Ce Jour-là

Jacques Prévert

Poète et scénariste français

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Jacques Prévert, né le 4 février 1900 à Neuilly-sur-Seine et mort le 11 avril 1977 à Omonville-la-Petite, est un poète et scénariste français.

Auteur de recueils de poèmes, parmi lesquels Paroles (1946), il a d’abord fréquenté le mouvement surréaliste, puis il a développé un style simple, accessible et proche de la vie quotidienne. Il devint un poète populaire grâce à son langage familier et à ses jeux sur les mots. Ses poèmes sont depuis célèbres dans le monde francophone et massivement appris dans les écoles françaises.

Il a également écrit des sketchs et des chœurs parlés pour le théâtre, des chansons, des scénarios et des dialogues pour le cinéma où il est l'un des artisans du réalisme poétique. Il a aussi réalisé de nombreux collages sonores à partir des années 1940.

Jacques André Marie Prévert, deuxième enfant d'André Louis Marie Prévert, un homme de lettres âgé de 29 ans, et de Marie Clémence Catusse épouse Prévert, 22 ans, naît au 19 de la rue de Chartres à Neuilly-sur-Seine le 4 février 1900. Il y passe son enfance. Jacques a un frère ainé, Jean, né en 1898, qui meurt en 1915 de la fièvre typhoïde. Il a aussi un frère cadet, Pierre, né le 26 mai 1906.

Son père André Prévert, bonapartiste anticlérical, exerce divers métiers pour gagner sa vie et fait de la critique dramatique et cinématographique par plaisir. Il l'emmène souvent au théâtre et au cinéma. Marie Clémence, sa mère, d'origine auvergnate et ancienne vendeuse aux Halles de Paris, l'initie à la lecture.

En 1906, André Prévert perd son emploi à la compagnie d'assurance La Providence. Sans le sou, la famille déménage à Toulon, place Armand-Vallée au-dessus du bistrot d'un hôte jusqu'à ce que le père de famille trouve un emploi à l'Office central des œuvres charitables. En 1907, la famille revient à Paris et s'installe près du jardin du Luxembourg, rue de Vaugirard, dans un tout petit logement avec eau sur le palier. Jacques Prévert s'ennuie à l'école et fait souvent l'école buissonnière en parcourant Paris avec la complicité de son père.

Dès l'âge de 15 ans, après son certificat d'études primaires, il abandonne les études. Il multiplie alors les petits travaux, notamment au grand magasin Le Bon Marché. Il commet quelques larcins et fréquente des voyous mais n'est jamais inquiété par la police : « La virginité de mon casier judiciaire reste encore pour moi un mystère », écrira-t-il plus tard. Mobilisé le 15 mars 1920, il effectue son service militaire d'abord à Saint-Nicolas-de-Port où il rencontre Yves Tanguy, puis il réussit à se faire affecter en 1921 à Constantinople, occupée par les troupes alliées depuis la fin de la Première Guerre mondiale. Il y fait la connaissance du traducteur et futur éditeur Marcel Duhamel.

En 1922, il retourne à Paris et y vivote en faisant de petits métiers. Avec Yves Tanguy, il fréquente également la Maison des amis des livres, une librairie rue de l'Odéon, tenue par Adrienne Monnier, qui leur fait découvrir la littérature et des personnalités comme André Breton et Louis Aragon. Il est hébergé de 1924 à 1928 par Marcel Duhamel qui s'est installé au 54 de la rue du Château près de Montparnasse — Duhamel dirige l’hôtel Grosvenor qui appartenait à son oncle et qui est sis non loin de là.

L'appartement de la rue du Château devient l'endroit de rencontre du mouvement symboliste et surréaliste. C'est en fait un logement collectif qui accueille tous les amis désargentés de Duhamel : Raymond Queneau, Yves Tanguy. C'est là que Prévert trouve le terme de « cadavre exquis » pour définir le jeu littéraire auquel ses amis et lui se livrent.

Le 30 avril 1925, Prévert épouse Simone Geneviève Dienne (1903-1994), son amie d'enfance devenue violoncelliste dans un cinéma de la rue de Cluny pour accompagner les films muets. En 1928, il quitte la rue du Château pour s'installer avec elle au pied de la butte Montmartre et se lance dans l'écriture : en février, il compose Les animaux ont des ennuis, son premier poème. On lui présente alors le comédien Pierre Batcheff, qui cherche un scénariste pour son premier film ; c'est un coup de foudre amical et les Batcheff, émus par les conditions de vie très modestes du couple Prévert, décident de l'héberger chez eux. En 1929, plusieurs de ses poèmes paraissent dans des revues — en 1931, Tentative de description d'un dîner de têtes à Paris-France est remarqué dans le milieu littéraire. Trop indépendant d'esprit pour faire partie d'un groupe constitué, quel qu'il soit, Prévert supporte mal les exigences d'André Breton et la rupture est consommée en 1930.

