Ce Jour-là

Jacques-René Hébert

Homme politique et journaliste français

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Jacques-René Hébert, né le 15 novembre 1757 à Alençon et mort guillotiné le 24 mars 1794 (4 germinal de l'an II), est un pamphlétaire, figure marquante de la presse sous la Révolution française. Issu de la bourgeoisie d’Ancien Régime, il connait une période de grande précarité. À la fin de l’année 1789, il commence une carrière de publiciste et embrasse les idéaux révolutionnaires. Inspiré par le théâtre et le folklore populaire, il fonde Le Père Duchesne en 1790, un journal au ton provocateur et au langage familier qui rencontre un immense succès et connaît une large diffusion.

Membre du club des Cordeliers et partisan de la Commune insurrectionnelle d’août 1792, il devient l’un des principaux porte-parole du mouvement populaire et joue un rôle actif dans la chute des Girondins en 1793.

Bien que son action institutionnelle demeure prudente, son périodique participe à l’effervescence révolutionnaire et renforce son influence politique. Radical sur les mesures d’encadrement économique et partisan de la déchristianisation, il s’oppose au Comité de salut public, qu’il accuse de freiner la Révolution. En mars 1794, inculpé de complot contre-révolutionnaire, il est arrêté et condamné. Son exécution met un terme à l’influence de l’hébertisme, que l’historiographie baptise de son nom bien qu'il n'ait sans doute pas été le plus actif au sein de ce courant des « Exagérés ».

Origines familiales et formation

Jacques-René Hébert, né et baptisé le 15 novembre 1757 à Alençon, est issu d’une famille de la bourgeoisie normande.

Son père, Jacques Hébert (1693 - 1767), orfèvre et notable d’Alençon, occupe des fonctions de premier juge consul, d’échevin et de président du tribunal de commerce. Sa mère, Marguerite Beunaiche de La Houdrie, appartient à une lignée de marchands prospères. Son parrain, conseiller du roi et greffier en chef du bureau des fermes, illustre l’ancrage de la famille dans la bourgeoisie de robe et l’appareil d’État.

Après le décès prématuré de son père, l’entreprise familiale désormais gérée par sa mère, connait un déclin rapide. Il reçoit cependant l’éducation d’un jeune homme issu d’un milieu favorisé et effectue ses études secondaires au collège d’Alençon, où il côtoie René-Nicolas Dufriche Desgenettes. Aspirant à une carrière administrative ou judiciaire, il intègre en 1776 un cabinet de procureur à Boissey, dans le pays d'Auge (actuel Calvados), où il commence son apprentissage du droit.

Un différend local contraint Hébert à quitter sa province en 1776. Désireux de défendre un ami, l'apprenti-pharmacien Latour, impliqué dans une rivalité avec le médecin Clouet en raison d’une liaison avec l'épouse de son employeur, il rédige un libelle anonyme imitant la forme et le ton des sentences judiciaires, qu’il affiche en plusieurs endroits d’Alençon. Identifié comme l’auteur du pamphlet, il est condamné à verser mille livres de dommages-intérêts. Incapable de s’acquitter de cette somme, il choisit de s’exiler afin d’échapper à l’emprisonnement pour dettes.

Dans le Paris prérévolutionnaire (1780-1789)

Après un séjour à Rouen où il cherche un appui judiciaire, Hébert part en 1780 pour Paris, où son ami Desgenettes qui y fait des études de médecine lui vient en aide. À cette époque, Hébert a, comme Robespierre, le souci de l’élégance vestimentaire et de bonnes manières. Il écrit des poésies et des pièces de théâtre.

Mais il a peu de ressources, et mène souvent une existence de bohème, selon Desgenettes, « tirant le diable par la queue » et « souffrant de la faim, de la soif et du froid ».

En 1786, il trouve un emploi de contrôleur au Théâtre des Variétés. Camille Desmoulins devait lui reprocher bien plus tard dans le Vieux Cordelier d'avoir ouvert « des loges aux ci-devant, avec des salutations jusqu’à terre ».

En novembre 1788, il quitte son emploi et se trouve dans une grande misère, logé selon son expression à « l'hôtel de la frugalité ». En 1789, il intègre la milice du district des Carmes, chargée de la protection des propriétés bourgeoises, mais ne joue alors aucun rôle actif dans les premières journées révolutionnaires. À la fin de l'année, Hébert trouve refuge chez un compatriote, le médecin Boisset, qui lui confie la rédaction de La Lanterne magique ou Fléau des aristocrate, un pamphlet sur les événements récents. Ce texte marque ses débuts de libelliste.

En février 1790, il publie anonymement la carnavalesque série des Petits Carêmes de l'abbé Maury où il classe la noblesse en « impartiaux », « enragés » et « enrageants ». Il en profite également pour égratigner cet ecclésiastique contre-révolutionnaire qui apparaît à cette date comme la cible privilégiée des brochures patriotes. Ce journal, rédigé sous forme de sermons de carême, rencontre un certain succès et atteint dix numéros. Il livre ensuite les quatre numéros de l'éphémère Le Chien et le Chat, qui met en scène l'opposition entre un député patriote et un partisan de la monarchie absolue.

Les premières armes du Père Duchesne

La publication du Père Duchesne ouvre une nouvelle période dans la vie d’Hébert.

En moins de deux ans, « celui qui végétait péniblement aux crochets de quelque bienfaiteur épisodique va se transformer en un pamphlétaire redoutable qui laisse prévoir un meneur de foules plus redoutable encore ».

Le personnage du Père Duchesne, issu des baraques de foire, est bien connu des Parisiens et plusieurs brochures circulent déjà sous ce nom quand Hébert crée son journal au cours de l’été 1790. Il en fait un organe de propagande révolutionnaire, usant d’un style burlesque mêlant argot, jurons et outrances pour séduire un lectorat populaire. Car à l’instar de Marat, il croit en la capacité des classes laborieuses – artisans, ouvriers et sans-culottes des faubourgs – à affronter les forces réactionnaires et contre-révolutionnaires.

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