Jacques Médecin, né le 5 mai 1928 à Nice (Alpes-Maritimes) et mort le 17 novembre 1998 à Punta del Este (Uruguay), est un homme politique français, maire de Nice de 1966 à 1990, président du conseil général des Alpes-Maritimes de 1973 à 1990, député de 1967 à 1988, et secrétaire d'État au Tourisme de 1976 à 1978 dans les gouvernements Chirac I, Barre I et Barre II.
Il nait la même année où son père Jean Médecin devient maire de Nice. Après de courtes études de droit, il travaille dans différents cabinets ministériels de 1951 à 1952, puis est journaliste de 1952 à 1966, exerçant à Nice-Matin et dans divers médias nationaux et internationaux. Il se lance en politique en 1961 en étant élu conseiller général à Nice, mais échoue l'année suivante à se faire élire député. Adhérent du Centre républicain, il est centriste, antigaulliste et partisan de l'Algérie française. Après la mort de son père, il devient maire de Nice en février 1966 à 37 ans. L'année suivante, il est élu député dans la 2e circonscription des Alpes-Maritimes, siégeant dans le groupe centriste PDM. Lors des municipales de 1971, il noue avec succès une alliance avec le Parti socialiste. Il participe en novembre 1971 à la création du Mouvement réformateur. En octobre 1973, il accède à la présidence du conseil général des Alpes-Maritimes, disposant d'une large majorité, et le restera durant seize ans.
Débute à cette époque un glissement progressif vers la droite qui culminera dans les années 1980. Il soutient Valéry Giscard d'Estaing à la présidentielle de 1974, avant de s'apparenter au groupe RI en 1975, ce qui lui permet d'entrer au gouvernement en janvier 1976 comme secrétaire d'État au Tourisme. Son image devient ensuite sulfureuse : il est accusé d'entretenir des liens avec Albert Spaggiari et l'extrême droite, et son amitié avec Jean-Dominique Fratoni le conduit à favoriser ce dernier dans la guerre des casinos. Il manque de justesse de perdre la mairie en 1977 au profit du communiste Charles Caressa, puis son siège au conseil général lors des cantonales de 1979. Raymond Barre ne le reconduit pas dans son nouveau gouvernement d'avril 1978. S'éloignant du Parti républicain, il soutient Jacques Chirac à la présidentielle de 1981, et s'apparente au groupe RPR. Les municipales de 1983 où sa liste est réélue au premier tour avec un nombre record de voix constituent son apogée électorale. Il doit par la suite faire face à la concurrence pressante du Front national, mais réussit à le dominer électoralement.
Maire bâtisseur, durant 24 ans, il est généralement considéré comme ayant développé la ville de Nice en la dotant d'équipements dignes d'une métropole, et contribué à sa diversification économique, mais au prix d'un lourd endettement. Se revendiquant homme de droite, distant à l'égard des partis politiques nationaux, il se distingue par un anticommunisme virulent et des prises de position remarquées, par exemple contre l'IVG et pour le rétablissement de la peine de mort. Certaines de ses décisions et déclarations créent de vives polémiques. Il affirme en 1990 partager « 99,9 % des thèses du FN ».
À Nice, il dispose de réseaux solides et d'un appareil électoral puissant. À la tête d'un « système Médecin » clientélaire et corruptif, il se retrouve au cœur de multiples affaires. En 1985, ses ennuis fiscaux sont aggravés par les révélations sur ses avoirs aux États-Unis. Il est inculpé en novembre 1989 pour délit d'ingérence dans l'affaire de L'Action Nice-Côte d'Azur, et est soupçonné de détournements de fonds de l'association paramunicipale Nice-Opéra. En juillet 1990, la chambre régionale des comptes le déclare comptable de fait. Il démissionne en septembre 1990 et rejoint Punta del Este en Uruguay, échappant un temps à la justice. En 1992, il est condamné à un an de prison ferme pour délit d'ingérence, puis est accusé d'avoir perçu des pots-de-vin de la part de la société Serel. Il est arrêté en novembre 1993 avant d'être extradé en France en novembre 1994. En 1995-1996, il est condamné à deux ans de prison ferme pour abus de confiance, corruption passive et recel d'abus de biens sociaux. Après 22 mois de détention, il est libéré en septembre 1995 et, bien que d'autres affaires soient pendantes, il retourne en janvier 1996 à Punta del Este où il meurt en novembre 1998.
