Jacques Dubois, né le 20 mars 1933 à Liège et mort dans la même ville le 12 février 2026, est un universitaire, intellectuel et homme de presse belge.
Docteur en philosophie et lettres de l’université de Liège, il y est assistant en 1964, puis chargé de cours associé en 1970. Nommé professeur en 1978, il a enseigné les auteurs français des XIXe et XXe siècles ainsi que la sociologie de la littérature ; il est admis à l’éméritat en 1998. Il est professeur invité dans différentes universités, spécialement aux États-Unis, au Québec et en France.
Il fait partie du Groupe µ, cet auteur collectif d’une Rhétorique générale mondialement reconnue. Il s’oriente ensuite vers la sociologie littéraire. Ses études sur les « romanciers français du réel » font autorité. Il se tourne également vers le roman policier et devient un spécialiste de l’œuvre de Georges Simenon. Depuis son Pour Albertine consacré à une héroïne de Marcel Proust, il se tourne vers la « critique-fiction ».
Jacques Dubois naît à Liège le 20 mars 1933. Son père est professeur de français, résistant communiste durant la Seconde Guerre mondiale, et sa mère est institutrice, socialiste.
Il est diplômé docteur en philologie romane de l’université de Liège en 1961.
Après un mandat FNRS, il est engagé par l'université en 1964 comme assistant. Il est nommé chargé de cours associé en 1970 et en 1978, devient professeur, poste qu'il occupe jusqu'en 1998. Il enseigne la littérature française des XIXe et XXe siècles et la sociologie des institutions culturelles. Durant sa carrière, il est professeur invité dans diverses universités aux États-Unis, en France et au Québec (Montréal).
Il est l’un des fondateurs en 1972 de la section Information et Arts de Diffusion de l'université de Liège, appelé à l'époque la Huitième section. Cette section est initialement consacrée à l'enseignement et à la recherche sur les médias, les arts du spectacle, la communication et l'animation culturelle. En 1990, cela devient le département des Arts et Sciences de la Communication et par la suite Médias, culture et communication, d'où sont sortis nombre de journalistes liégeois. La création de cette section lui vaut de nombreuses critiques de collègues plus conservateurs.
Groupe µ - de la rhétorique à la sociologie de la littérature
Au milieu des années 1960, avec cinq collègues, il forme le collectif Groupe µ, qui s'intéresse à rhétorique nouvelle. Les membres de ce collectif transdisciplinaire « marquent durablement les sciences humaines » et suivent la vague structuraliste. En 1970, le Groupe publie Rhétorique générale (Larousse, 1970). Il s'agit d'« une matrice d’engendrement des tropes et figures », traduite en neuf langues et qui « compte parmi les ouvrages majeurs en théorie du langage et de la littérature ». Ce livre est suivi d'une Rhétorique de la poésie (1977).
Après sa contribution au Groupe µ, Dubois reprend une certaine autonomie et à la littérature. Il élargit l'approche de l'analyse des textes en adoptant une approche sociologique. Il entre en dialogue avec Robert Escarpit, qui, à l'université de Bordeaux, promeut la sociologue de la littérature et il contribue au recueil collectif Le littéraire et Le social (Flammarion, 1970).
En 1978, il publie sa principale contribution théorique L'institution de la littérature.
Il y déconstruit les mythes et le monde de la littérature des XIXe et XXe siècles.
Par la suite, il se reconnaît dans les travaux de Pierre Bourdieu et coordonne avec Pascal Durand et Yves Winkin un colloque à Cerisy (2001) sur la réception internationale de l'œuvre du sociologue.
Sur la littérature, il a pratiqué une triple analyse : une approche institutionnelle de l’espace littéraire, une prise en compte des productions grand public, un commentaire interne de la socialité des textes.
Des romanciers du réel à la critique fiction
Jacques Dubois s'attache spécialement à commenter et interpréter la tradition réaliste du roman français auquel il consacre un ouvrage de synthèse Les romanciers du réel et différentes monographies sur Stendhal, Zola, Simenon, Proust.
Il s'intéresse également à la parallitétarure, dont il défend la légitimité dans l'étude du fait littérare, et s'intéresse en particulier le récit policier, auquel consacre un ouvrage universitaire, Le Roman policier ou la modernité, en 1996.
Son intérêt pour la littérature réaliste va le conduire à accorder un intérêt particulier à deux romanciers en contraste : Proust et Simenon. À propos de Simenon, il édite avec Benoît Denis trois volumes de romans dans la bibliothèque de la Pléiade, après avoir fondé et animé un Centre d’études Simenon à l’université de Liège. Il est considéré comme l'un des meilleures spécialistes au monde de l'auteur liégeois, faisant « entrer les romans de gare sur les rayonnages des bibliothèques académiques ». Il convint également Georges Simenon de confier ses archives à l’université de Liège, qui rejoignent le Centre d'études.