Ce Jour-là

Jacques Higelin

Auteur-compositeur-interprète et comédien français

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Jacques Higelin est un auteur-compositeur-interprète et comédien français, né le 18 octobre 1940 à Brou-sur-Chantereine (Seine-et-Marne) et mort le 6 avril 2018 à Nogent-sur-Marne (Val-de-Marne).

Attiré très tôt par le monde du spectacle, il entame une carrière d'acteur puis se lance dans la chanson avec le soutien du producteur Jacques Canetti. Tout en gardant un contact régulier avec le théâtre, il connaît un succès grandissant au fil des années et s'impose durablement sur la scène musicale française des années 1970 et 1980. Il retrouve les faveurs du public dans les années 1990, puis dès le début des années 2000 et continue à enregistrer des albums ainsi qu'à se produire sur scène.

Connu pour sa remarquable présence scénique, il occupe aussi parfois la scène médiatique à l'occasion de certaines prises de position politiques ou militantes, notamment auprès d'associations de soutien aux personnes défavorisées.

Il reste proche d'Areski Belkacem ainsi que de Brigitte Fontaine avec qui il collabore à partir du milieu des années 1960. Il est le père du chanteur Arthur H, du comédien Kên Higelin et de la chanteuse Izïa Higelin ainsi que le grand-père de Kim Higelin, fille de Kên, et de la chanteuse Marcia Higelin, fille d'Arthur.

Jacques Higelin est né le 18 octobre 1940, fils de Paul Auguste Jacob Higelin (1913-1983), employé des chemins de fer, alsacien né à Mulhouse mais dont les racines sont à Didenheim, et de Mariette Rosine Renée Hubertine Bourdouxhe (1912-1997), née à Poulseur en Belgique. Il passe sa petite enfance à Brou-sur-Chantereine, un village de l'est de la région parisienne. En 1944, alors que Jacques a trois ans, à la suite du bombardement de la gare de triage de Vaires près de leur maison, la famille est relogée dans un autre village, à environ six kilomètres : Le Pin. Son grand-père alsacien parvient à convaincre le chef de la Kommandantur de ne pas détruire ce village. Son père Paul, cheminot et musicien, initie ses deux fils Paul et Jacques à certaines formes de musique. Sa mère, Renée, élève ses deux enfants.

En 1945, la famille Higelin se reloge à Chelles, en Seine-et-Marne. Jacques fréquente l'école La Paix-Notre-Dame à Lagny-sur-Marne ; entre dix et quinze ans, Jacques est violé par un homme de son entourage proche, Hubert (Bob) Morel, cascadeur et comédien, qui l’avait pris sous son aile, incarcéré en 1996 dans le cadre d'une affaire de prostitution enfantine. C'est dans cette ville qu'il fait ses premiers pas dans la chanson, sur la scène de la salle paroissiale Albert-Caillou, dans l'avenue du même nom. Passionné par Charles Trenet, déjà musicien, il auditionne en 1954 à l'âge de quatorze ans au théâtre des Trois Baudets, à Paris, devant le producteur Jacques Canetti. Impressionné par son talent, mais refusant de faire travailler des enfants, Canetti lui donne rendez-vous « dans dix ans ». Sa vocation est marquée par cette audition ainsi que par sa rencontre avec Sidney Bechet, avec lequel il joue dans une comédie musicale, La Nouvelle-Orléans. À seize ans, il intègre le cours Simon pour y apprendre l'art dramatique.

En 1960, comédien sur le tournage du film d'Henri Fabiani, Le bonheur est pour demain (au générique duquel il apparaît sous le nom d'Igelin), il rencontre Irène Lhomme : leur correspondance, ou plutôt celle d'Higelin (Frimousse) à destination d'Irène (Pipouche), est publiée en 1987 sous le titre Lettres d'amour d'un soldat de vingt ans (dans cette correspondance, il orthographie son nom comme Higelin, higelin ou igelin. Il fait indirectement allusion au tournage du film dans ces lettres). Un an avant, en 1959, Marie Laforêt l'impose en tant que partenaire sur le tournage de Saint-Tropez Blues, il a rencontré le guitariste Henri Crolla, fils adoptif virtuel de Jacques Prévert et Paul Grimault, frère de rue de Mouloudji, accompagnateur ami d'Yves Montand. Le musicien invite Jacques Higelin à s'exprimer par la chanson. Jacques Higelin habite plusieurs mois chez les Crolla, devenus sa seconde famille. Crolla lui apprend à bien jouer de la guitare et le conforte dans une certaine idée de la vie et de la générosité. Le film est tourné à Saint-Nazaire où Higelin habite ; il passe beaucoup de temps chez un disquaire local.

