Janet Frame (/ˈd͡ʒænɪt fɹeɪm/), née le 28 août 1924 à Dunedin et morte le 29 janvier 2004 dans la même ville, est une écrivaine néo-zélandaise. Sa vie est marquée par de nombreux internements en institution psychiatrique à la suite d'un diagnostic de schizophrénie qui se révèle erroné. Elle laisse 13 romans, trois volumes d'autobiographie, cinq recueils de nouvelles et trois de poésie. Son nom avait été avancé pour le prix Nobel de littérature.
La famille paternelle de Janet Frame est originaire d'Écosse. Son grand-père, Alexander, quitte Hamilton dans les années 1870 pour s'installer à Oamaru. Il épouse en 1877 Mary Peterson qui, après avoir commencé à huit ans à travailler dans une filature de coton, arrive en Nouvelle-Zélande en 1874 sans savoir ni lire ni écrire. Alexander travaille comme forgeron. Le couple a huit fils et quatre filles, dont George, le père de Janet, né en 1894. La famille déménage en 1899 à Port Chalmers, puis à Dunedin en 1901.
La famille maternelle est originaire d'Angleterre. Son niveau social et culturel est plus élevé, au contraire de ses moyens financiers. La famille est de religion christadelphe, ce qui conduit le futur oncle de Janet Frame à être emprisonné pour objection de conscience.
À l'âge de 18 ans, George Frame est embauché aux chemins de fer comme nettoyeur, puis gravit peu à peu les échelons. Il épouse le 25 mars 1916 Lottie Godfrey, qui travaille comme domestique. Il est mobilisé un mois plus tard pour la première guerre mondiale, il sert dans le Génie (en) et ne rentre en Nouvelle-Zélande qu'en mars 1919.
Le couple s'installe d'abord à St Kilda puis, au gré des affectations de la compagnie de chemin de fer, habite à Outram, Glenham, Wyndham, avant de se fixer en 1931 au 56 Eden Street à Oamaru jusqu'en février 1944, puis dans le faubourg de Willowglen.
Myrtle, l'aînée de la famille, naît en décembre 1920, Geordie, le seul garçon, en 1923, Janet en août 1924, Isabel en mai 1925 et June en juin 1928. Janet est la survivante de jumeaux dont le second est resté à l'état d'embryon.
Le niveau de vie est faible, ce qui entraine une forme d'ostracisme informel de la part des voisins. Il est aggravé par les difficultés économiques engendrées par la Crise de 1929, ainsi que par le coût du suivi médical de Geordie, qui se révèle être épileptique. Janet se plaint toute sa scolarité secondaire de devoir porter le même uniforme, qui la serre de plus en plus, ses parents n'ayant pas les moyens d'en acheter un autre ; de sa chevelure rousse rebelle ; et de devoir cacher l'état de ses dents, la Sécurité Sociale, nouvellement créée, ne prenant pas en charge les soins dentaires.
Janet Frame fait son entrée à l'école d'Oamaru en février 1931 et, grâce à une bourse, rejoint l'école secondaire en 1937. Elle y est considérée comme détachée, timide, solitaire, différente, très intelligente mais sans sens social. Janet est dépressive tout au long de sa dernière année de secondaire. Sa famille a décidé qu'elle serait enseignante, elle veut être poète. Sa sœur aînée Myrtle se noie en 1937.
Admise à l'Université d'Otago, elle s'installe en février 1943 chez une tante, qui lui offre gîte et maigre couvert pour un prix modique. Diplômée deux ans plus tard, elle doit effectuer une année comme enseignante probatoire, ce qui la terrorise, et la crainte « d'être jugée » la rend de plus en plus dépressive. Quand l'inspecteur se présente dans sa classe, elle s'enfuit et fait une tentative de suicide. Elle consulte le psychiatre John Money, en exagérant les symptômes qu'elle dit ressentir (elle avoue plus tard avoir « comploté »). Examinée par d'autres médecins à l'hôpital de Dunedin, elle est diagnostiquée schizophrène, puis internée à l'asile de Seacliff (en) pendant six semaines. À sa sortie, elle prend un emploi à mi-temps de femme de ménage, qui lui permet d'écrire le reste de la journée ce qui deviendra The Lagoon.
