Jean-Baptiste Morin (né à Orléans le 2 février 1677 et mort à Paris le 27 avril 1745) est un compositeur français, considéré comme le créateur de la cantate française.
Milieu familial. Formation à la collégiale Saint-Aignan
Jean-Baptiste Morin (né Jehan Morin) naquit à Orléans sur la paroisse Saint-Euverte, dans un milieu de tisserands. La famille de son père était originaire de Vihiers, en Maine-et-Loire actuellement. Le futur compositeur apprit la musique à partir de 1683-1685 environ, en tant qu'enfant de chœur, c'est-à-dire enfant chantant dans la maîtrise de la collégiale Saint-Aignan d'Orléans, sous les ordres du maître de musique, le chanoine et prêtre Olivier Trembloit (ou Tremblais, Tremblay). Ce dernier, né vers 1638, mort à Orléans le 6 septembre 1712, était lui-même ancien enfant de chœur du chapitre.
Vraisemblablement, les élèves étaient au nombre de six, tous des garçons (le nombre de places était fixe et ne variait que très rarement). On formait les jeunes gens pour chanter la voix de dessus (soprano) dans le chœur de l'église. Aucune femme n'était admise dans la musique des chapitres ecclésiastiques, en France comme ailleurs.
Pour assurer les voix d'hommes, Saint-Aignan (comme beaucoup d'autres chœurs de collégiales) proposait une douzaine de postes d'adultes, tous des professionnels (dans ce nombre il faut inclure le maître et l'organiste : on était avant tout formé comme chanteur, le plain-chant étant à la source de toute liturgie musicale).
Soutien instrumental. Dialogue avec l'orgue
Comme dans les autres églises de France, la voix pouvait être soutenue par un serpent, un basson et, dans les grandes occasions, par une ou deux basses de viole. Le grand orgue dialoguait avec le plain-chant ou jouait seul, en improvisant la plupart du temps sur des motifs liturgiques. À la demande du chapitre canonial, le facteur Pierre Bridard avait construit, de 1675 à 1683, un grand et un petit orgue. Ce dernier pouvait accompagner les motets, plus éloignés de la liturgie.
Techniques du chant polyphonique
On pratiquait le chant sur le livre (cantus super librum), tradition d'ornementation, improvisée à plusieurs, autour de « l'aigle » (le lutrin) et fondée sur la lecture d'une pièce de chant liturgique, à l'origine écrite à une voix. Le faux-bourdon était une autre pratique en usage. Le plain-chant est alors noté au ténor, tandis que les autres parties (écrites cette fois) le contrepointent note pour note. Il s'agit donc d'une forme assez simple de polyphonie, donnant naissance à cette « forme ravissante que l'on n'entend qu'avec étonnement ». Ces traditions polyphoniques issues du Moyen Âge s'étaient développées à Orléans, comme dans bien d'autres lieux. Les autres formes de polyphonies écrites - les plus élaborées - avaient également une place importante. C'est elles que l'on désignaient sous le nom de musique figurée (musica figurata).
Ordinaire de la musique du duc d'Orléans et de l'abbaye royale de Chelles
Après cette époque (peut-être dès la fin de l'année 1697) Morin vécut à Paris. La « Paix de Savoye » nouvellement signée (1696-1697) fut à l'origine d'un rapprochement politique et artistique de la France et de l'Italie.
Il est possible que le jeune musicien ait commencé par chanter dans le chœur (là aussi professionnel) de l'église Saint-André-des-Arts. Le curé de cette paroisse, Nicolas Mathieu, faisait donner des concerts dans lesquels on entendait beaucoup de musiques italiennes ou italianisantes, qui relevaient d'un courant nouveau à Paris. Des motets composés par Morin y furent entendus. Vers l'an 1700, peu après qu'il eut produit ses premiers motets, il créa (ou contribua à créer) une nouvelle forme, d'abord conçue à l'imitation de l'Italie et essentiellement profane : la cantate française. Là-dessus Nicolas Bernier le talonne de près : en 1732, Evrard Titon du Tillet écrira d'ailleurs, dans le Parnasse françois, que Morin composa " deux ou trois Cantates avec lui ". L’idée qui avait amené la naissance de cette nouvelle forme s’était développée au Café Laurent, où gens de lettres, artistes et savants de la jeune génération se côtoyaient. On doit les premiers livrets de cantates au poète Jean-Baptiste Rousseau, « l'immortel Rousseau », comme l'appelaient ses contemporains. La mode se répandit ensuite très vite.
Philippe II d'Orléans, futur régent. Jean Serré de Rieux
À partir de 1701 vraisemblablement, Morin devint « Ordinaire de la Musique » du duc Philippe d'Orléans (le prince hérita du titre au décès de son père en 1701). Le nouveau chef de la Maison d'Orléans, futur régent du royaume, était protecteur des arts et compositeur (en collaboration avec son maître Marc-Antoine Charpentier puis avec un de ses ordinaires, Charles-Hubert Gervais). Morin avait aussi rencontré Jean de Serré de Rieux (François-Joseph de Seré, Saint-Malo, 1668-Versailles, 1747, devenu seigneur de Rieux vers 1717-1719). Ce conseiller au Parlement de Paris était poète et « grand amateur, surtout de la musique italienne ». Le jeune orléanais fut attaché au parlementaire et vécut avec lui et sa famille (dès 1708 et sans doute avant, 1701, jusqu'en 1713) dans l'Hôtel de Seré au 33 de la rue des Francs-Bourgeois, dans le quartier du Marais, à Paris. Il suivra le poète dans ses adresses parisiennes jusqu'à ce que celui-ci s'installe (entre 1721 et 1722) dans son château de Rieux, près de la commune de Tillé et de Beauvais. En octobre 1707, les deux hommes produisirent ensemble La Chasse du Cerf, Divertissement chanté, sorte d'opéra en un acte.
Louise Adélaïde d'Orléans, nouvelle abbesse
Dès le printemps 1719 Morin fut nommé maître de la chapelle et de la chambre de l’abbaye royale de Chelles, non loin de Paris. La nouvelle abbesse était Louise-Adélaïde d'Orléans (1698-1743), fille de Philippe II, devenu régent. L'historien Claude-Hyacinthe Berthault écrit, dans L’Abbaye de Chelles, Résumés chronologiques : « On voyait journellement à la porte [du couvent] quelques carrosses de la cour. Dans son palais abbatial, Madame d’Orléans avait une existence de princesse du sang. Son salon, d’où l’austérité était complètement bannie, recevait une société nombreuse, mondaine et lettrée ». « La musique était particulièrement honorée ». À partir de 1721, une jeune poétesse, Marthe de Dangy (née en 1701), ancienne pensionnaire de la Maison royale de Saint-Louis, à Saint-Cyr, sera demoiselle d'honneur de la maîtresse des lieux. Elle entretint des liens avec J.B. Morin.
Un mémorialiste contemporain, le duc de Saint-Simon, traça en ces termes le portrait de Madame d'Orléans : « Tantôt austère à l’excès, tantôt n’ayant de religieuse que l’habit, musicienne, chirurgienne, théologienne, directrice, et tout cela par sauts et par bonds, mais avec beaucoup d’esprit, toujours fatiguée et dégoûtée de ses diverses situations, incapable de persévérer en aucune, aspirante à d’autres règles et plus encore à la liberté, mais sans vouloir quitter son habit de religieuse... ».
L'Ordre de Saint-Lazare et la Maison d'Orléans : Morin, Charles-Hubert Gervais, André Campra