Ce Jour-là

Jacques Ferron

Dramaturge oeuvrant au Québec

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Jacques Ferron (Louiseville - 20 janvier 1921 - Saint-Lambert - 22 avril 1985) est un écrivain, dramaturge, médecin, journaliste et homme politique canadien (québécois). Au Québec, il est surtout connu pour son œuvre écrite, qui mêle politique, médecine et humour. Il a fondé et dirigé le Parti Rhinocéros.

Jacques Ferron est né à Louiseville en 1921, dans le comté de Maskinongé qui deviendra un des hauts lieux de sa géographie intime et littéraire. Après la mort de sa mère, il vit surtout en compagnie de femmes, auprès des Filles de Jésus du Jardin de l'Enfance de Trois-Rivières. Il fait son cours classique au collège Jean-de-Brébeuf où il apprécie l'enseignement du père Robert Bernier. Il se lie à Pierre Baillargeon, rencontre Pierre Laporte et Pierre Elliott Trudeau. À deux occasions, il sera expulsé de ce collège, dirigé par les Jésuites. « Moraliste précoce et précieux, timide, grand seigneur, aisément narquois », Ferron écrit déjà « admirablement bien », se rappelle Pierre Vadeboncœur. Jacques Ferron a pratiqué tous les genres qui pouvaient servir son propos et son plaisir : théâtre, récits, historiettes, romans, soties, pamphlets, épîtres, etc.

Il est le frère de l'écrivaine Madeleine Ferron (1922-2010), du médecin et humaniste Paul Ferron (1926-10 août 2007) et de la peintre Marcelle Ferron (1924-2001). Il est aussi le neveu du député J.-Émile Ferron.

Ferron est mort d'une crise cardiaque en 1985 à son domicile de Saint-Lambert, Québec, alors âgé de 64 ans.

À l'Université Laval, il devient médecin en 1945 : « Ce sera le médecin qui entretiendra l'écrivain. Je serai mon propre mécène. » Enrôlé dans les Forces armées canadiennes, il reçoit sa formation militaire dans plusieurs bases du Canada. Finalement, il se retrouve au camp de Grande-Ligne, « partagé entre les prisonniers allemands et les Olds Vets qui les gardaient, neutre comme un bon Québécois. »

À sa démobilisation, plutôt que d'exercer une carrière aisée à la ville, il s'installe pour deux ans à Rivière-Madeleine en Gaspésie. Là-bas, il côtoie la pauvreté et la souffrance, si bien que par deux fois il porte plainte contre un collègue de Gaspésie au collège de médecins. En 1949, il s'établit près de Montréal, à Ville Jacques-Cartier (municipalité annexée à Longueuil depuis), où il est, encore une fois, consterné par la misère et les abus dans la hiérarchie du système de la santé.

À la Cité de Jacques-Cartier, la misère est sordide, l'assurance-médicale publique (RAMQ) n'existe pas encore, et le docteur Ferron soigne gratuitement les pauvres.

Bien que sa pratique se déroulera par la suite principalement en banlieue de Montréal, la Gaspésie occupe une place de choix au sein de son œuvre.

Son père étant organisateur de comté pour le Parti libéral, Jacques Ferron baigne tôt dans le milieu politique. Ses premiers écrits, publiés dans les années 1950, sont d'ailleurs dirigés contre le régime de Maurice Duplessis.

En 1958, il se présente comme candidat du Parti social-démocrate, qui deviendra le Nouveau Parti démocratique (NPD), à l'élection fédérale. Il forme ensuite le Parti Rhinocéros, en 1963, « voué à la raillerie de l’électoralisme et de l’infériorisation politique du Québec par Ottawa » et « dont l'arme principale, la dérision, s'acharne à dénoncer le pouvoir de plus en plus dominateur du gouvernement central». Éminence de la Grande Corne jusqu'à l'élection de 1979, leur devise est « De défaite en défaite jusqu'à la victoire ». Entre-temps, en 1966, il est candidat à l'élection pour le Rassemblement pour l'Indépendance nationale (RIN).

Le militant pacifiste sympathise avec les idées socialistes, rencontre les opposants au régime duplessiste et les futures têtes d'affiche du mouvement indépendantiste. Par l'intermédiaire de sa sœur Marcelle Ferron, il connaîtra aussi le groupe des Automatistes de Paul-Émile Borduas.

Pendant la crise d'Octobre 1970, Ferron se déclare « négociateur pour la cellule Chénier du FLQ ». Il dira:

Eux aussi en période normale, ils étaient contre la violence. La violence leur répugnait. Mais ils avaient jugé bon de faire de l'action directe pour accélérer l'histoire. Une histoire stagnante. À tel point qu'on pouvait dire qu'au Canada français, il n'y avait pas d'histoire. Il a fallu relancer l'histoire. Il n'y a jamais eu de signature de paix depuis 1760. Il y a eu une trêve, mais l'état de guerre existe toujours. Ce sont des choses que Les Rose m'ont dit. Alors, il y a une trêve. Et si nous sommes un peuple pacifiste, c'est que cette paix est toujours menacée par la paix qui n'a pas été signée.

Entre les petites gens qui visitent le médecin et la vie publique de l'écrivain militant, une œuvre prend forme. Ses historiettes et ses lettres aux journaux se multiplient, mêlant politique, histoire et littérature. Ses premières historiettes sont, d'ailleurs, publiés dans la revue L'information médicale.

Les deux années qu'il passe en Gaspésie « le libère de la formation livresque acquise au collège Jean-de-Brébeuf et lui permet de renouer avec l'univers populaire ». L'influence de ces années gaspésiennes le suit dans toute son œuvres narrative par la suite.

Les contes qui ont fait sa réputation sont écrits durant la période de réveil, de transition qui couvrent la fin des années 1950 (Contes du pays incertain), le milieu des années 1960 (Contes anglais) jusqu'au début des années 1970 (Contes inédits), et montrent bien que Ferron fut « le dernier d'une tradition orale, et le premier de la transcription écrite. » L'un de ses premiers contes, « L'anneau », est refusé par l'imprimeur du Journal Le Jour en 1944. Selon Donald Smith, ce que Ferron aime du conte, c'est « la pudeur, la malice, les symboles qui véhiculent les idées d'une façon énigmatique et ensorcelante. Pour lui, le conte s'inspire d'une langue universelle, celle de l'enfant surtout.»

Écriture prolifique, grandes œuvres, genres multiples, critiques favorables, prix littéraires, les années 1960 reconnaissent et consacrent l'écrivain. Mais entre l'auteur du Ciel de Québec et le futur négociateur et démystificateur de la crise d'Octobre québécoise, entre l'écrivain et l'homme public, fondateur et chef du Parti Rhinocéros, il y a une sorte de malentendu : « Ah ! vous nous faites rire, fait-il dire à ses lecteurs, et parce qu'ils riaient, j'ai eu droit à un laissez-passer d'humoriste. Je m'en suis beaucoup servi pour aller à ma guise. »

En 1968, sa pièce Les Grands Soleils est mise en scène au Théâtre du Nouveau Monde. Cette représentation est importante car elle suscite, selon Michelle Lavoie, un regain d’intérêt pour Ferron. Plusieurs de ses œuvres se voient alors rééditées.

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