En février 1947, Isabel Frame se noie à Picton, dix ans après sa sœur Myrtle. En août, Janet occupe un emploi de femme de chambre dans un hôtel de Christchurch ; elle consulte une nouvelle psychiatre et se fait admettre volontairement en février 1948 à l'hôpital psychiatrique Sunnyside qui pratique la thérapie par électrochoc. Après 12 semaines d'hospitalisation, elle entre à Oamaru, puis est à nouveau internée de force à Seacliff. Elle passe plus de quatre des six années suivantes à l'hôpital, subissant de nombreuses électrothérapies. Cependant, les nouvelles écrites quelques années plus tôt finissent par paraître et reçoivent le prestigieux prix littéraire Hubert Church Memorial Award (en), ce qui la sauve de la lobotomie qui était programmée. Quelques autres nouvelles paraissent dans la revue Landfall de Charles Brasch, mais elle se fait réadmettre à Seacliff au premier trimestre 1955. À sa sortie, elle s'installe à Auckland et y rencontre l'écrivain Frank Sargeson. Celui-ci lui propose de loger dans une cabane de son jardin, où elle écrit en quatre mois Owls Do Cry, accepté en septembre par l'éditeur Pegasus Press. Elle demande et obtient une bourse du State Literary Fund, qui lui permet de quitter la Nouvelle-Zélande pour l'Angleterre le 31 juillet 1956 à bord du Ruahine (en).
À Londres, Janet Frame s'installe dans une pension, puis passe les quatre mois d'hiver à Ibiza ; elle y rencontre un Américain et se retrouve enceinte, mais elle fait une fausse couche. Elle séjourne ensuite à Andorre, où son colocataire italien la demande en mariage. Elle s'enfuit et le tuera symboliquement dans les premières pages de The Adaptable Man. Rentrée en Angleterre en mai 1957, elle y découvre la présence de son frère Geordie, bientôt rapatrié sanitairement en Nouvelle-Zélande.
Elle trouve un travail d'ouvreuse dans un cinéma mais, en août, est à nouveau hospitalisée à sa demande au Maudsley Hospital (en) où elle passe six mois. Son objectif est de déterminer si elle est vraiment schizophrène. Le panel de psychiatres qui l'examine réfute le diagnostic initial posé 12 ans plutôt : elle ne l'est pas. Elle a par contre une « personnalité pathologique avec des caractéristiques schizoïdes et dépressives, et des difficultés à ordonner sa perception des émotions et à contrôler son comportement. »
À sa sortie de l'hôpital le 12 février 1958, vivant chichement des chèques de droits d'auteur que lui envoie son éditeur, elle se remet à écrire, mais difficilement. Apprenant que son premier roman va être publié en Angleterre, elle change son nom légal en Janet Clutha, de manière à ne pouvoir être identifiée. Une nouvelle fois dans une spirale dépressive, elle demande en septembre à être réhospitalisée au Maudsley Hospital, elle y est prise en charge pendant neuf mois par Robert Crawley, qui lui conseille de ne jamais cesser d'écrire. Elle reste en contact avec lui toute sa vie et lui dédie sept de ses ouvrages. En juin 1959, à sa sortie de l'hôpital, Janet Frame emménage à Camberwell, où elle écrit Faces in the Water, The Edge of the Alphabet, les nouvelles de The Reservoir, ainsi que le début de Scented Garden for the Blind, tout en continuant à voir Crawley toutes les semaines.
Janet Frame s'installe début 1962 à Mevagissey en Cornouailles, puis à Braiseworth, dans le Suffolk. Elle achève Scented Garden en septembre, réduit de 70 000 à 30 000 mots le texte de Snowman, Snowman, puis retourne à Londres en octobre 1962. Une crise d'angoisse la conduit à un nouvel internement volontaire pendant trois semaines en décembre 1962. À sa sortie, elle commence à rédiger The Adaptable Man, dont le décor s'inspire de Braiseworth. En février 1963, elle accepte une invitation du journaliste Geoffrey Moorhouse (en), qui fournit la trame de Towards An Other Summer, dont elle refuse la publication de son vivant.
En août 1963, Janet Frame apprend la mort de son père et décide de retourner en Nouvelle-Zélande. Elle quitte l'Angleterre le 12 septembre et arrive à Auckland le 14 octobre. La publication de ses livres l'a rendue célèbre, et des journalistes l'attendent à son arrivée.
1964-2004 : Nouvelle-Zélande et voyages