Isabelle Adjani, née le 27 juin 1955 dans le 17e arrondissement de Paris, est une actrice et chanteuse française.
Elle débute à 14 ans au cinéma, puis entre à 17 ans à la Comédie-Française en 1972 et devient rapidement une vedette.
Elle reçoit à cinq reprises le César de la meilleure actrice, pour Possession, L'Été meurtrier, Camille Claudel, La Reine Margot et La Journée de la jupe. Elle est par ailleurs nommée deux fois à l'Oscar de la meilleure actrice, pour L'Histoire d'Adèle H. et Camille Claudel, et est récompensée du Prix d'interprétation féminine du Festival de Cannes pour Possession et Quartet, et de l'Ours d'argent de la meilleure actrice à Berlin pour Camille Claudel. Tout au long de sa carrière, elle alterne entre phases d'activité intense et pauses.
En juillet 2026, elle est condamnée en appel pour fraude fiscale aggravée et blanchiment, avec une peine réduite par rapport à la première instance.
Isabelle Yasmina Adjani naît d'un père français d'origine kabyle, Mohammed Adjani (1923-1983), né à Constantine, engagé à l'âge de seize ans dans l'armée française durant la Seconde Guerre mondiale, et d'une mère allemande, d'origine bavaroise, Augusta Emma Schweinberger (1919-2007), dite Gusti. Dans une interview donnée en 1985, Isabelle Adjani explique pourquoi sa mère avait l'habitude de dire que son père était d'origine turque : elle avait honte de ses origines algériennes. Elle lui demanda également de changer son prénom Mohammed en Chérif car cela faisait plus « américain »,.
Isabelle Adjani grandit dans une HLM à Gennevilliers, dans les Hauts-de-Seine, auprès de son père garagiste, de sa mère qui fait des ménages, et de son frère cadet Éric (né le 29 avril 1957 et mort le 25 décembre 2010), qui sera photographe. Elle va au lycée Paul-Lapie à Courbevoie, et poursuit un temps ses études secondaires à Reims, au lycée Jean-Jaurès, pendant qu'elle y répète et joue La Maison de Bernarda Alba. Elle obtient un premier rôle à quatorze ans dans un film pour enfants, Le Petit Bougnat, tourné pendant les vacances scolaires, puis joue à seize ans dans Faustine et le Bel Été avec les jeunes premiers Muriel Catala, Francis Huster, Jacques Spiesser, Jacques Weber, et Isabelle Huppert, qui y fait une première courte apparition.
Outre le français, Isabelle Adjani parle couramment allemand, anglais et italien. En allemand, elle a interprété le premier rôle féminin de Nosferatu, fantôme de la nuit. Elle a joué en anglais dans Le Locataire, Driver, Possession, Quartet, Ishtar, Diabolique et Nosferatu, fantôme de la nuit, ce dernier film ayant été tourné en allemand et en anglais dans deux versions distinctes. Elle est la première à recevoir un César de la meilleure actrice pour un rôle non francophone (Possession en 1982), et la première actrice française à être deux fois candidate à l'Oscar de la meilleure actrice pour une interprétation en français (L'Histoire d'Adèle H en 1976 et Camille Claudel en 1990).
En 1972, à l'âge de dix-sept ans, Isabelle Adjani débute au théâtre, à Reims, avec la troupe de Robert Hossein, dans La Maison de Bernarda de Federico García Lorca avec Annie Ducaux. La pièce, une coproduction avec la Comédie-Française, est un triomphe, et est reprise plus tard au théâtre de l'Odéon.
En 1973, Annie Ducaux recommande sa jeune partenaire à Jean-Paul Roussillon, qui prépare une mise en scène de L'École des femmes de Molière à la Comédie-Française, et cherche l'Agnès idéale. Isabelle entre ainsi à la Comédie-Française, et tient le rôle, dans lequel elle fait sensation, aux côtés de Pierre Dux et Michel Aumont, en alternance dans le rôle d'Arnolphe, après avoir, en 1973, impressionné dans une version télévisée avec Bernard Blier, réalisée par Raymond Rouleau. Elle tient le rôle titre d'Ondine de Jean Giraudoux, mis en scène au Français par le même Raymond Rouleau.
Au cinéma, elle est révélée au grand public en 1974 grâce à son rôle de jeune fille en rébellion contre son père (joué par Lino Ventura, la grande vedette masculine de l'époque), dans La Gifle de Claude Pinoteau, dont le succès la propulse au rang des jeunes actrices françaises les plus en vue.
