Józef Piłsudski (en français : Joseph Pilsudski), prononcé [ˈjuzɛf piwˈsutski] , né le 5 décembre 1867 à Zulów, près de Vilnius, et mort le 12 mai 1935 à Varsovie, est un homme d'État polonais. Il est dirigeant du Parti socialiste polonais, chef d'État de 1918 à 1922, et Premier ministre à deux reprises entre 1926 et 1930.
À partir du milieu de la Première Guerre mondiale, il a une influence considérable sur la politique polonaise et est un personnage important de la scène politique européenne. Il est largement crédité de la création de la deuxième république de Pologne en 1918, 123 ans après les Partages.
Après avoir été condamné aux travaux forcés en Sibérie pour complot contre le régime tsariste, Piłsudski devient le chef du Parti socialiste polonais et mène une lutte armée pour obtenir l'indépendance de la Pologne. En 1914, il anticipe le déclenchement d'une guerre européenne, la défaite de l'Empire russe par les Empires centraux et la défaite de ces derniers par les puissances occidentales. Au début de la Première Guerre mondiale, il fonde les légions polonaises qui combattent avec les troupes austro-hongroises et allemandes contre la Russie. Avec l'effondrement de l'Empire russe en 1917, Piłsudski met fin à son soutien aux Empires centraux.
De l'indépendance de la Pologne, en novembre 1918, à 1922, Piłsudski est le chef de l'État polonais. Entre 1919 et 1921, il commande les troupes polonaises lors de la guerre soviéto-polonaise. En 1923, face à l'opposition de plus en plus forte des nationaux-démocrates dans le Gouvernement, il se retire de la politique. Trois ans plus tard, un coup d'État lui permet de revenir au pouvoir, et il devient de facto le dirigeant de la Pologne. Un ambassadeur de l'Italie fasciste le décrit comme un « démocrate libéral dans les habits d'un chevalier de l'ancien régime ». Jusqu'à sa mort en 1935, il s'intéresse principalement aux questions militaires et à la politique étrangère.
Du début de la Première Guerre mondiale jusqu'à sa mort, Piłsudski mène, avec une intensité variable, deux stratégies complémentaires pour assurer la sécurité de la Pologne : le « prométhéisme », qui vise à désintégrer l'Empire russe puis l'Union soviétique en plusieurs États, et la création de la fédération Międzymorze (« fédération Entre Mers »), qui rassemble la Pologne et plusieurs de ses voisins. Même si un grand nombre de ses actes politiques restent controversés, Piłsudski est tenu en haute estime par ses compatriotes.
Józef Piłsudski est né le 5 décembre 1867 dans le manoir de sa famille près du village de Zułów (en lituanien : Zalavas, en polonais : Zułówo), dans le gouvernement de Vilna de l'Empire russe (de nos jours en Lituanie, dans la municipalité du district de Švenčionys). La famille Piłsudski faisait partie de la petite aristocratie polonaise-lituanienne. Elle avait une forte tradition patriotique polonaise et a été caractérisée comme une famille polonaise ou une famille lituanienne polonisée. Józef était le second fils de la famille. Il parlait très bien lituanien.
Józef, durant sa scolarité au gymnasium russe de Vilna, n'était pas un élève particulièrement brillant. Parmi les autres élèves du gymnasium se trouvait Félix Dzerjinski, un futur communiste qui devint le pire adversaire de Piłsudski. Avec ses frères Adam, Bronisław et Jan, Józef fut initié par sa mère, Maria née Billewicz (pl), à l'histoire et la culture polonaises, qui étaient réprimées par les autorités russes. Son père, également appelé Józef, avait combattu durant l'insurrection polonaise de 1861-1864 contre la domination russe de la Pologne. La famille ne supportait pas les politiques de russification du gouvernement russe. Le jeune Józef détestait particulièrement assister aux messes de l'église orthodoxe russe et il quitta l'école avec une aversion, non seulement envers le tsar et l'Empire russe mais également contre sa culture qu'il connaissait bien.
