Jacques Brel, né le 8 avril 1929 à Schaerbeek (Belgique) et mort le 9 octobre 1978 à Bobigny (France), est un auteur-compositeur-interprète, poète, acteur et réalisateur belge.
Au début des années 1950, Jacques Brel quitte sa Belgique natale pour tenter sa chance à Paris dans la chanson. Soutenu et encouragé par Jacques Canetti, il connait des débuts difficiles, avant que vienne la consécration en 1956 avec son premier grand succès Quand on n'a que l'amour. Dès lors les succès s'enchaînent, Je ne sais pas, La Valse à mille temps, Les Flamandes, Le moribond, Madeleine et surtout Ne me quitte pas considérée comme l'une des plus grandes chansons françaises. Brel s'installe définitivement comme une valeur sûre de la chanson, comme auteur mais aussi comme interprète, en studio comme à la scène, où son chant incarné fait sensation.
Enchaînant les tournées et les rentrées parisiennes à l'Olympia durant plus d'une décennie, Jacques Brel, au sommet de sa popularité, abandonne le tour de chant en 1966. Bien qu'il enregistre encore quelques disques et monte à la scène L'Homme de la Mancha, il se consacre alors au cinéma, pour lequel il tourne en tant qu'acteur une dizaine de films, dont deux qu'il écrit et réalise, Franz et Le Far West (retenu dans la sélection officielle au Festival de Cannes de 1973).
En 1973, il quitte le cinéma, prend la mer sur un voilier et enfin s'installe, avec sa compagne Maddly Bamy, aux îles Marquises ; lors d'un ultime album, en 1977, il consacre une chanson à l'archipel.
Atteint d'un cancer des poumons, Jacques Brel meurt, à 49 ans, en octobre 1978.
Avec Léo Ferré, Georges Brassens et Jean Ferrat, Jacques Brel est considéré comme l'un des grands de la chanson française et son œuvre discographique compte nombre de chansons devenues des classiques, Les bourgeois, Le Plat Pays, Les vieux, La Fanette, Amsterdam, Ces gens-là, La Chanson des vieux amants, Vesoul…
Avec plus de 25 millions d'albums vendus à l'international, Brel représente une icône de la chanson française. Bien que ses chansons soient enregistrées pour la plupart en français, il devient, à son époque, une source d'inspiration pour bon nombre d'auteurs-interprètes anglophones comme David Bowie, Mort Shuman, Alex Harvey, Leonard Cohen, Marc Almond et Rod McKuen. Plusieurs de ses chansons sont également traduites en anglais aux États-Unis et notamment chantées par Ray Charles, Judy Collins, John Denver, le Kingston Trio, Nina Simone, Frank Sinatra, Scott Walker, et Andy Williams.
Jacques Romain Georges Brel est issu d'une famille catholique d'industriels ; son père, Romain Jérôme Brel (1883-1964), est un Flamand francophone né à Zandvoorde en Flandre-Occidentale (commune fusionnée à Zonnebeke en 1971) et sa mère Elisa Lambertine, dite « Lisette » Van Adorp (1896-1964), est bruxelloise.
Enfant, il est peu intéressé par l'école, excepté par les cours de français et de dessin. Avec son frère Pierre (1923-2001), de 6 ans son aîné, Jacques reçoit une éducation partagée entre un collège catholique, l'institut Saint-Louis et le scoutisme qu'il n'aime pas. Élève frondeur, perturbateur et rêveur ayant doublé ses classes de 6e et 4e, il se fait renvoyer du collège en décembre 1946 à 17 ans. Sa vie d'enfance était selon lui trop tranquille, « morose » et « Il ne se passait jamais rien », avec des parents qu'il estimait « très âgés ». Ce sont eux qui lui inspireront la chanson Les Vieux. Comme il le décrit dans sa chanson Mon enfance, le jeune Jacky (comme on l'appelle à l'époque) s’ennuie, rêve beaucoup, se sent seul au point de parler au plafond de sa chambre, s'invente des histoires et se sent très différent du reste de sa famille dont il ne partage pas les valeurs, comme celle de l'argent. Il a déclaré : « L'argent ne m'a jamais donné de bonheur. J'ai été élevé dans l'argent ; j'ai vu toutes les saloperies qu'il fallait faire pour en avoir ». Musicien autodidacte, il apprend le piano en observant et écoutant, dès son plus jeune âge, sa mère en jouer. C'est sur cet instrument familial qu'il crée ses premières compositions. Il écrit à 15 ans de longs poèmes et des nouvelles après avoir lu Jules Verne et Jack London.
