James George Frazer (1er janvier 1854 - 7 mai 1941) est un anthropologue écossais connu pour être le premier à avoir dressé un inventaire planétaire des mythes et des rites. Les 12 volumes de son Rameau d'or, parus entre 1911 et 1915, décrivent des milliers de faits sociaux et religieux, soit relevés par l'auteur dans ses lectures ou relatés par ses correspondants cosmopolites (diplomates, administrateurs coloniaux, explorateurs, missionnaires). En tentant d'interpréter cette masse de faits sociaux (comportements, croyances...), Frazer fondait l'anthropologie religieuse et la mythologie comparée.
Frazer a surtout scruté les tabous qui concernent les personnages sacrés : rois et prêtres. On attend d'eux qu'ils harmonisent nature et société. De ce fait, ils sont astreints à des règles strictes, destinées à les protéger pour qu'ils restent en mesure d'assurer la prospérité du groupe. Représentants et sources de l'équilibre communautaire, leur vie – leur « âme » – doit être mise en garde. Il leur sera ainsi interdit d'entrer en contact avec le sol, le sang, un cadavre, le fer ou les nœuds. En retour, le commun des mortels ne pourra porter ni main ni ombre sur eux, ni les regarder, ni même les nommer. Ce qui leur nuit est impur et rejeté, tabou ; eux-mêmes sont saints et intouchables, tabous. Tel est bien le double sens de ce mot qui nous vient de Polynésie : « sacré et interdit ».
Après lui, bien d'autres chercheurs réfléchiront sur les pratiques relatées, tels Freud ou Lévi-Strauss. Ils critiqueront et enrichiront la compréhension qu'en a eue Frazer, trop marquée par le préjugé d'une supériorité de la civilisation occidentale sur celles des « sauvages ». Wittgenstein lui reprochera notamment de n'avoir pas compris que l'hypothèse d'évolution n'est pas une vérité historique, mais un outil méthodologique permettant de présenter le rapport entre les différentes sociétés sous un jour éclairant. Pourtant, beaucoup des intuitions de Frazer resteront valides, comme le lien qui unit tabou et totem selon lequel on n'a pas le droit de tuer ni de manger l'animal ou la plante figurant l'ancêtre protecteur. En tout cas, le répertoire qu'il a établi sert toujours de gisement à ceux qui analysent ces « étranges » croyances, rites et codes dont tant de traces persistent dans nos cultures sécularisées.
Bourdelle fera son buste en bronze en 1922.
Adonis. Étude de religions orientales comparées (vol. V du Rameau d'or), trad., Paul Geuthner, 1934, VII-312 p.
La Crainte des morts dans la religion primitive (1932-1936)
I° série : 1934, 271 p., trad. Michel Drucker, préface de Paul Valéry
II° série : 1935, Nourry, VIII-143 p., trad. Léon Chouville, préface de Lucien Lévy-Bruhl
III° série : 1937, Geuthner, 283 p., avant-propos de Bronislaw Malinowski.
Les Cultes agraires et sylvestres (vol. III du Rameau d'or), trad. J. Toutain, Schleicher frères, 1911, 591 p.
Les Dieux du ciel, trad. Pierre Sayn, Rieder et Librairie de France, 1927, 358 p. [traduction de The worshp of Nature, London, Macmillan & Co, 1926].
Essais et souvenirs (Creation and Evolution in Primitive Cosmogonies and other pieces, 1935), trad. Léon Chouville et marquise de Luppé, P. Geuthner, 1936, XXV-111 p.
Le Folklore dans l'Ancien Testament (1919), Paul Geuthner, 1924, IX-447 p. Edition abrégée avec notes. Introduction par René Dussaud
Atys et Osiris, étude de religions orientales comparées, traduction par Henry Peyre. Paul Geuthner, Annales du Musée Guimet, 1926, 296 p.
L'Homme, Dieu et l'immortalité (Man, God and Immortality, London, Macmillan & Co,1927), trad. P. Sayn, P. Geuthner, 1928, XIV-335 p.
Magie et religion. Les tabous (vol. I du Rameau d'or), trad. R. Stiébel, Schleicher frères, 1903, V-400 p.
Mythes sur l'origine du feu (1930), trad. Michel Drucker, Payot, 1969, 256 p.
Les Origines de la famille et du clan (Totemism and Exogamy, 1911-1915), trad. comtesse J. de Pange, P. Geuthner, 1922, 191 p.