L'islamisme est une doctrine prônant l'islam comme une idéologie politique. Elle consiste à mobiliser les musulmans autour d’un projet socio-politique fondé sur les normes et les lois religieuses (charia). Il s'agit du synonyme religieux de l'islam politique. Les adeptes de l'islamisme sont appelés les islamistes.
Essentiellement politique, apparu au XXe siècle, l'usage du terme depuis sa réapparition dans la langue française à la fin des années 1970 a beaucoup évolué. Il peut s'agir, par exemple, du « choix conscient de la doctrine musulmane comme guide pour l’action politique » – dans une acception que ne récusent pas certains islamistes –, ou encore, selon d'autres, d'une « idéologie manipulant l'islam en vue d'un projet politique : transformer le système politique et social d'un État en faisant de la charia, dont l'interprétation univoque est imposée à l'ensemble de la société, l'unique source du droit ». C'est ainsi un terme d'usage controversé.
Le mot « islamisme » dérive du mot « islam » et du suffixe « -isme ». Le terme est de création française et son usage est attesté en français depuis le XVIIIe siècle, quand Voltaire l'utilise à la place de « mahométisme » pour signifier « religion des musulmans », cet usage est aujourd'hui « vieilli ».
Cet usage, qui se développe au cours du XIXe siècle jusqu'à l'époque de la Première Guerre mondiale par analogie avec « judaïsme » et « christianisme », se retrouve notamment chez Alfred de Vigny, Tocqueville ou encore Renan. Il commence à être concurrencé par le terme « islam » tout au début du XXe siècle, lorsque le développement des études occidentales de l'islam fait la promotion du terme que les musulmans utilisent eux-mêmes. Le terme « islamisme » a ainsi complètement disparu de l'Encyclopædia of Islam entamée en 1913 et achevée en 1938.
Le terme « islamisme » réapparaît en France à la fin des années 1970 pour répondre à la nécessité de définir les nouveaux courants posant une interprétation politique et idéologique de l'islam et les différencier de l'islam en tant que foi. Pour l'islamologue Bruno Étienne, l'acception actuelle du mot, qu'il est également possible d'appeler « islamisme radical », peut se résumer comme l'« utilisation politique de thèmes musulmans mobilisés en réaction à l'« occidentalisation » considérée comme agressive à l’égard de l’identité arabo-musulmane », cette réaction étant « perçue comme une protestation antimoderne » par ceux qui ne suivent pas cette idéologie.
À l'origine de l'islamisme d'aujourd'hui, on trouve des courants de pensées du XIXe siècle tels que le fondamentalisme musulman (en particulier le wahhabisme) et le réformisme musulman. Ces courants sont nés à la suite des questionnements que posent la confrontation à la modernité occidentale et sa domination. Les historiens considèrent également que l'islamisme est né en grande partie du « choc colonial ». Après avoir produit plus d'un millénaire d'empires (califats, empire ottoman, empire safavide, empire moghol), le monde musulman se retrouve en quelques décennies (seconde moitié du XIXe siècle) dépecé et en grande partie placé sous la tutelle des puissances coloniales européennes (à l'exception de la Turquie d’Atatürk, de l'Iran de Pahlavi et de l'Afghanistan de Amānullāh Khān). Les premiers penseurs de l'islamisme (al-Banna, al-Afghani…) attribuaient cette déchéance à la perte de « valeurs » musulmanes, qui auraient affaibli l'oumma (la communauté des musulmans). On peut lire à ce sujet Le choc colonial et l'islam, écrit sous la direction de Pierre-Jean Luizard.
Certains analystes considèrent que les Frères musulmans, groupe fondé par Hassan el Banna en 1928, seraient à l'origine de l'islamisme[réf. incomplète]. Cette confrérie est le premier mouvement à entrer sur la scène politique pour réclamer l'application de la charia, la loi islamique, dans un premier temps en opposition à l'occupation britannique en Égypte.
Au début des années 1960, Sayyid Qutb, théoricien des Frères musulmans, introduit les notions de rupture par rapport à la société impie et de reconquête. C'est dans ces écrits, surtout dans son texte Fī Ẓilāl al-Qur'ān (en) (À l'ombre du Coran), que certains groupes islamistes trouvent la justification théorique de l'usage de la violence pour islamiser les sociétés moyen-orientales.
À partir de la fin des années 1960, s'accumulent des faits historiques, idéologiques, économiques et sociaux qui peuvent expliquer le développement de l'islamisme :
La défaite des pays arabes contre Israël, lors de la Guerre des Six Jours, marque la fin de l'idéologie nationaliste arabe et de l'influence de Nasser dans le monde arabe et l'affirmation de l'Arabie saoudite salafiste ;
Les années 1970 se caractérisent dans de nombreux pays de l'espace musulman par une libéralisation économique à laquelle il est reproché de porter atteinte à l'aide sociale, aux services publics et, plus globalement, d'accroître les inégalités de niveau de vie[réf. nécessaire] ;
Les dirigeants des principaux pays perdent ainsi la légitimité historique (perte due à la décolonisation), la légitimité idéologique, la légitimité économique. On peut concevoir la mouvance islamique comme un mouvement d'opposition politique dans un contexte souvent non démocratique ;
La hausse des cours du pétrole à partir des années 1970 favorise les gouvernements de certains États (Arabie saoudite puis Iran en particulier), qui peuvent financer l'islamisme pour étendre leur sphère d'influence sur d'autres États (qui peuvent à leur tour adopter des doctrines islamistes pour résister à la pression) ;
La guerre indo-pakistanaise de 1971 conduit les militaires pakistanais, soutenus par l'Arabie saoudite, à encourager la propagande islamiste sunnite. Cette tendance se renforce après l'invasion soviétique de l'Afghanistan en 1979.
La révolution islamique, en Iran, de 1979, entraînant l'instauration de la république islamique montre la capacité mobilisatrice de l'islamisme ce qui conforte les islamistes dans leur espoir et inquiète en Occident.
La guerre civile libanaise, plus politique que religieuse à l'origine, va aussi devenir un foyer d'activité islamiste.
La décennie noire en Algérie oppose, à partir de 1991, le gouvernement algérien et divers groupes islamistes intégristes qui attaquent au début l'armée et la police, puis les civils.
Les décennies suivantes sont marquées par des actes terroristes meurtriers. L'idéologie islamiste est en effet portée par des organisations terroristes comme Al-Qaïda, l'État islamique ou encore Boko Haram, qui multiplient les attentats et s'emparent parfois de territoires.