Jean-Baptiste Bessières, duc d'Istrie, né le 6 août 1768 à Prayssac dans le Quercy et mort au combat le 1er mai 1813 à Weißenfels, dans le royaume de Saxe, est un militaire français, élevé à la dignité de maréchal d'Empire par Napoléon en 1804.
Issu de la petite bourgeoisie, il commence sa carrière militaire sous la Révolution française et est promu capitaine au sein du 22e régiment de chasseurs à cheval. Il est remarqué pendant la campagne d'Italie par le général Napoléon Bonaparte qui le nomme commandant du corps des guides à cheval. Bessières participe en cette qualité à la campagne d'Égypte jusqu'en 1799, avant d'être fait général sous le Consulat pour s'être distingué à la bataille de Marengo. Il est élevé à la dignité de maréchal d'Empire en 1804 et prend la tête de la cavalerie de la Garde impériale.
Brillant officier de cavalerie, Bessières se distingue dans la plupart des grandes batailles des guerres napoléoniennes, notamment à Austerlitz, Eylau, Essling et Wagram. En 1808, il joue un rôle actif dans la guerre d'Espagne en remportant dès le début du conflit la victoire de Medina de Rioseco, dont les conséquences sont néanmoins éphémères. Son attitude trois ans plus tard à la bataille de Fuentes de Oñoro, où son soutien fait défaut à Masséna, prête à controverses. Il n'en participe pas moins à la campagne de Russie en 1812, au cours de laquelle il sauve Napoléon d'une attaque de cosaques, et reçoit le commandement de toute la cavalerie française au début de la campagne d'Allemagne. Le maréchal est toutefois mortellement blessé par un boulet le 1er mai 1813 à Rippach, près de Weißenfels, la veille de la bataille de Lützen.
Bessières était, selon Napoléon, « un officier de réserve plein de vigueur, mais prudent et circonspect ». Médiocre commandant en chef, il est en revanche un excellent général de cavalerie, courageux, capable d'initiatives et qui conduit souvent en personne les charges de ses cavaliers. La mort de cet homme cultivé, pieux et populaire au sein de la Garde est vivement ressentie par l'Empereur qui déclare à son sujet : « il a vécu comme Bayard, il est mort comme Turenne ».
Débuts sous l'Ancien Régime et la Révolution
Jean-Baptiste Bessières naît le 6 août 1768 à Prayssac, dans le Quercy. Il est l'aîné des neuf enfants de Mathurin Bessières, un maître chirurgien appartenant à la bourgeoisie locale, et d'Antoinette Lemosy, fille de notaire. Instruit dans son enfance par un prêtre, il étudie par la suite au collège Saint-Michel de Cahors et y reçoit une solide instruction. C'est également là qu'il fait la connaissance d'un de ses compatriotes, Joachim Murat, avec lequel il se lie d'amitié. Afin de reprendre la profession paternelle, il se prépare à aller suivre les cours de l'école de médecine à Montpellier mais sa famille se retrouve brutalement dans une situation financière difficile et il doit se former sur le tas sous la houlette de son père et d'un de ses cousins. En raison de sa bonne éducation, il participe à la rédaction des cahiers de doléances de sa commune en 1788 et devient commandant en second de la garde nationale locale lorsqu'éclate la Révolution française.
Le 8 février 1792, il est désigné par ses concitoyens, en même temps que son ami Joachim Murat, pour servir dans la Garde constitutionnelle du Roi, qu'il intègre le 7 avril de la même année avant d'en être licencié le 5 juin. Il entre alors au bataillon des Jacobins Saint-Dominique de la garde nationale parisienne. S'il adhère aux idées de la Révolution, il en désapprouve le tournant radical qui heurte ses convictions catholiques profondément teintées de conservatisme. Fidèle au roi, il tente de prendre part à la défense du palais des Tuileries dans la journée du 10 août et, par prudence, doit se cacher pendant un temps chez le duc de La Rochefoucauld.
Le 1er novembre, il se réengage comme simple cavalier dans la légion des Pyrénées, futur 22e régiment de chasseurs à cheval, qui se trouve déployé à la frontière espagnole. Son avancement est assez rapide puisqu'il est nommé adjudant sous-officier le 1er décembre 1792, sous-lieutenant le 16 février 1793, lieutenant le 10 mai et enfin capitaine le 8 mai 1794. Servant successivement sous les ordres des généraux La Barre et Dugua, il participe notamment à la bataille du Boulou, où le 22e chasseurs prend une part importante à la victoire, et à celle de la Sierra Negra près de Figueras.
