Italo Calvino, né le 15 octobre 1923 à Santiago de Las Vegas (Cuba) et mort le 19 septembre 1985 à Sienne (Italie), est un écrivain et journaliste italien du XXe siècle.
Rattaché au réalisme italien, voire l'un de ses théoriciens, il n'en demeure pas moins aux yeux du grand public un fabuliste plein d'humour.
Ses œuvres les plus connues incluent la trilogie Nos ancêtres (1952-1959), le recueil de nouvelles Cosmicomics (1965) et les romans Les Villes invisibles (1972) et Si par une nuit d'hiver un voyageur (1979). Si sa trilogie Nos ancêtres, qui comprend Le Vicomte pourfendu (1952), Le Baron perché (1957) et Le Chevalier inexistant (1959), mêle fable et allégorie, il peut prendre pour cadre de ses récits la réalité quotidienne, telle qu'avec Marcovaldo, roman en deux parties paru en 1958 et 1963.
Calvino était également membre de l'Oulipo et a aussi collaboré à divers scénarios pour le cinéma.
Admiré en Grande-Bretagne, en Australie et aux États-Unis, Calvino était l'écrivain italien contemporain le plus traduit au moment de sa mort. Il est enterré dans le cimetière-jardin de Castiglione della Pescaia en Toscane.
Italo Calvino nait à Santiago de las Vegas, une banlieue de La Havane, à Cuba, en 1923. Son père, Mario, est agronome et botaniste tropical ; il enseigne également l'agriculture et la floriculture. Né 47 ans plus tôt à Sanremo, en Ligurie, Mario Calvino émigre au Mexique en 1909 où il occupe un poste important au sein du ministère de l'Agriculture. Dans un essai autobiographique, Italo Calvino explique que son père « avait été dans sa jeunesse un anarchiste, un adepte de Kropotkine puis un socialiste réformateur ». En 1917, Mario part à Cuba pour mener des expériences scientifiques, après avoir vécu la Révolution mexicaine.
La mère de Calvino, Giuliana Luigia Evelina « Eva » Mameli, est botaniste et professeur d'université. Originaire de Sassari en Sardaigne et 11 ans plus jeune que son mari, elle s'est mariée alors qu'elle était encore chargée de cours à l'université de Pavie. Née dans une famille laïque, Eva est une pacifiste formée à la « religion du devoir civique et de la science », Eva donne à Calvino son prénom inhabituel pour lui rappeler son héritage italien ; comme il grandit en Italie, Calvino pense que son nom sonnait « nationaliste belliqueux ». Calvino décrit ses parents comme étant « des personnalités très différentes l'une de l'autre », suggérant peut-être des tensions plus profondes derrière une éducation de classe moyenne confortable, quoique stricte, sans conflit. Adolescent, il a du mal à s'identifier à la pauvreté et à la classe ouvrière et est « mal à l'aise » avec l'ouverture de ses parents envers les ouvriers qui se rendent dans le bureau de son père le samedi pour recevoir leur salaire hebdomadaire.
En 1925, moins de deux ans après la naissance de Calvino, la famille retourne en Italie, alors mussolinienne, et s'installe définitivement à Sanremo, où le jeune Italo grandit et reçoit une éducation laïque et antifasciste. Son frère, Floriano, qui deviendra un géologue distingué, nait en 1927.
