Ce Jour-là

Jacques de Falaise

Artiste français, notable pour ses habitudes alimentaires inhabituelles

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Jacques de Falaise (nom de scène de Jacques Simon), né en 1754 près de Falaise et mort le 30 mars 1825 à Paris, est un carrier français devenu célèbre au début du XIXe siècle pour ses capacités d'ingestion.

Embauché d'abord par le prestidigitateur Louis Comte dans son théâtre parisien en 1816, il connaît la renommée pendant quelques années pour des « expériences polyphagiques », au cours desquelles il ingurgite des noix, des pipes, des œufs durs non écalés, des fleurs avec leur tige, des montres et des animaux vivants, tels des souris, des moineaux, mais aussi des anguilles ou des écrevisses. Contraint par plusieurs gastro-entérites d'arrêter ses exploits, il se suicide en 1825. Son autopsie fait l'objet d'un mémoire qui connaît une large diffusion en Europe, dont il résulte notamment que Jacques de Falaise n'était pas doté d'organes digestifs exceptionnels et qu'il se livrait à ses exercices par désir de briller et non par l'effet d'une dépravation de l'appétit. Il est considéré comme « l'ancêtre » des « mérycistes » de cirque.

Jacques Simon naît en 1754 à Baumière, en Normandie, sur les bords de l'Ante, près de Falaise, ville dont il tire son surnom de « Jacques de Falaise ». On ne sait presque rien des soixante premières années de sa vie, sinon qu'il a exercé la profession de carrier dans les carrières de plâtre de Montmartre, un métier qui lui fait développer « une force musculaire très considérable » et une « santé robuste », sans pour autant qu'il ait jamais « senti le besoin de satisfaire sa faim avec des objets dégoûtants ou bizarres ».

Les circonstances dans lesquelles il prend conscience de ses capacités hors du commun font l'objet de récits divergents. Selon la Notice que lui consacre en 1820 un auteur anonyme, il advient, à une date non précisée, que, par jeu, il cache la chaîne et le médaillon d'une mariée dans sa bouche, puis que, pour ne pas être découvert, il les avale et affirme : « Vous voyais ben que je n'lons point ». Selon le Mémoire du docteur Beaudé, qui procède en 1825 à l'autopsie de Jacques Simon, ce dernier, mis un jour — également imprécisé —, dans un cabaret, au défi d'avaler le serin de la propriétaire, « malgré les vives protestations de la propriétaire de l'oiseau », l'avale d'un coup, ce dont il est le premier surpris : « Je ne croyais point du tout l'avaler, et j'ai été bien surpris de le voir passer si facilement ».

Ce curieux talent découvert, Jacques Simon réitère l'expérience à plusieurs reprises, ingurgitant « des bouchons de liège et des œufs durs avec leur coquille », « des clés, des croix, des bagues », puis « des animaux vivants, qui passèrent avec la même facilité ». Par manque d'entraînement, il manque toutefois de « s'étrangler à la halle, en essayant d'avaler une anguille vivante ».

La carrière artistique de Jacques Simon est une conséquence indirecte du succès d'un trio de jongleurs indiens qui, « après avoir fait l'admiration de Londres », se sont produits à Paris, rue de Castiglione, durant l'hiver 1815-1816. Outre l'escamotage et la jonglerie, ils présentent un tour d'avaleur de sabre particulièrement remarqué. Selon l'Almanach critique et littéraire de Paris d'Anglès, ce tour « consistait à introduire lentement une épée dans l’œsophage jusqu'à l'estomac, et peut-être même dans la cavité de ce viscère, une lame de fer bien polie, dont la largeur était d'environ un demi-pouce [1,4 cm] à son extrémité, puis augmentait peu à peu ; en sorte qu'elle avait au moins un pouce [2,7 cm]. Cette lame avait une ligne et demie d'épaisseur [3 mm] ; tous les angles en étaient arrondis avec beaucoup de soin, et l'Indien la poussait dans son gosier avec beaucoup de précautions, après l'avoir préalablement enduite de salive en la passant sur sa langue ».

Louis Comte, d'origine suisse, est à l'époque un célèbre prestidigitateur et ventriloque, connu comme le « physicien du roi » pour avoir charmé Louis XVIII par ses « expériences » de « physique amusante ». Il donne un spectacle « de magie amusante et de fantasmagorie » dans un petit « théâtre », alors situé dans un caveau de l'Hôtel des Fermes, rue de Grenelle-Saint-Honoré (l'actuelle rue Jean-Jacques-Rousseau). Le prestidigitateur est aussi un homme d'affaires avisé, toujours à la recherche d'attractions qui servent « d'intermède aux tours de gobelets et aux illusions de ventriloquie » et contribuent à faire de son théâtre « un réservoir inépuisable de tours et de jongleries de toute sorte ».