En août 1795, lui et son régiment sont transférés à l'armée d'Italie. Le hasard veut que cette armée soit bientôt placée sous les ordres du général Napoléon Bonaparte dont l'un des aides de camp n'est autre que son ami Joachim Murat. Bessières se signale au début de la campagne en enlevant à pied, et avec l'aide de deux de ses chasseurs, une pièce d'artillerie autrichienne après avoir eu son cheval tué sous lui. Il acquiert rapidement une réputation de bravoure qui lui vaut d'être désigné par Bonaparte comme chef du corps des guides à cheval de l'armée d'Italie. Le 4 septembre 1796, au combat de Rovereto, il avise une batterie autrichienne avec six de ses chasseurs et lui enlève deux canons. Le même jour, il est élevé provisoirement au grade de chef d'escadron, qui lui est confirmé le 4 mars 1797. Il se distingue ensuite à la bataille de Rivoli le 14 janvier 1797, puis à celle de La Favorite deux jours plus tard, ce qui lui vaut d'être choisi pour ramener au Directoire les drapeaux pris lors des derniers affrontements. Il retourne ensuite en Italie et intègre le cercle des intimes de Bonaparte. Il est nommé chef de brigade le 9 mars 1797.
Affecté au commandement des guides du général en chef à l'armée d'Orient en mai 1798, Bessières participe à l'expédition d'Égypte. Ses hommes, presque entièrement dépourvus de montures, ne jouent toutefois aucun rôle dans la première phase de la campagne. Il suit Bonaparte en Syrie et se signale au siège de Saint-Jean d’Acre (du 19 mars au 20 mai 1799) puis, après le repli des forces françaises en Égypte, à la bataille d’Aboukir (25 juillet 1799) où il se joint à Murat pour mener une série de charges de cavalerie qui contribuent à rejeter leurs adversaires à la mer. Dans le rapport officiel sur la bataille qu'il adresse au Directoire le 27 juillet 1799, Bonaparte note : « le chef de brigade Bessières, à la tête des guides, a soutenu la réputation de son corps ». S'étant toujours rangé du côté de Bonaparte lorsque celui-ci faisait l'objet de contestations durant la campagne, Bessières fait partie de la petite suite qui accompagne le général en chef lors de son retour en France en août 1799.
De retour en France, Bessières est présent lors du coup d'État du 18 Brumaire au cours duquel, selon Jacques Garnier, il « reste constamment auprès de Bonaparte ». Le 11 novembre 1799, il est nommé commandant en second de la Garde consulaire. Il est en outre désigné pour être le tuteur d'Eugène de Beauharnais, le fils adoptif de Napoléon.
Le 14 juin 1800, il prend part à la bataille de Marengo. Alors que l'affaire tourne mal pour le Premier consul, Desaix et la division Boudet débouchent sur le champ de bataille. Pour soutenir leur mouvement, la brigade Kellermann se déploie sur le flanc droit tandis que Bessières organise une charge massive sur le flanc gauche avec l'ensemble de la cavalerie de la Garde consulaire, semant la panique chez les Autrichiens. Les grenadiers à cheval, en particulier, prennent possession de trois étendards ennemis. Après les combats, Bessières reçoit pour son action les éloges de Bonaparte, qui lui dit : « sous votre commandement, la Garde s'est couverte de gloire, elle ne pouvait pas faire mieux dans les circonstances données ».
Il est successivement promu général de brigade le 18 juillet 1800, puis général de division le 13 septembre 1802, ce qui constitue un avancement exceptionnellement rapide.
Les débuts de l'Empire et la charge d'Austerlitz
Avec l'avènement du régime impérial, le général Bessières est élevé à la dignité de maréchal d'Empire le 19 mai 1804. Le 14 juin, il est fait grand officier de la Légion d'honneur, puis colonel général de la cavalerie de la Garde impériale le 20 juillet. Cette dernière fonction, nullement honorifique, permet à Bessières d'exercer une influence considérable au sein de la Garde impériale, qu'il s'attelle à réformer et à discipliner. Dirigeant la cavalerie de la Garde lors des parades et sur les champs de bataille, ses importantes fonctions militaires l'amènent à figurer parmi les intimes de l'Empereur, qu'il accompagne très souvent lors de ses déplacements. Toutefois, cette nomination prestigieuse n'est pas sans susciter la jalousie des autres maréchaux et l'accession de Bessières au maréchalat apparaît comme une faveur peu justifiée au vu de ses états de service, moins brillants que ceux de beaucoup d'autres. Marmont déclare à ce sujet : « si Bessières est maréchal, tout le monde peut l'être ». De fait, en dépit de son incontestable bravoure, Bessières doit son bâton de maréchal davantage à sa loyauté envers Napoléon qu'à ses talents sur le champ de bataille. Le 2 février 1805, il reçoit l'insigne de grand aigle de la Légion d'honneur. Concernant sa possible appartenance à la franc-maçonnerie, l'historien Walter Bruyère-Ostells écrit que Bessières « a sans doute été initié » mais qu'« aucun document ne vient l'attester ».