Jacques Lemaigre Dubreuil, né le 30 octobre 1894 à Solignac (Haute-Vienne) et mort le 11 juin 1955 à Casablanca (Maroc), est un homme d’affaires, dirigeant du groupe Lesieur et militant politique français.
Dans les années 1930, il préside la Fédération nationale des contribuables et est proche des milieux d’activistes d'extrême droite qu'il finance comme la Cagoule. Durant la Seconde Guerre mondiale, il participe aux négociations sinon aux complots préparant le débarquement américain en Afrique en Nord de novembre 1942 puis, après la guerre, se rapproche des milieux autonomistes du Maroc.
Il a été assassiné, vraisemblablement par un groupe terroriste — sans doute la Main Rouge — bien que la justice n'ait jamais conclu sur ce point.
Né dans une famille d'ancienne bourgeoisie du Limousin, Jacques Lemaigre Dubreuil est le fils de Georges-Léon Lemaigre Dubreuil (1864-1933), qui fut maire de Solignac pendant quarante ans, et de Geneviève Labour. Jacques eut un frère aîné, René (1892-1979) et deux sœurs, Marie-Louise (1893-1984) et Edmée (1898-1961).
Il fait ses études à l'école Gerson à Paris puis à l'École des sciences politiques.
Le 1er septembre 1914, Jacques Lemaigre Dubreuil est appelé comme cavalier au 20e régiment de dragons, habituellement en garnison à Limoges et à cette date en mouvement entre la Lorraine et la Marne. Il est promu brigadier le 20 février 1915 puis aspirant le 1er juillet 1915, alors que le régiment occupe un secteur de tranchées en Alsace. Après une période d'instruction à l'École de cavalerie de Saumur, il est affecté au Centre d'instruction des autos-mitrailleuses (CIAM) à Versailles. Début novembre 1916, le CIAM le détache, en tant qu'aspirant, au 10e groupe d'autos-mitrailleuses et autos-canons (GAMAC), retiré du front de la Somme pour rejoindre la mission française d'assistance à la Roumanie. Le capitaine Richemond, commandant le 10e GAMAC indique que J. Lemaigre Dubreuil, comme tous les officiers français détachés en Roumanie, prend pour la durée de la mission le grade supérieur au sien, soit celui de sous-lieutenant.
Quelques semaines après son retour en France, il est confirmé à titre définitif le 17 août 1917 dans son grade de sous-lieutenant ce qui lui permet de rejoindre le 15e groupe d'autos-mitrailleuses et autos-canons en octobre comme chef de section. Il participe ainsi à tous les engagements offensifs et défensifs de l'année 1918, notamment près de Château-Thierry, à Mont-Saint-Père, où il est blessé le 30 mai. Ses « initiatives heureuses et sa hardiesse » lui valent d'obtenir quatre citations et de recevoir la croix de chevalier de la Légion d'Honneur.
Après avoir été promu lieutenant le 25 décembre 1918, il quitte le 15e GAMAC le 7 mars 1919 et se voit détaché à la mission française à Constantinople à partir du 10 avril jusqu'à la fin d'octobre 1919. Il passe alors à l'armée du Levant, chef de section au 6e groupe d'autos-mitrailleuses de cavalerie en Cilicie, où il obtient une nouvelle citation à l'ordre de l'armée. Rapatrié en 1921, il effectue un stage à Saumur à la fin de l'année, passe en garnison au 3e régiment de hussards à Strasbourg puis prend un congé sans solde de trois ans fin avril 1922 à l'issue duquel il démissionne de l'armée. Il est promu capitaine de réserve le 25 décembre 1931.
Administrateur et directeur général de Lesieur
En 1922, de retour à la vie civile, il travaille à la Banque des pays du Nord puis la quitte pour rejoindre la société Marc Desaché, courtiers à la Bourse de Paris.
Le 27 janvier 1926, il épouse Simone Lesieur (1904-1992), seconde fille de Georges Lesieur, fondateur de la société des « Huileries Georges Lesieur ». Simone Lesieur possède alors 6 000 actions de l'entreprise de son père, soit 7,5 % du capital contrôlé à 65 % par son père et ses trois fils. Jacques Lemaigre Dubreuil intègre son conseil d'administration la même année. En 1931, à la mort de Georges Lesieur, il devient, à l'âge de 37 ans, l'un des dirigeants de la société familiale. Il prend en charge son développement en France et à l'étranger jusqu'à sa mort.
