María Estela Martínez Cartas, dite Isabel Martínez de Perón ou Isabel Perón, surnommée « Isabelita », née le 4 février 1931 à La Rioja (province de La Rioja), est une femme d’État argentine, présidente de la Nation argentine du 1er juillet 1974 au 24 mars 1976 après en avoir été la vice-présidente.
En tant que vice-présidente, élue en 1973 comme colistière de son mari Juan Domingo Perón, elle lui succède comme présidente après la mort de celui-ci en 1974. Troisième épouse de Perón et Première dame de 1973 à 1974, elle est la première femme élue vice-présidente et la première femme à devenir présidente de l'Argentine, souvent connue comme la première femme présidente de la République de l'histoire mondiale, ce titre revenant cependant à Khertek Anchimaa-Toka en 1940.
De 1974 à sa démission en 1985, elle fut également la deuxième présidente du Parti justicialiste, Isabel Perón illustre l'extrême droite de ce qui est connu comme le péronisme orthodoxe. Son régime est marqué par l'anticommunisme, le nationalisme argentin, le national-syndicalisme, le non-alignement international et la persécution des opposants armés tels que les Montoneros, les communistes et l'ERP.
Après moins de deux ans de présidence dans un contexte difficile, elle est déposée par la junte militaire que dirige le général putschiste Jorge Rafael Videla soutenu par les États-Unis, donnant naissance à ce que celui-ci appela le Processus de réorganisation nationale (Proceso de Reorganización Nacional).
Elle vit exilée en Espagne depuis 1981, après cinq ans d'emprisonnement en Argentine. En 2007, elle est arrêtée et placée sous contrôle judiciaire jusqu'en 2017, à la suite d'une demande de la justice argentine, qui examine ses actions ou omissions comme présidente en 1975.
María Estela Martínez Cartas, née à La Rioja, en Argentine, est la fille de María Josefa Cartas Olguín et de Carmelo Martínez. Elle a abandonné l'école après la cinquième année. Au début des années 1950, elle devient danseuse de boîte de nuit en adoptant le nom d'Isabel (forme espagnole de celui de Sainte Élisabeth de Portugal) qu'elle avait choisi comme nom de confirmation.
Rencontre et mariage avec Perón
En 1955, Isabel Martínez rencontre Juan Perón, ancien président argentin renversé par un coup d'État en septembre de la même année et en exil au Panama. Juan Perón est veuf de ses deux précédentes épouses, Aurelia Gabriela Tizón (18 mars 1902 – 10 septembre 1938) et l’actrice Eva Duarte (1919 – 1952), toutes deux décédées d'un cancer de l'utérus. Elle est danseuse occasionnellement dans une troupe folklorique et à temps plein dans un cabaret nocturne. Le célèbre présentateur de la télévision argentine Roberto Galan était un de ses amis et fut celui qui la présenta à Perón. Elle abandonne alors cette carrière et l'épouse le 15 novembre 1961 à Madrid, en Espagne. Elle l'accompagne dès lors dans son exil espagnol.
Ascension politique et élections de 1973
Elle fait un voyage en Argentine en 1965, à titre de déléguée personnelle de Perón, pour faire face au phénomène dit du néopéronisme, qui tente alors d'intégrer les revendications de la classe ouvrière tout en écartant Perón lui-même de la direction du mouvement péroniste.
Perón l'envoie à nouveau en Argentine, et elle arrive à Buenos Aires le 7 décembre 1971 afin de promouvoir la consigne « unité, solidarité et organisation » proclamée par le général dans le cadre des élections internes au Parti justicialiste, de nouveau autorisé grâce au « Grand Accord National » du général Lanusse.
Lorsque Juan Perón retourne en Argentine pour se présenter aux élections de septembre 1973, Isabel l'accompagne comme colistière au sein de la formule dite « Perón-Perón » qui obtient plus de 60 % des suffrages. Elle est la première femme élue vice-présidente de l'Argentine.
Vice-présidence et succession de Juan Perón
Devenue vice-présidente et Première dame, elle assure brièvement l'intérim après l'hospitalisation de son mari, le 28 juin 1974. Après la mort du général, le 1er juillet 1974, elle assume la continuité de la présidence, conservant son conseiller et ministre José López Rega à ses côtés.
C'est en tant que vice-présidente qu'Isabel Perón succède à son mari. Elle devient la première femme en Amérique à assumer d'aussi hautes fonctions. Dès son accession au pouvoir, Isabel essaie de faire face à une situation à laquelle elle n'est pas préparée, mais elle subit l'influence de son ministre du Bien-être social et secrétaire personnel, José López Rega, connu sous le surnom de el Brujo (le sorcier), qui vise à faire prévaloir les intérêts de la droite du mouvement péroniste contre les divers mouvements sociaux.
López Rega utilise des fonds publics pour le financement d'un groupe armé, connu comme Alianza Anticomunista Argentina ou triple A Cette formation paramilitaire entreprend, sous sa direction, des actions de harcèlement contre des personnalités de la frange gauche du péronisme et de la gauche argentine, qui prennent la forme d'attentats, de séquestrations, de tortures et d'assassinats.
L'attitude du gouvernement se fait aussi plus dure et plus répressive, intervenant dans les provinces « dissidentes », les universités, des syndicats, les canaux de télévision privés, établissant une censure sans cesse renforcée contre les journaux et les revues.
Le rapport Nunca Más (es), rédigé en 1983, estime à 600 disparitions et 500 exécutions d'opposants le bilan de sa présidence, au cours des années 1975 et 1976.