Jan Ullrich, né le 2 décembre 1973 à Rostock, est un ancien coureur cycliste allemand. Professionnel de 1995 à 2006, il est le premier et le seul Allemand à avoir remporté le Tour de France (1997). Il est présenté comme le grand rival du septuple vainqueur déchu du Tour de France, Lance Armstrong. À trois reprises (2000, 2001 et 2003), il s'est classé deuxième derrière ce dernier. Ces places d'honneur s'ajoutent à celles obtenues en 1996 et 1998 (2e) et à la dernière acquise en 2005 (3e) qui lui sera finalement retirée par le TAS le 10 février 2012. Avec ces six podiums en huit participations à la grande boucle, Jan Ullrich figure au quatrième rang du plus grand nombre de podiums sur cette course.
Le palmarès de Jan Ullrich se compose en outre d'un Tour d'Espagne (1999), d'une médaille d’or en 2000 sur la course en ligne aux Jeux Olympiques de Sydney (et d’une d’argent au contre-la-montre de ces mêmes Jeux, derrière le russe Viatcheslav Ekimov) et de deux championnats du monde du contre-la-montre (1999 et 2001). Sa carrière, à l'instar de bon nombre de coureurs de sa génération, a aussi été marquée par des affaires de dopage. Elle s'est achevée en 2006, après qu'une analyse ADN a permis de l'identifier parmi les clients du docteur Fuentes, dans le cadre de l'affaire Puerto. Pour cette affaire, le TAS le suspend pour deux ans le 9 février 2012. Outre le dopage qu'il a finalement avoué en 2023, Jan Ullrich fut au long de sa carrière la cible de critiques lui reprochant son manque de rigueur et d’engagement sportif, et, d'une manière générale, son absence de professionnalisme. Ces faiblesses expliqueraient un palmarès trop modeste pour ceux qui virent en Ullrich un des coureurs les plus doués de l'histoire du cyclisme.
Biographie et situation familiale
Jan Ullrich est né à Rostock en RDA. Son père, maçon, a quitté le foyer familial en 1979 alors que Jan n'était encore qu'un enfant. C'est donc sa mère qui l'a élevé avec ses deux frères et son demi-frère.
Il a vécu de 1994 à 2002 dans le petit village de sa compagne d’alors, Gaby, à Merdingen, où il s’est réinstallé depuis 2019. En 2002, ils avaient emménagé en Suisse, à Scherzingen au bord du lac de Constance. En 2016 il s’était installé près de Palma, à Majorque.
Il a une fille, Sarah Maria (née le 1er juillet 2003) avec Gaby, dont il s’est séparé en 2005. Marié de 2006 à 2018 à Sara Steinhauser, sœur de l'ancien coureur cycliste Tobias Steinhauser, il a aussi trois fils, Max, né le 7 août 2007, Benno, né le 18 janvier 2011 et Toni, né le 31 octobre 2012.
Jan Ullrich pratique le cyclisme depuis 1983 dans le club de Dynamo Rostock avec comme entraîneur Peter Saager. Ullrich gagne sa première course à 11 ans. En 1986, il étudie à l'école sportive KJS à Berlin. Il débute en 1987 dans une formation des futurs athlètes de la RDA à l'école nationale des sports du SC Dynamo Berlin avec comme entraîneur Peter Becker. En 1988, il devient champion junior de RDA sur route. L'école ferme après la chute du Mur de Berlin en 1989. Lui, ainsi que ses coéquipiers, rejoignent l'équipe de RG Hambourg. Il y reste jusqu'en 1994. En 1991, il termine 5e aux championnats du monde de cyclo-cross chez les amateurs.
En 1993, il devient champion du monde amateur à Oslo en Norvège.
Des débuts prometteurs (1994-1995)
En 1994, grâce à son entraîneur Becker, Ullrich passe stagiaire dans l'équipe Telekom de Walter Godefroot. Il finit troisième du chrono des championnats du monde en Sicile, derrière Chris Boardman et Andrea Chiurato.
En 1995, Ullrich devient champion d'Allemagne du contre-la-montre. Il termine aussi dans les dix premiers du Tour de Suisse. À 21 ans, il veut prendre le départ du Tour de France mais Godefroot le juge trop jeune. À son grand regret, il participe finalement à la petite course allemande, la Hofbrau Cup, où il termine troisième. Ullrich prend le départ de la Vuelta en septembre mais abandonne au cours de la quinzième étape.
Une montée au sommet (1996-1999)
Premier podium sur le Tour de France (1996)
À l'entame de la saison 1996, le jeune Allemand est encore méconnu du grand public. Il se révèle aux yeux du sport cycliste sur le Tour de France en terminant 2e du classement général et en remportant le contre-la-montre final devant Miguel Indurain, quintuple vainqueur du Tour et grand spécialiste d'une discipline où il se voit relégué à 56 secondes de celui dès lors présenté comme un prodige. Tout en aidant son équipier Bjarne Riis à remporter le Tour, Ullrich réussit l'exploit de l'accompagner sur le podium final, pour sa première participation à la Grande Boucle.
