Jacques Tatischeff, dit Jacques Tati, est un réalisateur, acteur et scénariste français, né le 9 octobre 1907 au Pecq (Seine-et-Oise), près du square qui porte aujourd'hui son nom, et mort le 4 novembre 1982 dans le 10e arrondissement de Paris.
Il passe à la postérité pour son interprétation du personnage comique de Monsieur Hulot, présent dans Les Vacances de monsieur Hulot (1953), Mon oncle (1958), Playtime (1967, considéré comme le vingt-troisième meilleur film de l'histoire d'après un sondage du magazine Sight and Sound) et Trafic (1971).
Dans un sondage d'Entertainment Weekly sur les cinquante plus grands réalisateurs de cinéma, Tati est classé quarante-sixième, en n'ayant réalisé que six longs métrages.
Jacques Tatischeff, né le 9 octobre 1907 au Pecq (alors en Seine-et-Oise, aujourd'hui Yvelines), est d'origine russe, française, néerlandaise et italienne. Il est le deuxième enfant d'Emmanuel Tatischeff et de Marcelle Claire van Hoof.
Son père, Emmanuel Tatischeff, né en 1875 à Paris, décédé en 1957, est le fils naturel de Dimitri Tatischeff, né vers 1826 à Moscou, membre de la noble famille Tatischeff (en) et général de l'armée impériale russe, attaché militaire à l'ambassade de Russie à Paris où il meurt en 1878 peu après la naissance de l'enfant, et d'une Française, Rose Anathalie Alinquant, née en 1837 à Compiègne et décédée en 1903 à Saint-Germain-en-Laye. Enfant, Emmanuel connaît une période agitée : il est enlevé et emmené en Russie, sa mère ne peut le ramener en France qu'en 1883, quand il a 8 ans. Elle s'installe dans un endroit alors assez retiré, Le Pecq, jouxtant Saint-Germain-en-Laye.
La mère de Jacques Tati, née Marcelle Claire van Hoof, en 1883 à Saint-Germain-en-Laye et décédée en 1968, est d'origine néerlandaise par son père et d'origine italienne par sa mère. En 1903, Marcelle Claire van Hoof épouse Emmanuel Tatischeff. Ils auront deux enfants, Nathalie (née en 1905) et Jacques.
François Hubert Théodore van Hoof, né en 1845 à Maastricht, le père de Marcelle Claire, est doreur et encadreur. Il est célèbre dans sa famille pour avoir refusé trois toiles que Van Gogh lui avait proposées pour payer ses cadres ; il fait entrer Emmanuel dans son entreprise. La famille Tatischeff bénéficie d'un niveau de vie assez élevé. Par la suite, Emmanuel deviendra le directeur de l'entreprise Van Hoof.
Jacques Tatischeff paraît avoir été un écolier médiocre ; en revanche, il est assez sportif et pratique le tennis et, plus encore, l'équitation.
Il abandonne ses études à seize ans (1923) et entre comme apprenti dans l'entreprise familiale, où il est formé par son grand-père. En 1927-1928, il effectue son service militaire à Saint-Germain-en-Laye, dans la cavalerie (16e régiment de dragons). Il effectue ensuite à Londres un stage au cours duquel il s'initie au rugby. À son retour, il découvre ses talents comiques dans le cadre de l'équipe de rugby du Racing Club de France, dont le capitaine est Alfred Sauvy, et l'un des adeptes, Tristan Bernard.
Il abandonne le métier d'encadreur en 1931, au moment où la crise économique mondiale atteint la France, et notamment le monde du spectacle. Il connaît alors une période très difficile, au cours de laquelle il élabore, malgré tout, le numéro qui deviendra Impressions sportives. Il participe au spectacle (amateur) organisé chaque année, de 1931 à 1934, par Alfred Sauvy.
Les débuts dans le monde du spectacle
Il est probable qu'il ait eu des engagements rémunérés au music-hall, mais ils ne sont attestés qu'à partir de 1935, année où il joue pour le gala organisé par le quotidien Le Journal en l'honneur du record de la traversée de l'Atlantique par le Normandie. Parmi les spectateurs se trouve Colette, qui fera par la suite un commentaire très élogieux du numéro de Tati.
« Désormais je crois que nulle fête, nul spectacle d'art et d'acrobatie, ne pourront se passer de cet étonnant artiste qui a inventé quelque chose... Quelque chose qui participe du sport, de la danse, de la satire et du tableau vivant... En Jacques Tati cheval et chevalier, tout Paris verra, vivante, sa créature fabuleuse : le centaure »
— Colette, Spectacle de Paris, Le Journal, 28 juin 1936
Jacques est ensuite engagé dans la revue du Théâtre-Michel, puis, en 1936, après un séjour à Londres, dans la revue dirigée par Marie Dubas à l'ABC. À partir de là, il travaille sans interruption jusqu'à la guerre.
Durant les années 1930, il commence aussi à jouer comme acteur de cinéma : Oscar, champion de tennis de Jack Forrester en 1932 (film perdu, très mal documenté) ; On demande une brute de Charles Barrois en 1934, aux côtés d'Enrico Sprocani ; Gai Dimanche, coréalisé avec Jacques Berr en 1935 ; et Soigne ton gauche de René Clément en 1936, aux côtés de Max Martel.
Il est mobilisé dès septembre 1939 au 16e régiment de dragons, puis versé dans une nouvelle unité avec laquelle il participe en mai 1940 à la bataille sur la Meuse. Il se replie avec son unité jusqu'en Dordogne, où il est démobilisé.
Entre 1940 et 1942, il présente ses Impressions sportives au Lido de Paris. Il y rencontre la danseuse Herta Schiel, qui avait fui l'Autriche avec sa sœur Molly au moment de l'Anschluss. À l'été 1942, Herta accouche d'une fille, Helga Marie-Jeanne Schiel.