Jean-Baptiste-Antoine Suard, né le 15 janvier 1732 à Besançon et mort le 20 juillet 1817 à Paris 1er, est un homme de lettres, critique littéraire et censeur français, membre et secrétaire perpétuel de l'Académie française.
Fils d’Edme Suard, il s’installe à Paris en 1751, où il collabore à plusieurs périodiques, dont le Journal étranger, et exerce la fonction de censeur royal. Son mariage en 1766, avec la femme de lettres Amélie, l’introduit dans les milieux intellectuels parisiens.
Secrétaire perpétuel de l’Académie française à partir de 1803, il exerce cette fonction sous le Consulat, l’Empire et la Restauration.
Son père, Edme, est l'appariteur de l'université de Besançon. Jean-Baptiste-Antoine étudie à l'université où travaille son père. Pour avoir refusé de dénoncer un condisciple, il est emprisonné pour une durée de dix-huit mois et ne peut plus poursuivre ses études.
L’abbé Trublet l’introduit chez Marie-Thérèse Geoffrin, qui lui ouvre son salon et le présente, à son tour, à Fontenelle.
Il laisse passer de magnifiques situations, comme celle de secrétaire du comte de Gisors que lui offrait Marmontel, celle de Maitre des Pages du duc de Gotha, proposée par Grimm, préférant rester à Paris, auprès de sa maitresse, jusqu’à ce qu’un dérangement survenu dans les affaires paternelles le prive de la petite pension qu’il reçoit de Besançon. De retour à Paris, en 1758, Marmontel lui procure un emploi au Mercure de France. abbé Raynal lui procure l’occasion de donner des leçons de littérature au prince de Nassau.
En 1759, il s’associe avec Arnaud, l’abbé Prévost et Pierre-Jean-Baptiste Gerbier, pour lancer le Journal étranger, journal consacré à la littérature étrangère contenant des extraits, des critiques d'ouvrages et des poésies diverses traduites par Suard. Il continue, en revanche, le Journal étranger, avec Arnaud, sous le même titre jusqu'en 1764, puis deux ans encore sous celui de Gazette littéraire de l'Europe.
Il épouse la salonnière Amélie Panckoucke, le 16 janvier 1766. Il deviendra également un familier des salons de Julie de Lespinasse, lorsque celle-ci s’installera avec D'Alembert.
Élu à l'Académie française en 1772 au fauteuil de Charles Pinot Duclos, il voit son élection annulée par le roi sous le prétexte qu'il avait collaboré à l’Encyclopédie, mais en réalité parce que cette accusation a été formulée par le maréchal de Richelieu, qui voulait y faire entrer Lemierre et avait été très contrarié de cette nomination.
Il fait la connaissance de l'historien Robertson, qui, lui envoyant les feuilles de son Histoire de Charles-Quint à mesure qu’on les imprimait, lui permet d’en faire paraitre la traduction en même temps que l’original.
Le roi ratifie son élection et le nomme censeur des pièces de théâtre, fonction qu'il occupe jusqu'en 1790. À ce titre, il refuse son approbation au Mariage de Figaro de Beaumarchais.
Porté par ses lectures, par les discussions de questions économiques qu’il entendait entre ses amis Turgot, Morellet, Necker, Condorcet et autres, et par ses connaissances de la vie anglaise, à souhaiter un régime libéral, il se montre initialement favorable aux idées nouvelles, avant de s’en éloigner, lorsque celle-ci[Qui ?], abolissant la censure, lui fait perdre tous ses revenus de censeur des spectacles, censeur royal et censeur du Journal de Paris. Il regrette assez rapidement l’Ancien Régime, malgré tous ses défauts.
Lors de la journée du 10 août 1792, qui consomme la chute de la monarchie constitutionnelle, il prend parti contre les insurgés pour le roi, ce qui l’obligera à se cacher quelque temps à Neuilly chez Devaines, puis de se retirer dans une maison de Fontenay-aux-Roses qu'il a acquise dix ans plus tôt.
Pendant la Terreur, il se retire à Fontenay-aux-Roses. À la fin de la Terreur, il trouve des scellés posés sur sa demeure parisienne. La maison de Fontenay-aux-Roses subira le même sort et sera vendue comme bien d’émigré en 1800. Suard trouve refuge, d'abord chez un ami chez Sophie d'Houdetot et Saint Lambert[style à revoir], à Cernay, puis chez François de Pange à Passy. Sous le Directoire, Suard reprend la plume dans les Nouvelles politiques, nationales et étrangères.
Lorsque Germaine de Staël lui écrit de Paris pour l’avertir que le Directoire était mécontent du voir donner asile à des suspects[pas clair].
Suard n’est autorisé à rentrer en France qu’en novembre 1799, après la prise de pouvoir de Napoléon, avec le coup d'État du 18 Brumaire. Sous le gouvernement consulaire, il devient rédacteur au Publiciste, journal qui parait jusqu'en 1810. Il reprend, sous le titre de Publiciste, la rédaction du journal qui l’avait fait proscrire, jusqu’à sa suppression par Napoléon.
Comme membre du jury des prix décennaux, il a été accusé de sévérité et d’impartialité en faveur de[pas clair] la littérature du XVIIIe siècle, mais il a encouragé les débuts de Victorin Fabre, Hippolyte Auger, et surtout Abel François Villemain. Il sollicite le retour de son poste de censeur des théâtres, mais ne parvient qu'à se faire nommer censeur honoraire. Il a fait de nombreux rapports à son Académie, et fourni un très grand nombre d’articles à la Biographie universelle. Son dernier ouvrage est une édition soignée de sa traduction de l’Histoire de Charles-Quint sur Robertson, à laquelle il a joint une Notice sur l’auteur.
La paresse légendaire de Suard l’a empêché d’entreprendre aucun ouvrage de longue haleine. Se contentant de publier de temps en temps des articles dans les journaux, et de donner des éditions précédées de Notices, entre autres des maximes de La Rochefoucauld et La Bruyère, il a plus incarné, au sein de la nouvelle république littéraire des Lumières, la nouvelle classe de gens du monde éclairés par celles-ci que celle des gens de lettres. Il a également édité un Choix des anciens Mercure (1757-1764, 108 vol.) et la troisième partie de la Correspondance de Grimm (1813, 5 vol.). Suard a néanmoins joué un rôle important, par ses nombreuses traductions, notamment Robertson, Ossian, Hume, dans la diffusion en France de la vision par les Lumières écossaises de la séparation de l’Histoire en quatre étapes.