Jamestown est un village colonial de Virginie, fondé le 14 mai 1607 sur une île de la rive gauche de la James River, située à une cinquantaine de kilomètres de la baie de Chesapeake, au niveau de l'actuelle ville de Williamsburg, sur la côte est des États-Unis.
Ce village aujourd'hui disparu fut la première colonie britannique permanente sur le continent américain, une ancienne implantation à Roanoke ayant disparu dans des circonstances mystérieuses. Le cours d'eau et la ville tirent leur nom du roi Jacques Ier d'Angleterre (James en anglais) qui venait de monter sur le trône d'Angleterre en 1603.
Trois navires (Susan Constant, Godspeed, Discovery) commandés par le capitaine John Smith avec 104 hommes à leur bord, arrivèrent à l'emplacement de Jamestown le 14 mai 1607. Le 26 mai, les Amérindiens Paspegh attaquèrent les colons, tuèrent une personne et en blessèrent onze autres. L'hiver 1609-1610 fut particulièrement rude pour les colons touchés par la famine dont 80 % moururent alors. Les archéologues ont mis au jour des pratiques de cannibalisme pendant cette « ère de la faim ».
Le village devient connu au XXIe siècle pour avoir accueilli les rescapés noirs de 1619 en Virginie, célébrés par le « Projet 1619 », même si pendant son premier siècle d'existence, la Virginie n'accueillit pas de navire négrier. Le 20 août 1619, un corsaire hollandais y séjourna un mois pour des réparations et laissa une vingtaine de passagers noirs, principalement des femmes, pris sur un navire négrier espagnol qui devait en amener 350 au Mexique, dont près de la moitié étaient déjà décédés. Les historiens ont établi que ceux débarqués à Jamestown se sont vu appliquer le statut juridique d'« engagés » et non d'esclaves.
Le 22 mars 1622, après l'arrivée du Baron De La Warr, les relations se détériorent avec les indiens Powhatans, qui attaquèrent la ville, tuant 347 colons (le quart de la population), lors des guerres anglo-powhatans. Ce conflit dura jusqu'à ce que Samuel Argall capture Matoaka la fille de Wahunsenacawh, plus connue sous le nom de Pocahontas, après quoi le chef accepta un traité de paix.
Les 400 ans de Jamestown ont été célébrés du 11 au 13 mai 2007. C'est le plus ancien établissement de colonisation anglaise permanente des États-Unis actuels, mais n'est pas la plus ancienne ville, puisque le site fut abandonné au XVIIIe siècle au profit d'un endroit plus approprié pour la capitale de l'État de la Virginie.
Bien que l'Espagne, le Portugal et la France aient agi rapidement pour établir leur présence dans le Nouveau Monde, d'autres pays européens furent un peu moins hâtifs. C'est seulement plusieurs décennies après les explorations de Jean Cabot que les Anglais tentèrent de fonder des colonies. Les premiers essais furent bien souvent des échecs, notamment la colonie de Roanoke qui disparut totalement vers 1590.
Arrivée et commencement (1607-1608)
À la fin de l'année 1606, un groupe d'Anglais prit le large en direction du Nouveau Monde pour y installer une colonie au nom de la Virginia Company of London. Trois vaisseaux composaient la flotte : le Susan Constant, le Discovery, et le Godspeed, sous la direction du capitaine Christopher Newport. Après un voyage de cinq mois particulièrement long comprenant une halte aux Îles Canaries et plus tard Porto Rico, ils partirent finalement vers les terres américaines le 10 avril 1607. L’expédition mit pied à terre le 26 avril 1607 au niveau du Cap Henry, nommé ainsi en l'honneur de l'un des deux fils du roi. Suivant la décision de trouver un endroit plus sûr, ils explorèrent ce qui est désormais connu sous le nom de Hampton Roads et suivirent une embouchure dans la baie de Chesapeake qu'ils nommèrent James en l'honneur de leur roi, Jacques Ier d'Angleterre.
