux d’une agence de presse belge, la World Press, située sur les Champs-Élysées les deux jeunes auteurs font connaissance et se lient d’amitié. Auréolé par ses années new-yorkaises, bilingue et toujours élégant, René Goscinny impressionne le jeune Bordelais.
« C’était mon premier ami parisien, autant dire mon premier ami »Tous deux travaillent pour l'hebdomadaire belge Le Moustique, qui publie leurs dessins respectifs en couverture et sous forme de dessins humoristiques. Au fur et à mesure de sa collaboration avec le magazine, Sempé esquisse seul un petit personnage sous la forme d’un dessin en une case, et parfois plusieurs gags rassemblés en dernière page du magazine, qu’il nommera Le Petit Nicolas dès le 13 juin 1954. C'est donc seul que Sempé crée le Petit Nicolas. Ce prénom est inspiré par une publicité du célèbre caviste. Sollicité par le rédacteur en chef pour en faire une bande dessinée, Sempé, peu inspiré par cet exercice, propose naturellement à son ami René Goscinny, déjà scénariste de Lucky Luke, d'en écrire le scénario. Plus d'un an après la création du Petit Nicolas par Sempé, l'aventure en planches de bande dessinée signée Sempé et Agostini (pseudonyme de Goscinny) débute le 25 septembre 1955 dans les pages du Moustique et s’arrêtera à la vingt-huitième planche. Goscinny est licencié par l’éditeur du journal pour avoir réclamé une meilleure reconnaissance des auteurs, et Sempé, solidaire, s’en va aussi.
Trois ans plus tard, Sud Ouest Dimanche passe une commande aux deux auteurs qui, reprenant leur Petit Nicolas, lui donnent cette fois-ci la forme d’un conte illustré. « Il (Goscinny) arriva avec un texte dans lequel un enfant, Nicolas, racontait sa vie, avec ses copains qui avaient tous des noms bizarres : Rufus, Alceste, Maixent, Agnan, Clotaire… Le surveillant général était surnommé Le Bouillon. C’était parti : René avait trouvé la formule » expliquera Sempé.Le duo met ses souvenirs d’enfance en partage. Les textes de Goscinny sont illustrés de trois ou quatre dessins de Sempé. Le 29 mars 1959 paraît la première histoire du Petit Nicolas tel qu’il deviendra célèbre, le conte illustré. C’est l’acte de naissance de la nouvelle vie du célèbre écolier. La femme d’un éditeur parisien (Denoël) ayant vu plusieurs de ces épisodes dans le journal pendant ses vacances, conseille à son mari de prendre contact avec Sempé et Goscinny. Cinq albums sont publiés à partir de 1960. À quelques mois d’intervalle, la même année, René Goscinny crée Astérix avec le dessinateur Albert Uderzo. Dès le premier numéro de Pilote en octobre 1959, Goscinny publie Le Petit Nicolas, qui paraît aux côtés d’Astérix. En presque dix années de collaboration, Goscinny écrit 222 histoires illustrées par environ mille dessins de Sempé. À partir de 2004, les Histoires inédites du Petit Nicolas, publiées chez IMAV éditions par Anne Goscinny, fille du scénariste, remportent un succès jamais atteint par cette série, ce qui fera dire à Sempé : « Le Petit Nicolas est indémodable car lorsque nous l’avons créé il était déjà démodé. »
« Le Petit Nicolas, c’est d’abord une histoire d’amitié. Il ne l’aurait jamais fait sans moi, mais le plus important, c’est que moi je ne l’aurais jamais fait sans lui. Nous étions de vrais complices. »
Premiers succès et montée en puissance
Dès 1951, Sempé publie des dessins d'humour et illustrations dans Radar, Le Rire, Noir et Blanc, Ici Paris, en 1954 pour Samedi Soir mais aussi France Dimanche, Lectures pour Tous, Constellation. À partir de 1957 vient le succès avec des collaborations régulières à Paris Match, sur la proposition de Roger Thérond, avec ses amis Chaval et Jean Bosc. Il collabore également à Marie-Claire, Point de Vue, Luxembourg-Sélection, Pilote (1960) et, à l’étranger, à Punch et Esquire (1957).