En 1975, le réalisateur François Truffaut la remarque dans une version télévisée de L'École des femmes par Raymond Rouleau et dans le film La Gifle. Il écrit une lettre à l'actrice pour lui offrir le rôle titre de son prochain film, L'Histoire d'Adèle H. : « Vous êtes une actrice fabuleuse et, à l'exception de Jeanne Moreau, je n'ai jamais senti un désir aussi impérieux de fixer un visage sur la pellicule… » L'histoire revient sur l'amour non réciproque, mais passionné et obsessionnel, d'Adèle Hugo, fille de l'écrivain Victor Hugo, pour un lieutenant britannique. Pierre Dux, administrateur général de la Comédie-Française, s'oppose au projet et propose à Isabelle Adjani de la nommer sociétaire de l'institution afin de la retenir en son sein. Dans un premier temps, l'actrice hésite mais, attirée par le rôle et par la perspective de travailler avec François Truffaut, renonce au théâtre et accepte la proposition du réalisateur. Le tournage a lieu sur l'île de Guernesey et dure deux mois. Truffaut se fait le pygmalion d'Adjani, lui donne des leçons de cinéphilie et tombe amoureux d'elle. L'actrice évoque une atmosphère de tournage à la fois concentrée, religieuse, mais également tendue, passionnelle, nerveusement éprouvante. À ce propos, le cinéaste écrit à une amie : « Vous me parlez du plaisir que je dois éprouver à diriger Isabelle. C'est tout le contraire d'un plaisir, une souffrance de tous les jours, pour moi, et presque une agonie pour elle. Car son métier est une religion, et notre tournage une épreuve pour tout le monde ». À propos du film, le critique de cinéma Jean-Marc Lalanne écrit dans Le dictionnaire Truffaut : « De façon très romanesque, Truffaut a enlevé Isabelle Adjani, l'a arrachée du théâtre pour l'inventer star de cinéma ». L'Histoire d'Adèle H. connaît un succès critique et commercial lors de sa sortie en 1975 et Adjani se voit citée pour la première fois pour le César de la meilleure actrice ainsi que pour l'Oscar. La critique américaine lui promet un avenir de légende et la compare à Marlene Dietrich, à Ingrid Bergman ou encore à Greta Garbo.
L'année suivante, Isabelle Adjani joue sous la direction de Roman Polanski dans Le Locataire. Le réalisateur, également acteur principal du film, est témoin de la dévotion totale qu'accorde l'actrice à son métier : « C'était une travailleuse acharnée qui faisait preuve de grandes facultés de concentration. Elle allait même parfois un peu trop loin, parvenant par exemple à si bien se faire pleurer pendant les répétitions qu'elle n'avait plus de larmes au moment de la prise ». Si l'étrangeté paranoïaque et cauchemardesque du récit séduit aujourd'hui les critiques qui considèrent cette œuvre comme l'une des plus abouties du réalisateur, cette fable sur l'aliénation urbaine et l'anomie, d'une fantaisie noire proche du délire, est mal reçue lors de sa présentation en compétition au 29e Festival de Cannes et ne rencontre pas le succès commercial escompté. La même année, Adjani est dirigée pour la première fois par André Téchiné à l'occasion du tournage de Barocco, pour lequel elle donne la réplique à Gérard Depardieu ; elle est nommée pour la seconde fois au César de la meilleure actrice et acquiert « de l'assurance, une écoute plus profonde, une observation plus attentive de ce qui m'entoure ». En 1977, l'actrice tient le rôle principal de Violette et François de Jacques Rouffio aux côtés de Jacques Dutronc et décline l'offre de Luis Buñuel de jouer dans son film Cet obscur objet du désir en raison des scènes de nu. Elle accompagne son conjoint Bruno Nuytten sur le tournage du Camion de Marguerite Duras et est la scripte du film. L'année suivante, Isabelle Adjani fait ses premiers pas à Hollywood avec le film policier Driver de Walter Hill pour lequel elle côtoie Ryan O'Neal. Pour sa performance, l'actrice s'inspire de Carole Lombard, Bette Davis, Barbara Stanwyck, Greta Garbo et Lauren Bacall : « Ce rôle m'a permis de développer une sophistication, une inexpressivité que je n'avais jamais employées jusque-là et que j'avais depuis longtemps envie d'essayer ».