Ce Jour-là

Jacques Pâris de Bollardière

Militaire français et militant nonviolent

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Jacques Pâris de Bollardière (appelé Jacques de Bollardière par convenance), né le 16 décembre 1907 à Châteaubriant dans la Loire-Inférieure et mort le 22 février 1986 à Guidel (village du Vieux-Talhouët) dans le Morbihan, est un militaire français, officier général de l’armée française, combattant de la Seconde Guerre mondiale, de la guerre d'Indochine et de la guerre d'Algérie. Militant pacifiste et catholique, il est également l'une des figures de la non-violence en France.

La famille Pâris de Bollardière est une famille d'ancienne bourgeoisie originaire du Dauphiné, qui a donné de nombreux officiers à la France. Elle est issue d'Antoine Pâris (1541-1602), notaire royal à Réaumont. Il est apparenté aux frères Pâris, financiers sous le règne du roi Louis XV.

Fils de René Pâris de Bollardière, un officier d'infanterie de marine, Jacques Pâris de Bollardière fait des études secondaires au collège Saint-Sauveur de Redon, avant de rejoindre le Prytanée national militaire de La Flèche. Il entre en 1927 à l’École spéciale militaire de Saint-Cyr. Ayant fait son idole de Lyautey qu'il a pu rencontrer dans son enfance, il se montre indiscipliné et doit redoubler. Il en sort trois ans après avec le grade de sergent-chef (c'est une sanction : les « cyrards » sortent normalement sous-lieutenants et accomplissent leur cursus en deux ans). Affecté au 173e RIA de Bastia, il est promu lieutenant en 1932. Affecté en 1935 dans la Légion étrangère, il est nommé au 1er régiment étranger d'infanterie à Saïda, en Algérie française, puis rejoint Marrakech l'année suivante au sein du 4e régiment étranger d'infanterie.

Affecté à la 13e demi-brigade de Légion étrangère en février 1940 au début de la Seconde Guerre mondiale, il devient capitaine et prend part à la campagne de Norvège. Débarqué à Brest le 13 juin, il assiste à la débâcle et décide de rejoindre Londres. Embarqué sur un chalutier à Paimpol, il rallie les Forces françaises libres, ce qui lui vaut une condamnation à mort par le régime de Vichy.

Avec la 13e demi-brigade de Légion étrangère il participe aux campagnes du Gabon, en novembre 1940, et d'Érythrée. Son rôle dans la prise de Massaoua lui vaut d'être décoré de la Croix de la Libération. Avec la 1re division légère française libre, il participe ensuite à la campagne de Syrie. Promu chef de bataillon en septembre 1941, il commande le 1er bataillon étranger en Libye, notamment à la bataille d'El Alamein, où il est blessé au bras par une bombe. La décision de repli qu'il a prise durant cette opération d'El Himeimat est jugée négativement par ses supérieurs qui décident de ne pas lui rendre son commandement à la sortie de l'hôpital. Hospitalisé huit mois, il retrouve son unité le 15 juin 1943 à Sousse, en Tunisie.

En octobre 1943, il rejoint le BCRA et devient parachutiste. Parachuté à Mourmelon le 12 avril 1944, il commande la mission « Citronelle », qui doit organiser le maquis des Manises dans les Ardennes. Mal armés, mal organisés, mal préparés, 106 maquisards isolés dans les bois et sans secours y sont massacrés. Seuls cinquante hommes réussissent avec Bollardière à échapper à la nasse allemande. Du 20 juillet au 6 septembre, il parvient avec ses hommes à infliger des pertes sévères aux Allemands.

Rentré de mission le 20 septembre, il prend le commandement du 3e RCP/3rd SAS de la brigade SAS. Il saute sur la Hollande le 7 avril 1945, lors de l'opération Amherst. Les petits groupes sont largués sur l'arrière de l'ennemi avec pour but de saboter les communications et d'attaquer les PC. L'opération est un grand succès.

Jacques de Bollardière est l'un des Français les plus décorés de la Seconde Guerre mondiale : grand officier de la Légion d'honneur, compagnon de la Libération, deux fois décoré du Distinguished Service Order (DSO), etc.

Jacques de Bollardière est promu lieutenant-colonel à la fin de la Seconde Guerre mondiale et prend le commandement des deux régiments (squadrons) SAS français (2e et 3e RCP), fondus ce qui deviendra le 1er RPIMa (1er régiment parachutistes d'infanterie de marine, équivalent français des SAS britanniques) en février 1946. Débarqué à Saïgon avec le corps expéditionnaire français en Extrême-Orient un mois après dans le cadre de la guerre d'Indochine, il rentre en France en 1948 puis commande les troupes aéroportées en Indochine française de 1950 à 1953.

Il se prend alors de sympathie pour le peuple vietnamien et commence à ressentir de la répugnance envers cette guerre coloniale.

Affecté au Centre des hautes études militaires en octobre 1953 puis à l'École de guerre, où il enseigne la tactique des troupes aéroportées, Jacques de Bollardière prend la tête de deux brigades en Algérie française en juillet 1956. En décembre de la même année, il est promu général de brigade : il est alors le plus jeune général de l'armée française. Il exprime très tôt ses appréhensions vis-à-vis de la guerre en Algérie. Il a alors sous son commandement le lieutenant de réserve Jean-Jacques Servan-Schreiber qu’il autorise à circuler partout en Algérie et à entretenir des contacts avec des journalistes. Il met avant tout l'accent sur l'action sociale au détriment de la lutte contre les troupes rebelles.

En raison de la dégradation de la situation dans le secteur dont il a la charge (186 assassinats et 56 fermes abandonnées en 1956), le général Massu diligente une enquête qui montre à la fois l'inefficacité de la répression dans ce secteur et la mauvaise tenue des troupes. Jacques de Bollardière demande à être relevé de son commandement en raison du manque de moyens et de la structure de la hiérarchie qui le place sous les ordres de Massu.

Engagement contre la torture durant la guerre d'Algérie

À son retour en France, Jacques Pâris de Bollardière s'exprime publiquement au sujet de la torture à l'occasion de la sortie du livre de Jean-Jacques Servan-Schreiber Lieutenant en Algérie. Sa prise de position publique (dans L'Express) lui vaut une sanction de soixante jours d’arrêt de forteresse, le 15 avril 1957, à La Courneuve.

Confronté aux atrocités nazies commises au maquis des Manises où il a été responsable de la mission Citronelle, c'est là qu'il aurait acquis la conviction que la torture est le propre des régimes totalitaires.

Jacques de Bollardière est le seul officier supérieur alors en fonction à avoir condamné ouvertement l'usage de la torture pendant la guerre d'Algérie : il dénonce à ses chefs « certains procédés » pratiqués par une partie de l'armée française dans la recherche du renseignement lors de la guerre d'Algérie.

Il écrit quelques années plus tard : « Je pense avec un respect infini à ceux de mes frères, arabes ou français, qui sont morts comme le Christ, aux mains de leurs semblables, flagellés, torturés, défigurés par le mépris des hommes. » Il soutient Jean-Jacques Servan-Schreiber dans sa dénonciation de la torture.

« La guerre n’est qu’une dangereuse maladie d’une humanité infantile qui cherche douloureusement sa voie. La torture, ce dialogue dans l’horreur, n’est que l’envers affreux de la communication fraternelle. Elle dégrade celui qui l’inflige plus encore que celui qui la subit. Céder à la violence et à la torture, c’est, par impuissance à croire en l’homme, renoncer à construire un monde plus humain. »

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