En 1885, Piłsudski entra à la faculté de médecine de l'université de Kharkov où il rejoignit la Narodnaïa Volia affiliée au mouvement révolutionnaire russe Narodniki. En 1886, il fut suspendu pour avoir participé à une manifestation étudiante. Il fut rejeté de l'université de Dorpat (aujourd'hui Tartu, Estonie) dont les autorités avaient appris ses affiliations politiques. Le 22 mars 1887, il fut accusé de comploter avec les socialistes de Vilna en vue d'assassiner le tsar Alexandre III et il fut arrêté par les autorités tsaristes. En réalité, le principal lien de Piłsudski avec le complot était son frère Bronisław. Ce dernier, qui n'avait en fait que logé chez lui Alexandre Oulianov, le frère du futur Lénine, fut condamné à quinze ans de travaux forcés (katorga) sur l'île de Sakhaline, au nord du Japon.
Józef Piłsudski fut condamné à cinq ans d'exil en Sibérie, initialement à Kirensk sur la Léna puis à Tunka (en). Alors qu'il était transporté dans un convoi de prisonniers en Sibérie, Piłsudski fut emprisonné pendant plusieurs semaines à Irkoutsk. Il participa à ce que les autorités considérèrent comme une révolte : après que l'un des détenus eut insulté un gardien et refusé de s'excuser, Piłsudski et d'autres prisonniers furent tabassés par les gardes pour leur résistance ; il perdit deux dents et participa à une grève de la faim jusqu'à ce que les autorités rétablissent les privilèges des prisonniers politiques qui avaient été suspendus après l'incident. Pour son implication, il fut condamné en 1888 à six mois de prison. Il fut obligé de passer la première nuit de son incarcération par une température de −40 °C ; il contracta une maladie qui faillit le tuer et les problèmes de santé qui en découlèrent le suivirent toute sa vie.
Durant son exil en Sibérie, Piłsudski rencontra de nombreux Sybiraks (en), dont Bronisław Szwarce qui avait été arrêté peu avant l'insurrection polonaise de 1861-1864. Il fut autorisé à travailler dans le métier de son choix et gagna sa vie comme tuteur de mathématiques et de langues étrangères pour les enfants locaux ; il parlait en effet le français, l'allemand et le lituanien en plus du russe et de son polonais maternel et il apprit par la suite l'anglais. Les fonctionnaires locaux décidèrent qu'en tant que noble polonais, il n'était pas éligible à la pension de 10 roubles reçue par la plupart des autres exilés.
En 1892, Piłsudski revint d'exil et s'installa à Adomavas Manor près de Teneniai (actuellement dans la municipalité du district de Šilalė) en Lituanie. En 1893, il rejoignit le Parti socialiste polonais (PPS) et aida à organiser sa branche lituanienne. Initialement, il se positionna avec l'aide socialiste radicale, mais malgré l'internationalisme ostensible du mouvement socialiste, il resta un nationaliste polonais. En 1894, il fonda un journal socialiste clandestin appelé Robotnik (« Le Travailleur ») et en devint rédacteur en chef. En 1895, il devint l'un des dirigeants du PPS et avança que les questions doctrinales avaient peu d'importance et que l'idéologie socialiste devait être associée avec l'idéologie nationaliste car cette combinaison offrait les meilleures chances de rétablir l'indépendance polonaise.
Le 15 juillet 1899, Piłsudski épousa une activiste socialiste, Maria Juszkiewiczowa, née Koplewska (en). Selon son principal biographe, Wacław Jędrzejewicz, le mariage fut plus pragmatique que romantique. Les deux époux étaient impliqués dans le mouvement indépendantiste et socialiste et l'impression de Robotnik se fit initialement dans leur appartement de Wilno (en lituanien : Vilnius) puis à Łódź. Du fait de cette vie de famille normale, leur appartement n'était pas soupçonné. La loi russe protégeait également son épouse contre les accusations d'activités illégales de son mari. Les relations se détériorèrent quelques années plus tard lorsque Piłsudski entama une liaison avec une jeune socialiste, Aleksandra Szczerbińska. Maria mourut en août 1921 et, en octobre, Piłsudski épousa Aleksandra. À ce moment, le couple avait deux petites filles, Wanda (en) et Jadwiga.
En février 1900, les autorités russes découvrirent l'imprimerie clandestine de Robotnik à Łódź et Piłsudski fut emprisonné à la citadelle de Varsovie. Il parvint cependant à simuler une maladie mentale et il s'échappa d'un hôpital psychiatrique de Saint-Pétersbourg en mai 1901 avec l'aide d'un médecin polonais, Władysław Mazurkiewicz, et avec d'autres il rejoignit la Galicie faisant alors partie de l'Autriche-Hongrie.