Dans les années 1960, après un long service militaire, en Allemagne puis en Algérie, il tourne dans plusieurs films, dont Bébert et l'Omnibus d'Yves Robert, 1963, ou dans des épisodes télévisés comme Une fille dans la montagne. Il rencontre Pierre Barouh, le créateur du label Saravah, et cette rencontre constitue un nouveau tremplin artistique en même temps qu'un net élargissement de son horizon.

Guitariste, il joue dans nombre de cabarets, seul ou pour accompagner d'autres artistes, dont Colette Chevrot. Il joue également du piano de manière remarquable et sa personnalité énergique lui attire de nombreuses sympathies[Lesquelles ?]. En 1964, il retrouve Jacques Canetti grâce à Brigitte Fontaine qui vient d'enregistrer son premier album avec sa maison de production. Travaillant sur la première anthologie discographique des chansons de Boris Vian, Jacques Canetti propose à Jacques Higelin d'enregistrer sept chansons de Vian dont certaines alors inédites. Il lui confie même un texte de Vian qu'Higelin met en musique : Je Rêve. Cette anthologie, Boris Vian 100 Chansons, rassemble des chansons et des textes de Vian interprétés par Serge Reggiani, Pierre Brasseur, Catherine Sauvage, Arlette Téphany, Cécile Vassort, Philippe Clay, Lucienne Vernay, etc.

En 1973, il tourne au côté de Marthe Keller dans un long métrage de Gérard Pirès : Elle court, elle court la banlieue , l'histoire d'un jeune couple et ses déboires dans une banlieue HLM.

En 1966, Jacques Higelin enregistre ses premières chansons dont certains textes sont de Marc Moro, alias Mac Ormor. En juin 1966, Jacques Canetti ouvre l'un des premiers cafés-théâtres au Bilboquet, rue Saint-Benoît à Paris où Higelin vient se produire. Il rencontre à cette époque Marc'O, Bulle Ogier, Jean-Pierre Kalfon, Georges Moustaki, Marie-Pierre Casey et beaucoup d'autres artistes. Il travaille notamment avec Brigitte Fontaine (en duo pour Cet enfant que je t'avais fait, La Grippe, On est là pour ça, sur disque et sur scène), Rufus, Areski Belkacem qu'il présente à Fontaine, puis Élisabeth Wiener avec laquelle il enregistre plusieurs duos. Remarqué par la critique, il apparaît comme un des expérimentateurs de la chanson autour de mai 1968. Avec Brigitte Fontaine et Rufus, à La Vieille-Grille puis au Théâtre des Champs-Élysées, il crée la pièce Maman j'ai peur, qui obtient un succès critique et public si important qu'elle reste plus de deux saisons à l'affiche à Paris et donne lieu à une tournée européenne ; en 1969, avec Fontaine et son copain de régiment Areski Belkacem, il joue sur la scène du Lucernaire Niok, entre théâtre et chanson. Bientôt, Fontaine et Belkacem l'incitent à tenter une carrière solo. Au début des années 1970, il expérimente des micro-spectacles de type théâtre de rue ou happenings. L'auteur-compositeur-interprète Yves Simon mentionne Higelin et sa chanson Remember dans les paroles de la chanson Le Film de Polanski, de l'album Raconte-toi, sorti en 1975 : « […] Tu t'es passé / Aux écouteurs / Ce truc d'Higelin, / Remember. […] ».

Un autre grand tournant dans sa carrière survient le 23 juillet 1973, lorsqu'il assure, à l'Olympia, la première partie du groupe Sly and the Family Stone. Habillé de vêtements blancs et amples avec un accordéon sur les épaules, l'artiste funambule détonne un peu avec l'ambiance soul ce soir-là. Le public fut sans pitié en le huant. Jacques Higelin quitta la scène mais eut ces beaux mots : « Je reviendrai mais pas seul ! » et il décida de se lancer dans le rock.

De retour chez lui ce soir-là, Kuelan et Kên trouvent un homme « changé » : cheveux courts, cuir et rock. Higelin cherche alors des musiciens de rock pour former un groupe. Ce sera BBH 75 et, grâce à l'acteur Pierre Clémenti, il rencontre Simon Boissezon, guitariste entre autres de Valérie Lagrange, à l'époque. Ce dernier sera ensuite compositeur, entre autres, de Paris-New York, Mona Lisa Klaxon, Est-ce que ma guitare est un fusil ? L'ange et le Salaud...) et Charles Benaroch, à la batterie. Jacques Higelin résumera plus tard parfaitement son sentiment : « À l'époque, les choses étaient bloquées pour moi, je tournais en rond, ça n'allait pas. Alors j'ai pris une mitrailleuse [...] Nous avions le sentiment d'être des perdants magnifiques, véhiculant un esprit combatif, une classe sauvage. J'étais une lame de couteau. » Jacques Higelin n'abandonnera pas les ballades (Une mouche sur ma bouche et Cigarette l'attestent).

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