Jacques Prévert ne se sent pourtant pas encore écrivain. Il s’installe rue Dauphine et intègre le groupe des Lacoudem, ceux qui se serrent les coudes, avec sa femme, son frère et, entre autres, Pierre Batcheff.

En 1932, à l'initiative du communiste Paul Vaillant-Couturier, Jacques Prévert est sollicité par le groupe Octobre pour écrire des textes contestataires d’agitation-propagande. Sa verve, son humour, son aisance à rédiger très rapidement sur des sujets d’actualité brûlants, font la notoriété du groupe. Le plus célèbre de ces textes, La Bataille de Fontenoy, se moque des hommes politiques de l’époque. La pièce est présentée en 1933 aux Olympiades internationales du théâtre ouvrier à Moscou, devant Staline, qui quitte la salle, mécontent de cette moquerie à l'égard de tous les va-t-en-guerre. Mais la représentation est encensée par le public et la Pravda en fait une critique élogieuse. De 1932 à 1936, le groupe est très actif et se produit dans des usines en grève (Citroën), des manifestations, en pleine rue, ou encore dans des bars. Prévert est l’auteur principal et Lou Bonin le metteur en scène. Les textes, en prise directe avec l’actualité nationale ou internationale, sont écrits à chaud, et les représentations données après à peine une nuit de répétition. Aux côtés de Jacques Prévert et de son frère Pierre, on trouve Raymond Bussières, Marcel Mouloudji, Maurice Baquet, Margot Capelier, Agnès Capri et de futurs cinéastes, Paul Grimault, Yves Allégret et Jean-Paul Le Chanois. Avec ces amis et fidèles, Prévert continuera à travailler par la suite. À l'été 1932, la troupe est invitée à Moscou où Jacques Prévert ne devient pas militant communiste. Le groupe se sépare le 1er juillet 1936, à la suite d’une dernière représentation de leur spectacle, Tableau des merveilles. Prévert se consacre alors pleinement au cinéma.

Toute sa vie, Jacques Prévert témoigne d'un engagement politique sincère. Certains observateurs n'hésitent pas à apparenter ce surréaliste inclassable au courant libertaire : anarchiste de cœur, Prévert se dit « rêveur » ou « artisan » plutôt que « poète ». En 2012, Jean-Louis Trintignant l’intègre dans son spectacle Trois poètes libertaires, aux côtés de Boris Vian et de Robert Desnos. Cet engagement est à l'origine de ses plus belles réussites et de nombre de ses déboires. Le groupe Octobre, avec lequel il se fit remarquer, était une troupe de théâtre itinérante qui allait jouer dans les usines en grève.

Le cinéaste Jean Renoir, compagnon de route du Parti communiste français, travaille tout naturellement avec lui, en particulier sur Le Crime de monsieur Lange. Jean Grémillon, dans son film Lumière d'été sorti en 1943 met en scène l'oisiveté et le travail. Enfin, le film de Marcel Carné, sorti en 1942, Les Visiteurs du soir s'achève, après que le diable a transformé en statues de pierre les amoureux qui lui résistaient, par un battement sourd et cette réplique : « Ce cœur qui bat, qui bat…». Ces paroles peuvent être mises en regard d'un poème de Prévert écrit plusieurs années plus tôt, La Crosse en l'air (1936) : « où il avait déjà utilisé cette métaphore du cœur que rien ne peut détruire pour évoquer la résistance à Franco. Ce cœur, c'était «le cœur de la révolution», ce cœur écrivait-il, que rien... personne ne peut empêcher d'abattre ceux qui veulent l'empêcher de battre... de se battre... de battre. ».

Sensibilisé à la guerre d'Indochine, Jacques Prévert, publia pour la première fois son poème, « Prévert pose une question » dans le livre de 300 pages que Jean-Paul Sartre a consacré en 1953 à l'affaire Henri Martin, devenu ensuite « Entendez-vous, gens du Vietnam, repris dans son recueil La Pluie et le Beau Temps en 1955. Il y fait allusion à l'affaire des piastres :

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