À 16 ans, il s'offre sa première guitare grâce à l'argent de ses divers petits jobs, notamment à l'église puis il entre à la Franche Cordée (mouvement de jeunesse catholique mixte) où il crée une troupe de théâtre pour laquelle il joue et écrit lui-même les pièces et des chansons. En 1948, il fait son service militaire. Jacques n'ayant aucun diplôme et donc a priori aucun avenir assuré, son père le fait entrer dans la cartonnerie familiale « Vanneste & Brel » où il est affecté de 1947 à 1953 au service commercial, travail pour lequel il n'a aucun goût (« Mon père m'a encartonné » dit-il). Malgré un avenir assuré dans l'entreprise familiale, se voyant mourir d'ennui à petit feu, il songe très sérieusement à se reconvertir en tant qu'éleveur de poules, cordonnier ou auteur-compositeur. Il choisit cette dernière voie et écrit n'importe où, n'importe quand, grand amateur de musique classique (principalement de Maurice Ravel et de Franz Schubert).
En 1950, il épouse Thérèse Michielsen, dite « Miche », secrétaire dans une entreprise d'électricité, qu'il a rencontrée trois ans plus tôt dans la Franche Cordée. Le 6 décembre 1951 naît sa première fille Chantal.
Parallèlement à sa vie de famille et son travail à la cartonnerie, il commence dès 1950 à chanter le soir dans des cabarets bruxellois regroupés dans le quartier de l'« îlot sacré » sous le pseudonyme de Jacques Bérel, son père ne voulant pas qu'il utilise son nom pour ses activités artistiques. Il fait déjà preuve de cette puissance lyrique (tant dans les textes que dans son interprétation encore trop teintée de scoutisme) qui rebute sa famille. Elle tente, en vain, de le dissuader de continuer dans cette voie. Lui persévère. C'est en fréquentant ces cabarets belges qu'il rencontre Barbara avec qui il noue une relation d'amitié indéfectible.
En 1953, il réalise un disque maquette, 78 tours que la journaliste belge Angèle Guller (rencontrée en 1952 lors d'une audition) envoie à son insu à Paris à Jacques Canetti, découvreur de talents, directeur artistique de Philips et propriétaire du théâtre Les Trois Baudets. Séduit par les chansons qu'il vient d'entendre, Canetti appelle Jacques dans la nuit du 1er juin 1953 pour le rencontrer immédiatement. Alors que sa fille France naît le 12 juillet 1953, Brel quitte la capitale belge pour se rendre seul à Paris où il loge dans une petite chambre inconfortable de l'hôtel Stevens à Pigalle. Sa mère le soutient et l'encourage à travers de nombreuses lettres et lui envoie de temps en temps un peu d'argent, tout en le laissant se débrouiller seul. En revanche, son père n'approuvant pas le choix de son fils, l'avertit avant son départ : s'il quitte son emploi à la cartonnerie, il ne lui versera plus de salaire et il ne pourra plus y revenir travailler. Il persiste également à ne pas vouloir que son fils cadet utilise son nom, mais Jacques, mal à l'aise avec un pseudonyme, parvient à convaincre son père de l'autoriser à garder le nom paternel. D'après Pierre Brel, le frère de Jacques, si son père était très réticent pour que son fils fasse carrière dans le music-hall, une fois le succès atteint, il sera très fier de lui, même s'il ne le fera jamais explicitement savoir à Jacques.
En arrivant à Paris, Brel désire percer en tant qu'auteur-compositeur et non comme interprète. Mais comme il ne trouve personne pour interpréter ses chansons, il est contraint de le faire lui-même. Canetti le fait débuter aux Trois Baudets en septembre 1953 dans la première partie du spectacle de Marcel Mouloudji. Puis en 1954 dans le spectacle Cinémassacre, où débutent également Boris Vian et Jean Yanne et qui voit le triomphe de l'humoriste Fernand Raynaud. Aux Trois Baudets, dans les tournées de Canetti, qu'il ait ou non du succès, Jacques Brel est assuré de chanter tous les soirs, de tester ses chansons et de gagner sa vie, bien que le cachet d'artiste débutant tout en bas de l'affiche soit maigre. Ses débuts sur scène ne sont pas bons, tant il a le trac et est maladroit. Il chante devant un public indifférent. Lors d'un entretien du 5 mai 1968 sur Europe 1, il reconnaît : « Au début, j'étais pas incompris. J'étais mauvais. […] Personne n'a voulu chanter mes chansons au début. J'ai été obligé de me débrouiller moi-même avec ce que j'écrivais. »