Ce Jour-là

Jacques Cœur

Marchand français, grand argentier de France au XVe siècle

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Jacques Cœur, né vers 1395/1400 à Bourges et mort le 25 novembre 1456 sur l'île de Chios (mer Égée), est un marchand, négociant, banquier et armateur français.

Il fut le premier Français à établir et entretenir des relations commerciales suivies avec les pays du Levant.

En 1439, le roi Charles VII le nomme grand argentier du royaume de France. Il se lance dans de nombreuses entreprises commerciales et industrielles, et amasse une fortune considérable qui lui permet d'aider le souverain à reconquérir son territoire occupé par les Anglais.

Sa réussite éclatante l'amène à la disgrâce : en invoquant diverses accusations, ses rivaux et ses nombreux débiteurs, dont le roi, provoquent sa chute en 1451. Emprisonné puis banni en 1456, il meurt à Chios en Grèce (île près de la Turquie) lors d’une expédition destinée à reconquerir Constantinople, récemment conquise par les Ottomans.

Jacques Cœur est né à Bourges vers la fin du XIVe siècle, peut-être en 1395 ou bien encore en 1400. La date diffère selon les historiens. Il n’est pas né dans le Bourbonnais — c’est son père qui est venu de cette province une dizaine d’années plus tôt — pas davantage à Pézenas, ville où il a en effet habité.

Pierre Cœur, son père (° Saint-Pourçain-sur-Sioule - † à Bourges en 1435), est maître fourreur et le « marchand pelletier le plus riche de son temps », suivant des auteurs anciens. L’opulence de la cour du duc Jean Ier de Berry permet un bon débit de pelleteries. Bourges est alors une ville importante dans laquelle le commerce est florissant. Pierre Cœur épouse Marie Lambert, veuve d'un boucher, Jean Bacquelier, qui donne naissance à un second fils vers 1403, Nicolas Cœur.

L’enfance de Jacques Cœur ne paraît pas avoir été studieuse, au dire d’un contemporain, qui le représente comme étant sans éducation. Il est de bonne heure initié par son père à la vie pratique des affaires où ses qualités personnelles suppléent à son défaut d’instruction.

Jacques Cœur a quinze ans lorsque se déroule l'une des plus cuisantes défaites de l’armée française à la bataille d’Azincourt. Trois années plus tard, le dauphin, futur Charles VII, quitte précipitamment Paris, chassé par Jean sans Peur et se réfugie dans le Berry, devenant « le petit roi de Bourges », titre donné par dérision. La présence du dauphin et de la cour stimule la ville au plan des échanges et du commerce.

L’une de ses sœurs épouse Jean Bochetel, secrétaire de Charles VII, arrière-grand-père de Guillaume Bochetel. Son frère, Nicolas Cœur, est évêque de Luçon (1441-1451). L’une de ses nièces, Perrette, épouse Jean de Village, natif lui aussi de Bourges, qui deviendra chambellan du duc de Calabre. Durant douze années, Jean de Village a exercé auprès de Jacques Cœur les fonctions de « patron des galées » (commandant de sa flotte marchande). Fidèle à son ami et maître, il le libére en 1453 de son enfermement dans la place de Beaucaire où Jacques Cœur s’était réfugié, fuyant une condamnation du roi et fuyant ses hommes, lancés à sa poursuite. Jacques Cœur participe ensuite à la conquête de Naples.

Très jeune, Jacques Cœur gère l’un des douze bureaux de change de la ville de Bourges. Considéré comme un homme des plus industrieux et des plus ingénieux, il se marie en 1420, ou 1418, avec Macée de Léodepart, fille d’un ancien valet de chambre du duc Jean Ier de Berry, Lambert de Léodepart, devenu prévôt de Bourges. La belle-mère de Jacques Cœur, Jeanne Roussart, est la fille d’un maître des monnaies de Bourges, et son mariage contribua à l’origine de sa carrière au service du roi de France.

En effet, en 1427, associé avec Pierre Godart, changeur, il afferme la monnaie de Bourges et fabrique au nom de Ravau le Danois, maître titulaire de ladite monnaie. Deux années après, il est accusé d’avoir fait affiner trois cents marcs d’argent au-dessous du titre légal, ce qui lui aurait procuré un bénéfice de cent vingt à cent quarante écus[Quoi ?]. Ravau le Danois sollicite en 1429 des lettres de rémission pour ce fait, et le roi les accorde le 6 décembre 1429 (après la levée du siège d'Orléans avec Jeanne d'Arc et le sacre de Charles VII) moyennant une amende de 1 000 écus d’or. Cœur est gracié moyennant une légère amende. D’autres ont été envoyés dans une basse fosse ou aux galères pour le même délit.

