Jacqueline Worms de Romilly, plus connue sous le nom de Jacqueline de Romilly, née Jacqueline David le 26 mars 1913 à Chartres et morte le 18 décembre 2010 à Boulogne-Billancourt, est une philologue, essayiste, traductrice et helléniste française.
Elle reçoit de la Grèce la nationalité hellénique en 1995, à titre honorifique.
Membre de l'Académie française, première femme professeur au Collège de France et première femme membre de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, elle est connue pour ses travaux sur la civilisation et la langue de la Grèce antique, en particulier à propos de Thucydide, objet de sa thèse de doctorat.
Née à Chartres le 26 mars 1913, Jacqueline David est la fille de Maxime David, un philosophe appartenant à une famille juive et de la femme de lettres Jeanne Maxime-David, née Malvoisin.
Maxime David est élève du Lycée Janson de Sailly, obtient lors du concours général de 1900, les mêmes résultats que ceux de sa fille en 1930. Il est normalien, reçu cacique dans la section lettres, en juillet 1903. Il est élève d’Émile Durkheim, de Lucien Lévy-Bruhl,et de Marcel Mauss.Il rédige sous la direction d'Émile Durkheim un mémoire pour son diplôme d'études supérieures sur "Le Communisme sexuel en Australie". Parallèlement, il prépare l'agrégation de philosophie, qu'il réussit à la première place en 1907. Il est professeur agrégé de philosophie successivement à Avignon, Saint-Quentin et Chartres. Il est traducteur de David Hume, d’Eduard Meyer et de William James. Le caporal Maxime David, mobilisé au 102e régiment d'infanterie est tué au front le 2 octobre 1914, à Saint-Mard dans la Somme, lors de la Première Guerre mondiale. Étant Mort pour la France, son nom est inscrit au Panthéon parmi les 560 écrivains morts au combat pendant la Première Guerre mondiale.
Maxime David, est le fils de Lucien David, un agent de change à la Bourse de Paris, victime d’un assassinat par six balles de pistolet, le 21 septembre 1902, à Étretat, sur la route de Fécamp.Cet homicide est considéré comme un crime passionnel commis par Jean Syndon, car ce dernier entretenait une relation adultère avec Alice David qui lui avait commandé des tableaux de sa famille .Il a deux frères qui décèdent durant la Grande Guerre.Elle est la nièce du journaliste de l’Action française Pierre David.
Maxime David rencontre Jeanne Malvoisin, ancienne élève du lycée Molière (1897-1904), à la Sorbonne, où ils suivent les cours d'Henri Bergson.Ils se marient le 16 septembre 1909 à la mairie du 16e arrondissement.Elle est la fille d’un professeur de lettres.Elle perd son frère durant la Première Guerre mondiale.Elle devient femme de lettres, journaliste et traductrice après la Première Guerre mondiale.Elle écrit des romans, des nouvelles et des pièces de théâtre sous le pseudonyme de Jeanne Maxime-David.Elle est lectrice de Gaston Baty au Théâtre Montparnasse. Elle est journaliste politique à la radio.Elle écrit des pièces radiophoniques à la demande de Pierre Descaves.Elle est auteur d’un grand nombre d’adaptation d’œuvres littéraires pour la radio. Elle est amie , entre autres, de Julien Cain, de Tristan Bernard, de Marcel Prévost, de Charles Munch et de Geneviève Maury.Jacqueline de Romilly n’a jamais lu un seul ouvrage écrit par sa mère.
Jacqueline David n’est reconnue comme pupille de la Nation que le 13 mars 1921.Jeanne David élève désormais seule sa fille, avec l'objectif que son enfance ne se ressente pas de la mort de son père, tout en désirant la voir première de sa classe. Elle connaît une enfance heureuse dans leur appartement de la rue des Bauches, dans le 16e arrondissement de Paris.
