Jane Austen [ˈd͡ʒeɪn ˈɒstɪn], née le 16 décembre 1775 à Steventon dans le Hampshire en Angleterre et morte le 18 juillet 1817 à Winchester dans le même comté, est une romancière et femme de lettres anglaise.
Son réalisme, sa critique sociale mordante et sa maîtrise du discours indirect libre, son humour distancié et son ironie ont fait d'elle l'un des écrivains anglais les plus largement lus et aimés.
Toute sa vie, Jane Austen demeure au sein d'une cellule familiale étroitement unie, appartenant à la petite gentry anglaise. Elle doit son éducation à l'encouragement à la lecture apporté non seulement par ses frères James et Henry, mais surtout par son père, qui l'autorise à puiser sans restriction dans sa vaste bibliothèque. Le soutien sans faille de sa famille est essentiel pour son évolution en tant qu'écrivaine professionnelle. L'apprentissage artistique de Jane Austen s'étend du début de son adolescence jusqu'à sa vingt-cinquième année environ. Durant cette période, elle s'essaie à différentes formes littéraires, y compris le roman épistolaire qu'elle expérimente avant de l'abandonner, et écrit et retravaille profondément trois romans majeurs, tout en en commençant un quatrième.
De 1811 à 1816, avec la parution de Raison et Sentiments (publié de façon anonyme en 1811), Orgueil et Préjugés (1813), Mansfield Park (1814) et Emma (1816), elle connaît le succès. Deux autres romans, L'Abbaye de Northanger (achevé en fait dès 1803) et Persuasion, font tous deux l'objet d'une publication posthume en 1818 ; en janvier 1817, elle commence son dernier roman, finalement intitulé Sanditon, qu'elle ne peut achever avant sa mort.
L'œuvre de Jane Austen est, entre autres, une critique des romans sentimentaux de la seconde moitié du XVIIIe siècle et appartient à la transition qui conduit au réalisme littéraire du XIXe siècle. Les intrigues de Jane Austen, bien qu'essentiellement de nature comique, c'est-à-dire avec un dénouement heureux, mettent en lumière la dépendance des femmes à l'égard du mariage pour obtenir statut social et sécurité économique. Comme Samuel Johnson, l'une de ses influences majeures, elle s'intéresse particulièrement aux questions morales.
Du fait de l'anonymat qu'elle cherche à préserver, sa réputation est modeste de son vivant, avec quelques critiques favorables. Au XIXe siècle, ses romans ne sont admirés que par l'élite littéraire. Cependant, la parution en 1869 de A Memoir of Jane Austen (Souvenir de Jane Austen), écrit par son neveu, la fait connaître d'un public plus large. On découvre alors une personnalité attirante et l'intérêt populaire pour ses œuvres prend son essor. Depuis les années 1940, Jane Austen est largement reconnue sur le plan académique comme « grande écrivaine anglaise ». Durant la seconde moitié du XXe siècle se multiplient les recherches sur ses romans, qui sont analysés sous divers aspects, par exemple artistique, idéologique ou historique. Peu à peu, la culture populaire s'empare de Jane Austen et les adaptations cinématographiques ou télévisuelles qui sont réalisées sur sa vie ou ses romans connaissent un réel succès.
Il est généralement admis que l'œuvre de Jane Austen appartient non seulement au patrimoine littéraire de la Grande-Bretagne et des pays anglophones, mais aussi à la littérature mondiale. Elle fait aujourd'hui, comme les Brontë, l'objet d'un véritable culte : Jane Austen jouit d'une popularité croissante et quasi universelle.
Jane Austen écrivait souvent pour sa famille, en particulier pour ses frères, diplômés à l'université d'Oxford. Malgré le haut niveau littéraire de sa famille, Jane fut la seule à devenir une écrivaine publiée.
Selon l'un de ses biographes, les informations sur la vie de Jane Austen sont « d'une rareté notoire » (« famously scarce »). Il ne reste que quelques lettres d'ordre personnel ou familial (selon une estimation, 160 lettres sur un total de 3 000). Sa sœur Cassandra, à qui la plupart étaient adressées, en a brûlé beaucoup et a censuré celles qu'elle a gardées. D'autres ont été détruites par les héritiers de son frère, l'amiral Francis Austen.