Ascension sociale : négociant, banquier, armateur

Jacques Cœur se rend en Égypte et en Syrie dans le courant de l’année 1432, probablement en mission diplomatique. Un écuyer de Philippe le Bon, duc de Bourgogne, dans le récit d’un pèlerinage qu’il fait à cette époque, dit l’avoir rencontré à Damas. Il se rend ensuite à Beyrouth, et s’y embarque sur une galère vers Narbonne. De retour en France, il établit des comptoirs à Montpellier, qui jouissent de privilèges spéciaux (suppression de péages), pour commercer avec les infidèles. Puis il dirige ses vues vers le négoce international, pour développer la société commerciale fondée en 1430 avec les frères Barthomié et Pierre Godart. Cette association dure jusqu’à la mort des deux frères Godart, vers 1439. Il conçoit un plan grandiose, plein d’audace, et d’une exécution difficile, mais qui doit lui apporter gloire et profit. Il ne s’agit de rien moins que de concurrencer les Vénitiens, les Pisans et les Génois pour le commerce du Levant. Afin de poser les bases de ses relations futures avec les nations orientales, Jacques Cœur favorise les opérations économiques non plus par le troc, mais par du numéraire, en exploitant notamment des mines d’argent, de cuivre et de plomb dans le Lyonnais et le Beaujolais, à Chessy (Rhône). Il fait par ailleurs construire les copies des navires de commerce génois.

Le début de ses opérations est presque instantanément couronné de succès. L’incompréhension et la jalousie de ses contemporains face à cette ascension fulgurante donnent naissance à des légendes sur sa prétendue « découverte du secret de la pierre philosophale » grâce à sa rencontre avec le fameux alchimiste Raimond Lulle, mort 120 ans plus tôt en 1316. Ainsi Pierre Borel, dans Recherches et antiquités gauloises et françaises en 1655 écrira très sérieusement que « le père de Jacques Cœur était si pauvre qu’il n’avait pas de quoi louer boutique, mais qu’ayant fait la connaissance de Raimond Lulle, majorquin, celui-ci lui communiqua le secret pour faire de l’or, secret qu’il transmit à son fils, qui feignant d’avoir beaucoup gagné dans le commerce, couvrit, par ce moyen, l’origine de sa richesse ».

En réalité, Jacques a plus de douze navires sillonnant la Méditerranée en tous sens, et « à lui seul », dit le chroniqueur Matthieu de Coucy, « il gagne chacun plus que l’ensemble de tous les autres marchands du royaume ». Ses agents sont répandus au nombre de trois cents dans tous les ports et dans les villes principales de l’intérieur. Au surplus, il a la réputation de mettre une grande loyauté et une extrême bonne foi dans ses transactions ; et des témoignages de générosité habilement répandus auprès des princes d’Orient lui donnent autorité et un grand crédit auprès d’eux. Il reçoit le monopole d’importation des épices et du transport des marchandises françaises vers les ports musulmans.

Jacques Cœur transporte aussi, illégalement, car l’exportation de l’or et de l’argent est interdite, des monnaies françaises toujours fort recherchées dans les échelles du Levant.[réf. nécessaire] Cela lui sera reproché lors de son procès.

En 1432, de retour de Damas, Jacques Cœur débarque dans un Languedoc ravagé par la peste. Il vient de jeter les bases du commerce avec le Levant : bientôt sa flotte desservira toute la Méditerranée. Pour centre de ses affaires, il choisit Montpellier, attiré par le rayonnement culturel de la cité et par ses liens avec les pays arabes. Entre ses mains s’amasse une prodigieuse fortune : il achète de splendides hôtels, une trentaine de seigneuries, et prête de l’argent au roi lui-même.

Pour mener sa politique commerciale méditerranéenne, Jacques Cœur utilise les installations d'Aigues-Mortes, de Montpellier et de Marseille. Il établit un chantier naval à Aigues-Mortes où il fait venir par flottage sur le Rhône des troncs de résineux de Savoie (étrangère à la France à l’époque), organise ses propres écuries pour le transport de ses marchandises. Au XVe siècle, Montpellier se redresse économiquement grâce à l’activité du port voisin de Lattes et au génie mercantile de Jacques Cœur. Ce dernier crée une factorerie à Pézenas, réputée pour son activité de négoce.

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