Jacqueline David suit ses études secondaires au lycée Molière (1922-1931) où elle croise Dina Dreyfus, Zoé Oldenbourg, Françoise Giroud, Christiane Desroches Noblecourt, Solita Salgado, Nicole Weil-Salon et Dominique Desanti. Elle est alors, dans les années 1920, l'une des premières collégiennes à avoir accès au latin et au grec ancien enseigné par des professeurs hommes dans un lycée de jeunes filles. En 1930, elle est la première lauréate féminine du concours général, avec un premier prix de version latine et un deuxième prix de version grecque et obtient l'année suivante un accessit de philosophie.Elle réussit dans les mêmes disciplines et avec les mêmes prix que son père en 1900 .L’évènement est salué par la presse notamment par Pierre Lazareff, sans déclencher quelques inquiétudes sur le futur d’une jeune fille aussi brillante.Sa mère avait répondu à un journaliste que si la jeune fille réussissait la première partie de son baccalauréat, elle ferait « sa philo » mais qu’elle préférerait pour elle « un bon mari pas trop embêtant ! » .Jacqueline de Romilly se souviendra de cette époque et de cette première place de « Première » avec humilité :Il n’y avait pas de grec, on ne se rend pas compte que ces choses qui nous paraissent évidentes sont récentes. Je l’ai déjà dit pour ma vie car c’est tout à fait net. J’ai fait du grec la première année où il y avait grec pour les filles. J’ai été prise au concours générale, la première année où les filles avaient le droit de concourir au concours général et j’ai été la première femme ici ou là, pas parce que j’étais mieux que les autres mais parce que c’était la première année qu’on pouvait. « J’ai eu la chance d’appartenir à une génération où les femmes ont pu monter sur le podium pour la première fois, où les portes se sont enfin ouvertes », a-t-elle déclaré au magazine Le Point en 2007 .
Après ses classes de Lettres supérieures et de Première supérieures au lycée Louis-le-Grand, elle est admise à vingt ans à l'École normale supérieure, ouverte aux filles depuis 1904, dans la promotion de 1933, suivant les pas de son père , avec comme condisciples Pierre Amandry, Roger Caillois, André Chastel, Alain Guillermou, Georges Gusdorf, Henri Maldiney et Ernest Will. En 1933, sa mère lui offre en cadeau une édition ancienne de l’Histoire de la guerre du Péloponnèse de Thucydide, œuvre qui va avoir une influence déterminante sur sa vie.
Élève de Louis Bodinet de l'helléniste Paul Mazon, elle est reçue 10e à l'agrégation de lettres en 1936. Elle tient le rôle de la reine dans Les Perses d’Eschyle, lors de la représentation inaugurale du Groupe de théâtre antique de la Sorbonne qui se déroule dans la cour de la Sorbonne aux côtés de de Jacques Veil et de Roland Barthes, sur une mise en scène de Paul Mazon en 1936.
Mariage et début dans l’enseignement
En octobre 1937, elle obtient une bourse de la Caisse nationale de la recherche scientifique (ancêtre du Centre national de la recherche scientifique) pour commencer une thèse sur Thucydide. Après avoir bénéficié de sa bourse pendant deux années consécutives, elle décide d’y renoncer en 1939 et d’interrompre son travail, la mobilisation générale l’ayant poussée à se mettre à disposition du ministère de l’Éducation nationale. Elle enseigne ainsi au lycée de jeunes filles de Bordeaux entre octobre 1939 et avril 1940, tout en étant chargée de cours pour remplacer le professeur de grec de l’Université de Bordeaux. Elle est ensuite professeur au lycée de jeunes filles de Tournon entre septembre et novembre 1940, puis affectée au lycée de jeunes filles de Montpellier jusqu’en décembre 1940.
Elle se marie civilement et religieusement le 7 avril 1940 à Grosrouvre avec Michel Worms de Romilly (devenu Worms de Romilly-Antoine-May) (1909-1975), alors lieutenant dans l’armée de l’Air, éditeur aux Belles Lettres, dont elle divorce le 29 juin 1972.Il est petit-fils d'Ernest May.Il est membre de la Famille Worms, petit-fils de Paul Worms de Romilly, ce dernier est le petit-fils d’Olry Worms de Romilly, dont la famille possède Le Petit Écho de la Mode. «Au moment de la Révolution française, dira l'hélléniste, les Worms avaient acheté le château de Romilly, ajouté froidement de Romilly et s'étaient appelés Worms de Romilly».Elle garde néanmoins le nom de son mari, ainsi qu’une maison de famille en Provence, au pied de la Montagne Sainte-Victoire.Michel Worms de Romilly se remariera en 1972 avec Nicole Pleven (1926-2010), fille de René Pleven, épouse en premières noces de Stanislas Mangin.