Les éléments biographiques, rendus disponibles dans les cinquante années suivant sa mort, émanent presque tous de ses proches. C'est tout d'abord la Biographical Notice of the Author, « notice biographique sur l'auteur » écrite par son frère Henry en préface de la publication de Northanger Abbey et de Persuasion en 1818, qui reste la seule biographie disponible sur elle pendant plus de cinquante ans ; c'est ensuite A Memoir of Jane Austen (« Souvenir de Jane Austen »), ouvrage essentiel de son neveu James Edward Austen-Leigh, dont la première édition est datée de 1870, et qui demeure l'ouvrage de référence sur la vie de Jane Austen pendant plus d'un demi-siècle. C'est dans cette biographie qu'apparaît la vue d'artiste (tirée du portrait fait par Cassandra, la sœur de Jane) dont sont dérivées les différentes gravures utilisées comme portrait de la romancière.
Ces deux sources reflètent la tendance familiale à accentuer l'aspect de « tante Jane, si bonne et si gentille » (« good quiet Aunt Jane »). Depuis, bien peu de documents nouveaux ont été mis au jour par les chercheurs.
Le père de Jane Austen, George Austen (1731-1805), et sa femme, Cassandra (1739-1827), appartiennent tous les deux à la petite gentry. George descend d'une famille de tisserands en laine, peu à peu parvenus au statut de la petite gentry terrienne. Sa femme Cassandra Austen, née Leigh, compte parmi ses ancêtres Thomas Leigh (en), lord-maire de Londres au temps de la reine Élisabeth Ire. De 1765 à 1801, soit pendant une grande partie de la vie de Jane, George Austen est recteur de la paroisse anglicane de Steventon, ainsi que de celle du village voisin de Deane, situé un kilomètre plus au nord. Les deux villages ne sont séparés que d'une dizaine de kilomètres de Basingstoke, la plus grande ville du Hampshire. De 1773 à 1796, George Austen arrondit ses revenus par des activités annexes, celles de fermier, et aussi de précepteur de trois ou quatre garçons, en pension chez lui. La famille habite une maison de deux étages et un grenier, le Rectory (« le presbytère »), entourée d'une grange, d'arbres et de prés.
La proche famille de Jane Austen est nombreuse, six frères, James (1765-1819), George (1766-1838), Edward (1767-1852), Henry Thomas (1771-1850), Francis William (« Frank », 1774-1865), Charles John (1779-1852), et une sœur, Cassandra Elizabeth (1773-1845), qui, comme Jane Austen, meurt sans s'être mariée. Cassandra Elizabeth est l'amie la plus proche et la confidente de Jane tout au long de sa vie. Parmi ses frères, c'est de Henry qu'elle se sent le plus proche. D'abord banquier, il devient, après sa faillite, clergyman de l'Église anglicane. C'est lui qui sert d'agent littéraire à sa sœur. Parmi son vaste cercle londonien, se trouvent des banquiers, des marchands, des éditeurs, des peintres et des acteurs. Ainsi, grâce à son entregent, Jane a l'occasion de fréquenter une catégorie sociale normalement inaccessible à une personne isolée dans une petite paroisse rurale du fond du Hampshire.
George, quant à lui, est très jeune confié à une famille locale, car, comme le rapporte Deirdre Le Faye, biographe de Jane Austen, il est « mentalement anormal et sujet à des crises ». Il se peut aussi qu'il ait été sourd et muet.
Charles et Frank, eux, servent dans la marine, où ils s'élèvent au grade d'amiral. Edward est adopté en 1783 par un lointain cousin, Thomas Knight, dont il reprend le nom en 1812, date à laquelle il hérite de ses domaines.
Jane Austen, née le 16 décembre 1775 au presbytère de Steventon, est baptisée le 5 avril 1776. Au bout de quelques mois, sa mère la place chez une voisine, Elizabeth Littlewood, qui est sa nourrice pendant un an ou un an et demi. En 1783, selon la tradition familiale, Jane et Cassandra sont envoyées à Oxford pour y être éduquées par Mrs Ann Cawley qu'elles suivent à Southampton un peu plus tard cette même année. Les deux sœurs contractent le typhus qui manque d'emporter Jane. Elles sont ensuite élevées chez leurs parents jusqu'à leur départ en pension, au début de l'année 1785. L'enseignement dans cet établissement comprend vraisemblablement le français, l'orthographe, les travaux de couture et de broderie, la danse, la musique, et peut-être le théâtre. Mais dès décembre 1786, Jane et Cassandra sont de retour chez elles, car leurs parents ne peuvent plus financer leur pension. L'éducation de Jane est alors complétée à domicile par la lecture, orientée par son père et ses frères James et Henry. Les auteurs préférés de Jane sont alors les poètes William Cowper (1731-1800) et surtout George Crabbe (1754-1832).