Le 14 mai 1607, le capitaine Edward Maria Wingfield, élu président du conseil d'administration le 25 avril, choisit un pan de terre sur une grande péninsule retirée d'environ 40 miles (64 km) à l'intérieur des terres pour en faire un emplacement de premier choix pour un village fortifié. L'endroit était stratégique puisqu'il offrait une bonne visibilité ainsi que la profondeur d'eau nécessaire pour que les bateaux à quai soient suffisamment proches de la terre (permettant ainsi de construire les jetées et les quais nécessaires à l'établissement de la colonie). Mais l'avantage certain pour les Anglais était que le site n'était pas particulièrement proche des tribus indiennes établies en Virginie. En effet, le site leur paraissait trop pauvre et éloigné pour l'agriculture, l'île étant de surcroît marécageuse, isolée, offrait peu d'espace et était en proie aux moustiques. Pour finir, l'eau saumâtre des rivières marécageuses était impropre à la consommation.
En plus de l'environnement marécageux, les colons sont arrivés trop tard dans l'année pour planter et obtenir des récoltes. Une majeure partie du groupe était composée d'hommes bien placés dans la société qui étaient peu habitués au travail manuel, et de leurs serviteurs qui eux aussi étaient peu habitués à fournir l'effort nécessaire pour fonder une colonie viable. L'un d'eux était Robert Hunt, un ancien vicaire de Reculver, en Angleterre, qui «célébra probablement le premier service connu de l'action de grâce dans ce qui est aujourd'hui les États-Unis d'Amérique à Jamestown, le 21 juin 1607 ». En quelques mois, cinquante et un hommes étaient morts ; certains survivants désertèrent pour rejoindre les indiens dont les terres avaient été colonisées. Les amérindiens de Virginie avaient déjà établi des colonies bien avant que les colons anglais ne soient arrivés, et il y avait approximativement 14 000 indigènes dans la région connus sous le nom de Tsenacommacah, qui parlaient une langue algonquienne. Ils formaient la Confédération Powhatan, dirigé par leur chef suprême appelé Wahunsenacawh, ou "Chef Powhatan". Wahunsenacawh tenta dans un premier temps de réinstaller les colons anglais de Jamestown, considérés comme faisant partie du territoire Paspahegh, à un autre endroit connu sous le nom de Capahosick, où ils feraient des outils en métal pour lui en tant que membres de sa confédération, mais cela ne s'est jamais produit. Les premiers explorateurs avaient été accueillis par les Indiens avec des danses, des festins et des cérémonies.
Deux-tiers des colons moururent avant l'arrivée de navires apportant des fournitures ainsi que des artisans allemands, polonais et slovaques l'année suivante en 1608, afin d'aider à l'établissement des premières manufactures de la colonie. Bien que la colonie reçût certaines fournitures en 1608 grâce au premier et au second approvisionnement réalisés par le capitaine Christopher Newport, il semblait certain à ce moment que sans un effort majeur de la part des colons, la colonie de Jamestown subirait le même destin que deux autres colonies ayant auparavant échoué à survivre à leur établissement en Amérique du Nord : les colonies de Roanoke et de Popham. Les Allemands arrivés lors du deuxième approvisionnement ainsi que quelques autres s'allièrent aux Powhatans. Ils eurent même l'intention de rejoindre une supposée attaque menée par les Espagnols contre la colonie et prièrent les Powhatans de les rejoindre. Les Espagnols furent contrés par l'arrivée providentielle du capitaine anglais Samuel Argall à bord du Mary and John, un navire plus imposant que le navire de reconnaissance espagnol, La Asunción de Cristo. Les investisseurs de la Virginia Company of London s'attendaient à récolter les fruits de leurs investissements spéculatifs. Avec le deuxième approvisionnement, ils exprimèrent leur mécontentement et s'en référèrent aux dirigeants de Jamestown sous forme écrite. Ils exigèrent expressément que les colons renvoient des biens de valeur suffisante pour payer les coûts du voyage, de l'or, l'assurance de la découverte des mers du sud, ainsi qu'un membre de la colonie perdue de Roanoke. Le capitaine John Smith, qui était aussi troisième membre du conseil, prit la responsabilité de renvoyer une réponse aux investisseurs londoniens afin de leur ouvrir les yeux sur la nécessité d'avoir davantage d'artisans et d'ouvriers afin de rendre Jamestown autonome et autosuffisante s'ils veulent à terme pouvoir produire des biens de valeur.