Le baron James Sidney Edouard Ensor, né le 13 avril 1860 à Ostende (Belgique) et mort le 19 novembre 1949 dans cette ville, est un artiste peintre, graveur et un anarchiste belge. Il développe son propre langage esthétique au gré de ses expérimentations avec la lumière, la ligne et la couleur. Ses toiles se peuplent de motifs macabres, masques de carnaval et squelettes pour atteindre l’apogée dans de fameuses mascarades comme L’intrigue.
De père anglais et de mère flamande, James Ensor est né dans une famille de la petite-bourgeoisie d'Ostende, rue Longue no 44. Ensor quitte peu sa ville natale ; c'est aussi là qu'il meurt en 1949. Commentant sa naissance lors d'un banquet offert en son honneur, il s'exprime en ces termes :
« Je suis né à Ostende, le 13 avril 1860, un vendredi, jour de Vénus. Eh bien ! chers amis, Vénus, dès l'aube de ma naissance, vint à moi souriante et nous nous regardâmes longuement dans les yeux. Ah! les beaux yeux pers et verts, les longs cheveux couleur de sable. Vénus était blonde et belle, toute barbouillée d'écume, elle fleurait bon la mer salée. Bien vite je la peignis, car elle mordait mes pinceaux, bouffait mes couleurs, convoitait mes coquilles peintes, elle courait sur mes nacres, s'oubliait dans mes conques, salivait sur mes brosses. »
Son père, James Frederic Ensor, un ingénieur anglais, sombre dans l'alcoolisme et l'héroïne. Sa mère, Maria Catherina Haegheman, de souche flamande, tient un magasin de souvenirs, coquillages et masques de carnaval. Les heures passées près d'elle, dans un décor coloré et fantastique, influencent son inspiration.
À treize ans, James Ensor entre au collège Notre-Dame d'Ostende, où, insensible aux études, il ne reste que deux ans. Dans la biographie du catalogue raisonné James Ensor, Xavier Tricot indique qu'il montre davantage d'intérêt pour le dessin que pour les cours donnés par ses professeurs du collège de Notre-Dame. Ses parents l'autorisent à suivre des cours de dessin chez deux peintres locaux, Edouard Dubar (Ostende 1803-1879) et Michel Van Cuyck (Ostende 1797-1875).
En 1877, il s'inscrit à l'Académie des beaux-arts de Bruxelles, dirigée par Jean-François Portaels où il se lie d'amitié avec Fernand Khnopff et Willy Finch et fait la connaissance de la famille Rousseau (Ernest, professeur de physique à l'ULB, et son épouse, la mycologue Mariette Rousseau) qui l'introduit dans les milieux artistiques et intellectuels de la capitale. Ses professeurs sont Joseph Stallaert (Merchtem, 1825-1903) et Joseph van Severdonck (Bruxelles, 1819-1905). Mais il s'insurge contre l'académisme — « Je sors et sans façon de cette boîte à myopes » (il quitte l'Académie en 1880) — et décide de retourner s'installer chez sa mère.
Dans la maison familiale où, célibataire convaincu, il vivra jusqu'en 1917, Ensor s'installe un cabinet dans les combles et commence à peindre des portraits réalistes ou des paysages inspirés par l'impressionnisme. À cette époque, il écrit : « Mes concitoyens, d'éminence molluqueuse, m'accablent. On m'injurie, on m'insulte : je suis fou, je suis sot, je suis méchant, mauvais… » Il entame alors une de ses périodes les plus créatrices.
Dès 1881, Ensor commence à exposer à Bruxelles qui devenait alors un centre artistique et littéraire ouvert aux apports nouveaux, mais sa toile La Mangeuse d'huitres est refusée à l'exposition triennale d'Anvers de 1882, ainsi qu'à l'exposition de l'Essor à Bruxelles en 1883.
En 1883, quand Octave Maus fonde le cercle artistique d'avant-garde « Les XX » il en est un des membres fondateurs et peint son premier tableau de masques, et un autoportrait auquel il ajoutera plus tard le « chapeau fleuri ».
En 1889, L'Entrée du Christ à Bruxelles est refusée au Salon des XX et il est question de l'exclure du Cercle. Quand il est mis à l'écart, ulcéré, il bascule dans la déraison. Désormais, seul contre tous, il couvre et balafre ses toiles de couleurs rougeoyantes symbolisant son exaspération. Le groupe se sépare quatre ans après pour se récréer sous le nom de La Libre Esthétique. En 1905, James Ensor devient membre du cercle anversois L'Art Contemporain (Kunst van Heden).
À 33 ans, Ensor est déjà un homme du passé. Le pointillisme et le symbolisme semblent l'emporter. Les premières demeures de Victor Horta symbolisent un nouvel art de vivre. Il n'est plus le nain Hop-Frog, bouffon d'Edgar Allan Poe, moins encore le Christ martyr.
Il se consacre à cette époque au fantastique et à la satire. Il modifie certains de ses dessins en y ajoutant des êtres imaginaires et des squelettes comme dans Squelette dessinant fines puérilités, dessin au crayon de couleur, conservé au Louvre, dans lequel il transforme son autoportrait avec une tête de squelette.
En 1898, il est l'un des instigateurs du bal du Rat mort qui a lieu à la fin du carnaval d'Ostende. Il se représente souvent avec son portrait entouré d'êtres hostiles, allusion directe à un monde dont il se sent victime. Une composition qu'il intitule Démons me turlupinant, apparait dans une gravure de 1895 conservée à L'Art Institute of Chicago et qu'il reprend en 1898 pour l'exposition au salon des Cent à Paris en 1898.
Il doit attendre le début du siècle suivant, alors qu'il a donné le meilleur, pour assister à la reconnaissance de son œuvre : expositions internationales, visite royale, anoblissement — il est fait baron —, Légion d'honneur. Il est désormais surnommé le « prince des peintres », mais il a une réaction inattendue face à cette reconnaissance trop longtemps attendue et trop tard venue à son goût : il abandonne la peinture et consacre les dernières années de sa vie exclusivement à la musique contemporaine.
Chevalier de l'ordre de Léopold (Belgique) (par arrêté royal du 19 mars 1903).
Commandeur de la Légion d'honneur (remise le 2 août 1933).
Commandeur de l'ordre royal de Saint-Sava en 1933 (Yougoslavie).
Il est fait baron en 1929 par le roi Albert Ier.