Jacques Désiré Laval, né le 18 septembre 1803 à Croth dans la paroisse de St André- Mesnilliers (Eure, France), mort le 9 septembre 1864 à Sainte-Croix (île Maurice), est un prêtre et missionnaire spiritain français, reconnu comme bienheureux par l’Église catholique. Il est fêté le 9 septembre.
Prêtre missionnaire spiritain de la société du Saint-Cœur, devenue par la suite la Congrégation du Saint-Esprit, le Père Laval fut d’abord médecin, puis curé de campagne en Normandie. Pendant les vingt-trois dernières années de sa vie, il a été missionnaire à l’Île Maurice, auprès des esclaves noirs affranchis.
Il a été béatifié par le pape Jean Paul II, le 29 avril 1979. Le dossier pour sa canonisation est actuellement à Rome, où une commission de médecins l’examine afin de donner un avis compétent, à la suite des nombreux témoignages recueillis.
Jacques-Désiré Laval naît en 1803 à Croth, petit village de la vallée de l’Eure dans la paroisse de St André- Mesnilliers[Quoi ?], non loin d’Anet, alors que la France est encore bouleversée par les événements de la Révolution et les guerres napoléoniennes. Il est nommé Jacques, comme son père, propriétaire d’une ferme et maire du village et Désiré parce que ses parents souhaitaient vivement un garçon après les trois premières filles.
Après des essais, plus ou moins réussis, de premières études, d’abord dans une école presbytérale sous la conduite de son oncle Nicolas, curé de Tourville-la-Campagne, puis au petit séminaire d’Évreux, son père l’envoie au prestigieux collège Stanislas de Paris, d’où il sort bachelier ès lettres, à l’âge de 22 ans et ès sciences l’année suivante. Il entreprend des études de médecine et soutient avec succès le 21 août 1830 une thèse sur le rhumatisme articulaire. La révolution de 1830 éclate et les barricades dressées dans la capitale ramènent le jeune docteur en médecine en Normandie.
Pendant quatre ans, de septembre 1830 à avril 1834, Jacques-Désiré Laval est médecin à Saint-André-de-l'Eure, faisant souvent preuve d’une grande charité, mais une campagne de calomnies organisées contre lui l’oblige à se fixer à Ivry-la-Bataille, où eut lieu un grand virage dans sa vie.
Jacques Laval se plait alors dans le confort et le luxe. Il aime parader en uniforme, à la tête de la garde nationale de sa commune et se fait remarquer par l’élégance de ses habits, le luxe de ses meubles et ses réceptions. Mais cette vie jugée facile et égoïste ne le comble pas. La conversion du Dr Laval, torturé par le remords, fut lente mais profonde. Une déception amoureuse avec une cousine, une chute de cheval qui aurait pu être mortelle ne sont peut-être que coïncidences. Jacques Laval annonce alors, au grand étonnement de beaucoup, son entrée au séminaire d’Issy-les-Moulineaux le 15 juin 1835. Quatre ans plus tard, le 22 décembre 1838, il est ordonné prêtre dans la petite chapelle du séminaire de Saint-Sulpice de Paris par l'archevêque de Paris, Hyacinthe-Louis de Quélen.
Le 8 janvier 1839, le père Laval est nommé « desservant » d’une petite paroisse de 485 habitants, située au sud de Louviers, Pinterville. Il y reste deux ans ce qui lui permet de vivre son noviciat de futur missionnaire : austérité de vie, porte ouverte aux pauvres, attention aux conditions de vie des paroissiens, permanence de la prière. L'abbé Laval entend alors l'appel d'une plus grande misère à soulager.
Mgr Collier, nommé vicaire apostolique de l’île Maurice, accepte ses services pour l’apostolat des Noirs récemment affranchis de l’esclavage. Le père Laval entre dans la société du Saint-Cœur de Marie fondée par le Père François Libermann aujourd'hui appelée congrégation du Saint-Esprit. Il quitte Pinterville à tout jamais le 23 février 1841, arrive à Londres le 14 mai et s’embarque, les mains vides, sur le « Tanjore » le 4 juin 1841. Il ne reverra plus l’Europe.
Après cent jours de traversée, le père Laval débarque à Port-Louis dans la plus grande indifférence. Le 26 septembre 1841, il reçoit la charge de la Mission des Noirs et se met à apprendre le créole, compose un catéchisme de base et repère parmi les esclaves, définitivement affranchis par les autorités britanniques le 1er avril 1839, le petit groupe de ceux qu’il peut former pour qu’ils deviennent ses aides.
Le père Laval porte une soutane rapiécée et voyage à dos d’âne. Il vit retiré dans un petit pavillon de bois, dans la cour du presbytère pour recevoir ses « chers Noirs », ébahis de s’entendre appeler « Monsieur » ou « Madame ». Il fait même pour eux chaque dimanche, à midi, une messe spéciale.
Chaque jour, le père Laval leur rend visite dans leurs huttes, à l’hôpital et à la prison. Il fait construire de petites écoles de brousse et des centres de prière à travers le pays et, depuis son confessionnal, il veille à leur bon fonctionnement. Détruites pour la plupart par un terrible cyclone tropical le 8 mars 1848, ces chapelles sont aussitôt reconstruites avec enthousiasme par les fidèles.
Le père Laval, d’abord seul puis secondé par d’autres missionnaires, a su guérir et remettre debout, physiquement et moralement, tout un peuple que les nantis se plaisaient à considérer comme marginal.
Mais, plus les succès augmentent, plus l’opposition croît. Les blancs le surnomment « la grosse bête noire » et le père Laval doit même assurer ses instructions du soir sous la protection de deux policiers. Une fois l’aversion passée, les sentiments des colons blancs évoluent peu à peu vers la confiance et, pour certains, vers une profonde admiration.
Le 2 février 1852, le père François Libermann meurt à Paris. Son successeur, le père Schwindenhammer, nomme le père Laval - qui n’a pas fait de noviciat et connait mal les règles de la vie religieuse et, de plus, répugne à écrire des rapports - supérieur provincial des missions de Bourbon (île de La Réunion) et de Maurice. Le père Laval vit mal cette nomination.
En mai 1854, le choléra sévit à Maurice. Le père Laval se dévoue à l’extrême pour les malades et les mourants. Il en fait de même lors de l’épidémie de variole, elle aussi très meurtrière en 1856.
Proposition lui est faite en 1860 de se laisser photographier par Modeste Chambay, l’un des premiers adeptes de la photographie à Maurice. D'abord, il s'y refuse, puis on lui explique que la reproduction des deux clichés que prendront de lui Chambay et son associé Lecorgne sera mise en vente et que les revenus apporteront les finances nécessaires à la construction d'une paroisse. Il finit par changer d’avis et consent à la pose photographique. C’est l’une des premières « cartes postales », avant même la mise au point de ce système par les Autrichiens Stéphan (1865) et Hermann (1869).
Malade à la fin de sa vie et après avoir été frappé par des attaques d’apoplexie, il meurt le vendredi 9 septembre 1864. Quand, le dimanche suivant, à onze heures du matin, on ferme son cercueil, 20 000 personnes avaient défilé devant le corps. Il n’y avait eu personne pour l’accueillir à son arrivée à Maurice, il y en eut 40 000 pour l’escorter à sa dernière demeure, au pied du calvaire, devant l’église de Sainte-Croix.