En pratique, il partage la direction de l'entreprise avec son beau-frère Paul Lesieur (1885-1966), deuxième fils de Georges et héritier désigné depuis la mort en 1930 du fils aîné, Maurice. Paul Lesieur préside le conseil d'administration, gère la direction opérationnelle de la société, la production ainsi que le complexe d'expéditions. Lemaigre Dubreuil, lui, s'occupe principalement du marketing en France et à l'étranger ainsi que de la production et de l'acheminement à Coudekerque des matières premières — arachide principalement — notamment en provenance de Dakar au Sénégal. Son rôle reste assez discret au sein de la firme jusqu'à la Seconde Guerre mondiale. Il devient directeur général de l'entreprise en 1934 mais il partage cette fonction avec Henri Lesieur, troisième fils de Georges.
En décembre 1940, Lemaigre Dubreuil est désigné seul directeur général de Lesieur. Il supervise les usines que la firme construit en Afrique durant le second conflit mondial, créées à la demande du régime de Vichy mais aussi en prévision de l'après-guerre, et mises en service entre 1943 et 1948. Il préside les nouveaux établissements de Lesieur en Afrique : Lesieur Afrique-Casablanca, Lesieur Afrique-Dakar, et Lesieur Afrique-Alger, fondés en 1941.
Il possède comme sa belle-famille des intérêts dans les magasins du Printemps, dirigés depuis 1920 par Pierre Laguionie, qui a épousé Germaine Lesieur, autre fille de Georges Lesieur et a quitté le conseil d'administration de Lesieur en 1926. Le Printemps s'occupe de la direction et de la gestion des grands magasins Jones, installés à Paris avenue Victor Hugo. Lemaigre Dubreuil succède à son beau-frère Maurice Lesieur (1883-1930) comme administrateur de la société des grands magasins Jones en 1931. Paul Lesieur est vice-président du conseil d'administration, Henri Lesieur est aussi administrateur.
Sa belle-famille possède également des intérêts dans une firme pétrolière, la Société générale des huiles de pétrole. Fondée en 1920-1921, contrôlée par l'Anglo-Persian Oil Company (future BP), elle a repris les activités pétrolières de la société Georges Lesieur et ses Fils en échange d'actions et d'obligations et d'autres firmes françaises comme Paix et Cie. Lemaigre Dubreuil administre cette firme de 1935 à 1937 avant de céder son siège à son beau-frère Paul Lesieur.
Engagement nationaliste dans les années 1930
Le journaliste Pierre Péan le présente comme un militant d’extrême droite[source insuffisante], au début des années 1930 et l'un de ses financiers. En 1934, Lemaigre Dubreuil adhère à la Fédération nationale des contribuables (FNC), fondée en 1928, en devient au début de l'année suivante le président de la fédération de la Seine, puis le président national. Il se fait connaitre par ses articles publiés dans la presse et ses réunions, à Paris et en province. Il appuie Henri Dorgères et son mouvement des Comités de défense paysanne, les fameuses « chemises vertes », au financement duquel il participe. Lemaigre Dubreuil et Dorgères tiennent des réunions communes. À partir de 1936, il prend toutefois ses distances avec Dorgères.
Il est l'un des adversaires les plus résolus du Front populaire. Durant l'été 1936, le gouvernement du Front populaire décide de modifier les statuts de la Banque de France et fait voter la loi du 24 juillet 1936. L'Assemblée générale des actionnaires dont le rôle est de défendre les intérêts des actionnaires de la banque, qui est alors privée, voit son pouvoir affaibli. Les actionnaires se groupent en une Association des porteurs d'action de la Banque de France (APABF) et s'allient avec la FNC. Jacques Lemaigre Dubreuil se porte candidat pour l'élection de conseiller général représentant les actionnaires. Il porte plainte contre Vincent Auriol, ministre des Finances, pour escroquerie afin de médiatiser sa candidature. Il est élu membre du conseil général de la banque en octobre 1936 pour un mandat de trois ans et s'évertue à harceler Émile Labeyrie, gouverneur de la Banque de France pendant le Front populaire, et Vincent Auriol.