Il fait partie des quelques maires emblématiques de grandes villes de France de la deuxième moitié du XXe siècle, mais sa carrière est considérablement entachée par ses condamnations. Décrié par beaucoup, il reste néanmoins très apprécié par une partie de la population niçoise qui voit en lui une incarnation de la ville et garde en souvenir sa faconde et son sens du contact.
Ascendance, études et carrière professionnelle
Jacques François Xavier Paul Médecin naît le 5 mai 1928 dans l'appartement familial, au 99 quai des États-Unis à Nice. Il est le quatrième et dernier enfant de Jean Médecin et d'Amélie (ou Amélia) Meyer. Son père vient d'une famille établie depuis longtemps dans le pays niçois (au XVIe siècle à Villefranche-sur-Mer, commune voisine de Nice), et sa mère est d'origine niçoise et suisse-allemande. Il est issu d'une famille d'hommes politiques niçois : son père fut maire de Nice pendant 37 ans (1928-1943 et 1947-1965), son grand-père, Alexandre Médecin, fut conseiller général de Nice et adjoint au maire de Nice entre 1886 et 1890, et son arrière grand-père, Pierre Médecin, fut conseiller général de Menton de 1870 à 1884 et maire de Villefranche-sur-Mer. Hormis la politique, la tradition familiale s'inscrit dans le domaine du droit : Jean Médecin fut avocat, Paul Médecin, l'oncle de Jacques, fut bâtonnier de l'ordre des avocats de Nice, Alexandre Médecin fut professeur de droit et également bâtonnier des avocats de Nice, Pierre Médecin fut docteur en droit, avocat et juge de paix du canton ouest de Nice. À la naissance de Jacques Médecin, son père est alors adjoint au maire de Nice à l'Instruction publique et sera quelques mois plus tard, en décembre, élu maire de la ville après une élection municipale partielle.
Après des études secondaires au lycée de garçons de Nice (actuel lycée Masséna) et le baccalauréat, Jacques Médecin s'inscrit en 1946 à l'institut d'études juridiques de Nice en vue d'obtenir une capacité en droit. Il y croise alors Charles Pasqua. Mais au bout d'un an d'études, il décide de s'installer au Danemark, où il restera une année, à la suite d'un voyage dans ce pays. Il effectue ensuite son service militaire en tant qu'interprète au 2e bureau de l'armée de l'air en Allemagne puis à l'état-major à Paris. Il reprend par la suite ses études de droit à Paris et obtient un baccalauréat en droit. À cette époque il fréquente le futur antiquaire Jean-Marie Rossi, Jean-Luc Lagardère et Gérard Beytout. Mettant un terme à ses études, il travaille dans différents cabinets ministériels : en 1951 auprès d'Émile Hugues alors secrétaire d'État aux Finances et aux Affaires économiques, en 1952 auprès de Léon Martinaud-Déplat alors ministre de la Justice, puis auprès du secrétaire d'État à l'Agriculture.
Il devient journaliste à partir de 1952 et exercera cette profession jusqu'en 1966 dans divers médias français et étrangers. Grâce à l'entremise du député niçois Édouard Corniglion-Molinier, il débute à Paris-Presse-L'Intransigeant, au service de politique intérieure et dans divers autres services du journal. Revenant s'installer à Nice au début de l'année 1954, il est embauché à Nice-Matin dans son édition du soir L'Espoir de Nice et du Sud-Est. Il y couvrira de grands évènements comme l'opération Mousquetaire à Port-Saïd en 1956 ou encore la rupture du barrage de Malpasset en 1959, avant de quitter Nice-Matin en 1959. Parallèlement ou après Nice-Matin, il devient le correspondant à Nice des journaux Libération (journal édité de 1941 à 1964) et L'Aurore ainsi que d'Europe 1. Doué pour les langues dont l'anglais, il est également correspondant de United Press International et de Newsweek. En tant que journaliste, il couvre la reddition du gangster Cambotti, qu'il a connu à l'école primaire et qu'il convainc de se rendre après son attaque à main armée de la poste Thiers à Nice. Durant ces années, il fréquente un groupe de journalistes réunis autour du peintre Raymond Moretti dont fait partie le futur écrivain Louis Nucéra.