Ayant entendu parler des dons du carrier montmartrois, il y voit la possibilité de profiter de la vogue des jongleurs indiens et le fait approcher par son régisseur, un certain M. Godin, qui « fait briller l'épée des Indiens » aux yeux de l'ouvrier et suscite en lui « l'amour de la gloire ». Ce nouveau métier semblant à Jacques très préférable à celui qu'il exerçait, il se résout rapidement à ne plus retourner dans les carrières de Montmartre, n'ayant « d'autre regret que d'avoir méconnu si longtemps les grandes vues que la Providence avait sur lui ». Le voyageur anglais Stephen Weston (en) résume la joie de Jacques en pastichant une tirade de Francaleu dans La Métromanie :

« Dans mon ventre un beau jour ce talent se trouva,Et j'avais soixante ans quand cela m'arriva. »

Le recrutement de Jacques Simon par Louis Comte est assorti de conditions léonines, puisqu'il s'engage, « moyennant 400 francs par année, la nourriture et le vêtement, à avaler, pendant cinq ans, et en public, tous les objets qui lui seraient présentés ».

Après « quelques semaines d'exercice sous les yeux de son nouveau patron », Jacques Simon fait en juin 1816 ses débuts au théâtre Comte sous le nom de scène de « Jacques de Falaise », auquel est vite accolée l'épithète sonore de « polyphage », un mot savant pour dire avale-tout, comme le précise un ouvrage de l'époque, au risque d'être « trivial », pour se mettre « à la portée de tous les lecteurs ». Pour la plus grande surprise des spectateurs, il avale, durant un quart d'heure, « fort résolument » et « avec un air de béatitude qui se peignait sur sa figure », des pommes de terre ou des noix entières, des œufs non écalés, un fourneau de pipe, des petits verres à liqueur, une montre avec sa chaîne, trois cartes roulées ensemble, qu'il « engloutit sans les déchirer ou les broyer avec ses dents », une rose, « avec ses feuilles, sa tige longue, et ses épines », mais aussi des animaux vivants, tels un moineau, une souris blanche, une grenouille, une écrevisse, une anguille ou une couleuvre, ne vomissant jamais ce qu'il ingurgite ainsi. Il répond volontiers aux défis du public, acceptant de reprendre ses « expériences » pour des spectateurs arrivés en retard, d'avaler la montre d'un spectateur anglais « ainsi que la chaîne et les trois breloques qui y étaient suspendues », ou des pièces de monnaie. Une fois même, « il devait avaler 300 francs en pièces de 5 francs, l'affiche l'avait ainsi annoncé ; mais, comme par une juste convention, tout ce qui passait dans l'estomac de notre polyphage devenait sa propriété, le chef de l'établissement ne disposa pour cet usage que de 150 francs, en invitant le public à fournir le reste, s'il voulait être témoin du spectacle qu'il lui avait été annoncé. Une vingtaine de pièces lui furent jetées, et il les avala toutes ; et s'il n'ingéra pas dans l'estomac les 300 francs annoncés, c'est qu'une foule de spectateurs, craignant les suites de ce genre d'exercices, ne voulurent pas le permettre. La douleur que le poids et le mouvement de ces cinquante pièces déterminèrent était si vive, que Jacques de Falaise fut obligé de se serrer le ventre d'une large ceinture, qu'il ne quitta que lorsqu'il eut rendu toutes ces pièces par les selles ».

Le clou de son spectacle est la reprise du tour d'avaleur de sabre des jongleurs indiens. « Sans préparation, très lestement, et sans donner le moindre signe de souffrance », il se plonge dans le gosier « au lieu de onze ou douze pouces [30 à 32,5 cm] que les Indiens introduisaient », « treize à quatorze pouces [35 à 38 cm] d'une lame d'acier poli, du poids d'une livre, de la longueur de dix-huit pouces [49 cm], de trois lignes d'épaisseur [7 mm], et d'un pouce [2,7 cm] de largeur ». En outre, il n'enduit pas l'épée de salive, contrairement aux Indiens qui, « plus expérimentés que lui, craignent davantage de se blesser » et opère « sans préparation », « plus lestement [qu'eux], avec moins de précaution, et sans donner les mêmes signes de souffrances ». Les chroniqueurs, un brin cocardiers, soulignent que sa performance dépasse celle de ses prédécesseurs. Pour le Mercure de France, « nous avions chez nous, à Montmartre, même mieux que les jongleurs indiens sans nous en douter », tandis que le Journal de Paris avance que « les jongleurs indiens sont partis à temps pour ne pas voir leur gloire éclipsée par celle d'un bon Normand ». Étienne de Jouy, qui le qualifie de « Grand-gousier », le trouve « pas moins étonn[ant] » que le ventriloque suisse, et le Journal de Paris note, dans le même sens, que « c'est la pièce la plus extraordinaire du Spectacle de M. Comte, et ce n'est pas un des moins bons tours d'adresse de ce dernier, que d'avoir mis cet avaleur universel au nombre des curiosités qui attire la foule chez lui ».

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