Premier Allemand vainqueur du Tour de France (1997)
1997 est assurément l'année de la consécration. Ullrich devient champion d'Allemagne, et arrive sur le Tour avec le statut de co-leader de son équipe avec Bjarne Riis. Lors de la 10e étape, Ullrich frappe fort et remporte sa plus grande victoire de prestige, au sommet d'Arcalis, en reléguant ses principaux adversaires Richard Virenque et Marco Pantani à 1 min 08 s en moins de dix kilomètres. L'étendue de la démonstration et la puissance athlétique affichée par l'ogre de Rostock sont inédites. Elles enthousiasment alors les observateurs qui voient en lui renaître la lignée des grands coureurs complets tels qu'Eddy Merckx, Bernard Hinault ou Fausto Coppi : dominateurs en montagne et en contre-la-montre. La suite du Tour est une confirmation. Ullrich écrase définitivement le Tour lors de 12e étape, un contre-la-montre autour de Saint-Étienne sur un parcours vallonné. En 55 km, il relègue Virenque à plus de 3 min. Seulement 5 coureurs terminent le parcours à moins de 4 min. Ces excellentes performances scellent le Tour, ôtant tout suspense quant à la victoire finale qui ne peut revenir qu'à Jan Ullrich. Dans les étapes alpestres, il se contente de maîtriser Richard Virenque et Marco Pantani qui signe un succès de prestige à l'Alpe d'Huez. Malgré des soucis digestifs en fin de troisième semaine, rien ne peut inquiéter la victoire finale de Jan Ullrich à Paris. Il remporte son premier Tour de France à l'âge de 23 ans avec plus de 9 min d'avance sur Richard Virenque et 14 min sur Marco Pantani. Outre l'insolence de ces écarts, c'est l'impression visuelle dégagée par Ullrich et en particulier la pureté de son style qui impressionnent. Il semble alors promis à de nombreuses victoires sur le Tour et commentateurs comme suiveurs lui prédisent un règne sans partage sur son sport. Ullrich remporte sur sa lancée la classique de Hambourg et termine 2e du Grand-Prix de Zurich. À l'issue de la saison, il se voit logiquement attribuer le Vélo d'Or mondial.
Favori pour le Tour de France 1998, Ullrich inquiète dès l'hiver par sa négligence apparente, cédant à toutes les sollicitations et bâclant du même coup sa préparation d'avant-saison. C'est dans de mauvaises conditions physiques [réf. nécessaire] qu'il s'aligne sur ses premières courses. Pour autant, sa place de favori n'est pas remise en question. De plus, le Tour 98 voit dès ses premières heures éclater l'affaire Festina qui met sur la touche Richard Virenque et l'ensemble de son équipe pour implication présumée dans un réseau de dopage. Ullrich remporte une première victoire lors de la 7e étape contre-la-montre entre Meyrignac-l'Église et Corrèze. Il prend la tête du classement général avec une avance sur ses poursuivants. Salué par les époux Chirac à la remise du maillot jaune, il semble que le succès final de Jan Ullrich soit unanimement chose acquise. Mais la montagne reste à aborder. Elle voit l'entrée en scène progressive de Marco Pantani favori à cinq minutes d'Ullrich, vainqueur du Tour d'Italie quelques semaines plus tôt. Bien qu'entreprenant à l'entame des Pyrénées, Jan Ullrich laisse entrevoir quelques faiblesses le lendemain, à Luchon, où Pantani lui reprend cette fois plus de vingt secondes au démarrage. En dépit d'un calme apparent et de l'organisation collective affichée par son équipe, le leader de la Telekom doit laisser partir le grimpeur italien, de nouveau, qui signe une première victoire au Plateau de Beille, reprenant en même temps vingt secondes à Ullrich. Toujours en jaune mais talonné par son rival, Ullrich parait désormais contraint à se découvrir. Mais l'étape conduisant les coureurs aux Deux Alpes sera le théâtre d'un des épisodes cyclistes les plus spectaculaire de ces dernières années. Par un temps d'apocalypse, Pantani s'envole pour s'emparer du maillot jaune alors qu'Ullrich s’effondre, laissant voir les images inédites d'un coureur en souffrance, transi par le froid. Jan Ullrich termine 25e de l'étape à plus de 8 min et tombe à la 4e place du classement général. Il réagit le lendemain, dans le col de la Madeleine, lors de l'étape arrivant à Albertville. Sa violente attaque fait plier l'opposition à l'exception du maillot jaune. Les deux hommes, dans un splendide isolement, parcourent ensemble les trente derniers kilomètres de l'étape. Ullrich s'impose au sprint, prenant la troisième place du général. Malgré une 3e victoire d'étape lors du contre-la-montre final entre Montceau-les-Mines et Le Creusot, Ullrich termine encore 2e à Paris. Si la malchance de la défaillance ne peut être écartée comme cause de cet échec inattendu, le poids d'une approche du Tour pour le moins approximative est cependant souligné par la critique sportive. Après quelques courses en août, Ullrich renonce à participer aux mondiaux et met un terme à sa saison 1998.