Jacques-Eugène d'Allonville de Louville, né le 14 juillet 1671 au château de Louville en Beauce, aujourd'hui département d'Eure-et-Loir, et mort le 10 septembre 1732 (à 61 ans) à Saint-Jean-de-Braye, est un astronome et mathématicien français. On l'appelle habituellement le chevalier de Louville.
Jacques est aussi le prénom de son père (1628–1707), seigneur de Louville. Sa mère (1646–1704) est née Vaultier de Moyencourt.
Son frère aîné s'appelle Charles Auguste ; il est connu pour son rôle auprès de Philippe V, roi d'Espagne.
Étant le cadet, Jacques-Eugène d'Allonville est destiné à l'Église (les autres choix pour les puînés sont la carrière militaire, ou une autre voie qui ne porterait pas ombrage à l'aîné).
On connaît de sa jeunesse deux événements remarquables.
« Quand il fut question de se tonsurer à sept ans, il attendit le jour de la cérémonie pour déclarer en quatre paroles, avec une fermeté froide, inébranlable et fort au-dessus de son âge, qu'il ne voulait point être ecclésiastique. »
Il a douze ans quand lui tombent entre les mains les Éléments d'Euclide dans la traduction de Denis Henrion. Il les lit sans guide et cette lecture est marquante pour lui.
Le chevalier de Louville devient d'abord cadet dans la Marine royale ; il est en 1692 à la bataille de la Hougue.
Il passe à l'armée de terre et est capitaine à la fin de 1700. Son frère aîné, Charles Auguste, qui a suivi Philippe V en Espagne, l'y fait venir ; il est nommé brigadier et ses services sont reconnus par une pension.
De retour en France, il reprend le service. Le 10 mars 1706, il reçoit du roi une commission de colonel de dragons. Il est fait prisonnier en 1708 à la bataille d'Audenarde, et est libéré au bout de deux ans.
Devenu colonel des Dragons de la reine, pensionné par le roi, le chevalier de Louville voit dans la paix qui s'instaure une occasion de renouer avec l'astronomie.
Coupant les ponts avec l'armée et contre l'avis de ses proches, il remet son brevet d'officier et renonce à ses appointements.
Désormais son seul maître, Louville se consacre aux mathématiques, et principalement à l'astronomie.
Il va à Marseille en 1713 ou 1714, pour y prendre la hauteur du pôle, nécessaire pour lier exactement ses propres observations à celles — vieilles de 2 000 ans — de Pythéas, astronome et explorateur grec.
À Londres en 1715, où il est allé exprès pour observer l’éclipse totale de soleil, il assiste avec Edmond Halley à un phénomène remarquable : ils voient sur la surface entièrement obscure de la Lune des jets d'une lumière instantanée et passagère, qui ressemblent à des fulminations.
En 1717, il s'établit à Carré, à un quart de lieue d'Orléans. Comme il est membre de l'Académie des sciences depuis 1714, et que l'Académie a une obligation de résidence, la situation n'est pas tout à fait régulière ; mais Louville promet une communication par année, tiendra sa promesse, et observera le ciel à partir d'Orléans.
Fontenelle, qui ne manque pas de faire le lien avec l'enfant refusant la tonsure, nous montre un homme indépendant d'esprit, ni misanthrope ni austère, mais avare de son temps : si on arrivait en avance pour dîner, on ne le dérangeait pas, on lisait un livre de sa bibliothèque, ou on faisait une promenade : « Il avait l'air d'un parfait stoïcien renfermé en lui-même, et ne tenant à rien d'extérieur ; bon ami cependant, officieux, généreux, mais sans ces aimables dehors qui souvent suppléent à l'essentiel, ou du moins le font extrêmement valoir. Il était fort taciturne, même quand il était question de mathématiques ; et s'il en parlait, ce n'était pas pour faire parade de son savoir, mais pour le communiquer à ceux qui l'en priaient sincèrement. Le savant qui ne parle que pour instruire les autres, et qu'autant qu'ils veulent être instruits, fait une grâce ; au lieu que lorsqu'il ne parle que pour étaler, on lui fait une grâce si on l'écoute. »— Fontenelle
Non-constance de l'obliquité de l'écliptique