La famille partage son temps entre la Villa Meridiana, une station de floriculture expérimentale qui lui sert également de maison, et la terre ancestrale de Mario à San Giovanni Battista. Dans cette petite ferme en activité située dans les collines derrière Sanremo, Mario est le pionnier de la culture de fruits alors exotiques tels que l'avocat et le pamplemousse, obtenant finalement une entrée dans le Dizionario biografico degli italiani pour ses réalisations. Les vastes forêts et la faune luxuriante omniprésentes dans les premières fictions de Calvino comme Le Baron perché découlent de cet « héritage ». Dans une interview, Calvino déclare : « le paysage natal et familial est celui qu’on ne peut repousser ou cacher; San Remo continue à ressortir dans mes livres, dans les perspectives et les raccourcis les plus divers. » Lui et Floriano grimpent dans les arbres du domaine et se perchent pendant des heures sur les branches en lisant leurs histoires d'aventures préférées. Des aspects plus pernicieux de cet « héritage paternel » sont décrits dans La strada di San Giovanni, les mémoires de Calvino sur son père dans lesquelles il expose leur incapacité à communiquer : « Il nous était difficile de nous parler. Tous deux de nature prolixe, prisonniers d’un océan de mots, ensemble nous demeurions muets, nous marchions côte à côte en silence le long de la route de San Giovanni. » Fan du Livre de la Jungle de Rudyard Kipling lorsqu'il est enfant, Calvino estime que son intérêt précoce pour les histoires faisait de lui le « mouton noir » d'une famille qui tient la littérature en moins d'estime que les sciences. Fasciné par les films et dessins animés américains, il est également attiré par le dessin, la poésie et le théâtre. Sur une note plus sombre, Calvino dit que son premier souvenir est celui d'un professeur marxiste qui a été brutalement agressé par les chemises noires de Benito Mussolini : « Je me souviens clairement que nous étions en train de dîner lorsque le vieux professeur est entré avec le visage battu et en sang, son nœud papillon tout déchiré, demandant de l'aide. »
Les adhésions de ses parents à la franc-maçonnerie et au républicanisme, avec des éléments d'anarchisme et de marxisme font aussi partie de ses héritages. Libres penseurs austères et vouant une haine intense envers le parti national fasciste au pouvoir, Eva et Mario refusent également de donner à leurs fils toute éducation dans la foi catholique ou dans toute autre religion. Italo fréquente l'école maternelle anglaise St George's College, puis une école primaire privée protestante dirigée par des Vaudois. Ses études secondaires, avec un programme de lycée classique, s'achèvent au lycée public Gian Domenico Cassini où, à la demande de ses parents, il est exempté des cours de religion ; il lui est fréquemment demandé de justifier son anticonformisme auprès des enseignants et de ses camarades. Adulte, Calvino décrit l'expérience comme l'ayant rendu « tolérant envers les opinions des autres, en particulier dans le domaine de la religion, se rappelant à quel point il était ennuyeux de s'entendre se moquer de moi parce que je ne suivais pas les croyances de la majorité ».
En 1938, Eugenio Scalfari, qui fondera l'hebdomadaire L'Espresso et le grand journal italien La Repubblica, arrive de Civitavecchia pour rejoindre la même classe, bien qu'un an plus jeune qu'Italo ; ils partagent le même bureau. Les deux adolescents nouent une amitié durable, Calvino attribuant son éveil politique à leurs discussions. Assis ensemble « sur une immense pierre plate au milieu d'un ruisseau près de nos terres », lui et Scalfari fondent un mouvement universitaire, le MUL.
Eva réussit à retarder l'enrôlement de son fils dans les scouts armés du Parti, les Opera Nazionale Balilla, puis s'arrange pour qu'il soit dispensé, en tant que non-catholique, d'accomplir des actes de dévotion dans l'Église. Mais plus tard, en tant que membre, il ne peut éviter les assemblées et les défilés des Avanguardisti et est contraint de participer à l'invasion italienne de la Côte d'Azur en juin 1940.
En 1941, Calvino s’inscrit à l’université de Turin, choisissant la faculté d’agriculture où son père a enseigné auparavant l’agronomie. Cachant ses ambitions littéraires pour plaire à sa famille, il passe quatre examens en première année tout en lisant des œuvres antifascistes d’Elio Vittorini, Eugenio Montale, Cesare Pavese, Johan Huizinga et Pisacane, et des œuvres de Max Planck, Werner Heisenberg et Albert Einstein sur la physique. Sa véritable aspiration est d’être dramaturge. Ses lettres à Eugenio Scalfari regorgent de références à des pièces italiennes et étrangères, d’intrigues et de personnages de futurs projets théâtraux. Luigi Pirandello et Gabriele D'Annunzio, Cesare Vico Lodovici et Ugo Betti, Eugene O'Neill et Thornton Wilder sont parmi les principaux auteurs que Calvino cite comme sources d’inspiration. Dédaigneux des étudiants de Turin, Calvino se voit enfermé dans une « coquille provinciale » qui offre l’illusion d’une immunité contre le cauchemar fasciste : « Nous étions des « durs » des provinces, des chasseurs, des joueurs de billard, des frimeurs, fiers de notre manque de sophistication intellectuelle, méprisants de toute rhétorique patriotique ou militaire, grossiers dans nos discours, réguliers dans les bordels, dédaigneux de tout sentiment romantique et désespérément dépourvus de femmes. »