James Ellroy, de son vrai nom Lee Earle Ellroy, né le 4 mars 1948 à Los Angeles, en Californie, est un écrivain et scénariste américain, spécialisé dans le roman noir et le roman policier historique.
Se décrivant comme « conservateur » et « réactionnaire », il dépeint au travers de son œuvre un monde particulièrement pessimiste et corrompu, dans lequel perce néanmoins la notion de rédemption, fil conducteur de nombre de ses ouvrages. On peut citer parmi eux la série de quatre livres sur Los Angeles dont font partie Le Dahlia noir et L.A. Confidential, sa trilogie Underworld USA qui retrace son histoire des États-Unis de 1958 à 1973, ainsi que son récit autobiographique Ma part d'ombre.
Plusieurs de ses romans ont été adaptés au cinéma. Il est surnommé American Dog ou le Dog.
Une enfance marquée par le meurtre de sa mère
James Ellroy est né à l'hôpital du Bon Samaritain de Los Angeles le 4 mars 1948 d'un père comptable (Armand Ellroy) de 50 ans et d'une mère infirmière, originaire du Wisconsin. Ses parents divorcent six ans plus tard. Sa mère obtient la garde de l'enfant et celui-ci a dix ans lorsqu'elle emménage dans un quartier populaire de Los Angeles, El Monte. James est déjà un fervent lecteur de littérature policière. À ce propos, il dira : « J'étais un lecteur vorace ».
Geneva Hilliker Ellroy (1915-1958), sa mère, est assassinée le 22 juin 1958 et retrouvée par une bande de jeunes près du lycée Arroyo. L'assassin ne sera jamais arrêté. James est confié à son père et il est livré à lui-même. Il sombre peu à peu dans la délinquance. C'est à cette époque qu'il commet ses premiers cambriolages. Il fait la connaissance de Randy Rice en 1961, à qui est d'ailleurs dédié Brown's Requiem. Ils sont deux petits voyous qui font les quatre cents coups, partageant leur goût pour les romans noirs.
James Ellroy est renvoyé de l'école à 17 ans, sans diplôme. Alors que la santé de son père se dégrade, Ellroy s'engage dans l'armée en 1965 et fait ses armes en Louisiane. Le père succombe rapidement d'une crise cardiaque. Sa mort marque le début d'une lente descente aux enfers. Ellroy se fait réformer de l'armée, il retrouve son ami Randy et sombre avec lui dans la consommation d'alcool et de drogue.
Ellroy vit plus de dix ans sans domicile, parfois dans de petites chambres d'hôtel miteuses, de boulots sporadiques, de larcins, dormant dans les parcs, s'introduisant chez les gens, moins pour cambrioler (il vole des sous-vêtements féminins, de l'alcool, de l'herbe, des cartes de crédit), que pour ressentir le grand frisson, déclarera-t-il plus tard.
En 1975, un abcès au poumon ainsi qu'une double pneumonie le font renoncer aux abus d'alcool.
Il prend des amphétamines jusqu'en 1977, avant d'arrêter définitivement toutes substances toxiques et briser ainsi le cercle infernal dans lequel il était enfermé. Il devient caddie de golf à Los Angeles et commence une vie plus « rangée ». En 1978, il s'inspire de son expérience de caddie et, porté par son amour de la musique classique, invente la trame d'un premier roman : Brown's Requiem, qu'il écrit, comme il le dira plus tard, « debout, dans une chambre miteuse » et qui est publié en 1981. Il poursuit avec Clandestin (1982), puis tente de donner forme à une autre de ses obsessions, le gangstérisme juif des années 1930 et 1940, dans Confessions of Bugsy Siegel ; mais le livre ne verra jamais le jour.
Trilogie Lloyd Hopkins : la révélation
Ses agents de l'époque, Otto Penzler (en) de Mysterious Press (en) et Nat Sobel, le convainquent de réécrire American Death Trip, qui donnera finalement le livre Lune sanglante. C'est à ce moment que débute la série des Lloyd Hopkins (1984-1986), et que commence véritablement sa carrière littéraire. Le journaliste et critique Pierre Monastier écrit à ce sujet : « Cette trilogie, passionnante pour ce qu’elle nous dit de la trajectoire de James Ellroy, mérite d’être lue et relue, parce qu’elle forme un tournant dans le genre si américain du roman noir, en raison non seulement de l’approche privilégiée (psychique, donc), mais également du fait d’un style brutal, qui donne à entendre la violence des rapports sociaux de l’époque, le racisme institutionnel, la misère humaine, la gouaille des petites frappes sans envergure… Autant de dimensions qui trouveront leur pleine ampleur au fil des ouvrages suivants. »
Cette série n'est pas menée à terme (cinq opus étaient initialement prévus), James Ellroy ayant décidé d'abandonner le personnage de Lloyd Hopkins, trop encombrant à ses yeux. En réalité les motivations de l'écrivain étaient ailleurs. Il s'agissait notamment d'écrire un livre sur l'affaire du Dahlia noir avant que d'autres ne s'en emparent.
Il publie ensuite Un tueur sur la route, récit à la première personne du parcours d'un tueur en série. Cet ouvrage est devenu une des références majeures des écoles de formation de policiers[réf. nécessaire] tant il décrit avec précision la psychologie de la plupart des tueurs en série.
Le Quatuor de Los Angeles : la consécration
Il se lance ensuite dans l'écriture du livre qui lui fera connaître la célébrité : Le Dahlia noir. Ce livre est une œuvre de fiction basée sur un fait historique du Los Angeles des années 1940, à savoir l'un des meurtres les plus sadiques et médiatisés qu'ait connu la ville, celui d'une jeune starlette, Elizabeth Short. Celle-ci avait été surnommée Le Dahlia noir par un journaliste, en référence à un film de série B de l'époque : Le Dahlia bleu. Ce film, interprété notamment par Veronica Lake, avait particulièrement marqué les esprits. L'affaire du Dahlia Noir n'a, à proprement parler, jamais été résolue. James Ellroy semble avoir utilisé ce fait divers pour commencer à exorciser le souvenir du meurtre de sa propre mère[réf. souhaitée], commis environ 11 ans et 5 mois après celui du dahlia (Elizabeth Short a été assassinée en janvier 1947). En réalité, James Ellroy a découvert cette histoire dans un livre que son père lui avait offert pour ses dix ans, quelques mois avant le meurtre de sa mère ; ce livre cadeau est intitulé The Badge, est écrit par Jack Webb et sera préfacé quarante ans plus tard par Ellroy lui-même. Dans son roman, L.A. Confidential, le personnage de Jack Vincennes lui est inspiré de Jack Webb, flic vertueux et de droite du LAPD.
James Ellroy écrit ensuite trois autres romans ayant pour cadre la ville de Los Angeles dans les années 1940 et 1950 et pour thème le crime et la corruption. Il s'agit de : Le Grand Nulle part, L.A. Confidential et White Jazz (certains des personnages du Quatuor apparaissent déjà dans Clandestin, comme Dudley L. Smith).
Ma part d'ombre : autobiographie