Iris Murdoch, née le 15 juillet 1919 à Dublin et morte le 8 février 1999 à Oxford, est une écrivaine et philosophe irlandaise.
Elle naît en 1919 à Dublin dans le quartier résidentiel de Phibsborough. Son père, Wills John Hughes Murdoch, est issu d'une famille protestante presbytérienne d'éleveurs de moutons du comté de Down, près de Belfast. Sa mère, Irene Alice Richardson, chanteuse de formation, vient d'une famille protestante de Dublin. Durant la jeunesse d'Iris, ses parents déménagent à Londres où son père devient fonctionnaire. Iris s'inscrit alors au Somerville College d'Oxford, réservé aux femmes, dont les subventions sont peu élevées comparativement aux universités masculines, mais qui lui permet de suivre le cursus honour moderations and litterae humaniores orienté sur les langues et cultures grecque et latine, à travers des cours d’histoire, d’archéologie, d’art et de philosophie.
Dans le même temps, elle profite de son arrivée à Oxford pour s’engager au parti communiste et participe activement, au sein du campus, à de nombreuses actions. Dans son parcours universitaire, elle est rejointe par deux autres femmes, étudiantes avec elle : Philippa Foot et Mary Midgley. Elles se spécialisent plus tard toutes les trois dans la philosophie. Elles font également la rencontre d’ Elizabeth Anscombe, elle aussi future philosophe. On les appelle aujourd’hui le «quartet d’Oxford». Ainsi toutes les quatre luttent pour se faire une place à l’université où les femmes restent peu prises au sérieux à l'époque. Iris Murdoch doit même accepter les attouchements d’un éminent professeur de langues anciennes afin de pouvoir suivre ses cours avec les autres étudiants masculins. Au sein de ce milieu très exigeant (et pour le moins sexiste), leur place n’est en rien acquise, encore moins en philosophie où la discipline est encore jugée principalement masculine.
Cependant, en 1939, la Seconde Guerre mondiale entraîne le départ de nombreux étudiants, contraints de laisser leurs études de côté pour s’engager dans l’armée. Cela permet aux étudiantes d’accéder plus facilement à l’enseignement qu’elles souhaitent. Oxford se retrouve alors bouleversé, entre les rationnements, le manque de moyens et l’accueil de réfugiés. Iris Murdoch s’engage activement dans des collectes de fonds pour aider ces réfugiés. C’est lors de cette période que les quatre femmes se réunirent régulièrement pour parler de philosophie, fumant des cigarettes pour faire passer la faim due aux restrictions.
En 1942, lorsqu’elle obtient son diplôme avec la mention très bien, Mordoch met en pause sa carrière universitaire afin de participer à l’effort de guerre. Le service civil lui donne alors un poste administratif à Londres, dans le secteur du Trésor, responsable des finances publiques. Suivie dans sa démarche par sa camarade Philippa Foot, les deux femmes déménagent ensemble pour rejoindre une capitale qui se relève des bombardements, et y rencontrent de nombreux réfugiés d’origines différentes. Ces rencontres multiculturelles stimulent Iris Murdoch qui cherche à faire de nouvelles connaissances, et c’est à cette période qu’elle commence à s'intéresser tout particulièrement à la littérature française.
Dès l’instant où la guerre s’achève, elle souhaite voyager, c’est pourquoi elle postule auprès de l’UNRRA, l’administration des Nations Unies pour le secours et la reconstruction, afin de poursuivre son engagement dans le reste de l’Europe. Elle est d’abord envoyée brièvement à Bruxelles en 1945 au moment de la Libération, où elle a l’occasion d’assister à une conférence de Jean-Paul Sartre. C’est ainsi qu’elle en vient à étudier plus amplement les philosophes français contemporains, comme Simone de Beauvoir et Albert Camus. Elle est ensuite envoyée en Autriche, pour aider au rapatriement des réfugiés. Elle y rencontre le poète français Raymond Queneau, avec qui elle commence une correspondance et une longue amitié. Elle souhaite même devenir sa traductrice officielle afin de diffuser ses écrits en anglais.
Avec le retour progressif à une vie débarrassée de la guerre, Iris Murdoch a le temps de se consacrer de nouveau à la philosophie et décide de reprendre ses études pour se plonger dans le domaine de l’éthique. Elle reçoit une bourse pour un doctorat au Vassar College de New York, mais son passé de militante au parti communiste l’empêche d’obtenir un visa. Au même moment, on refuse de publier ses traductions de Queneau, et elle est contrainte de retourner vivre chez ses parents, sans idée d’avenir. Ce retour sur le sol anglais lui permet de se rapprocher de ses anciennes amies de l’université qui ont poursuivi leur doctorat à Cambridge, où elle est acceptée à son tour. En 1947, elle commence ainsi ses études doctorales au Newnham College, l'université pour femme de Cambridge, qui cependant ne décernait pas de diplôme aux femmes à l’époque.
Elle renoue alors avec Elizabeth Anscombe, devenue l’élève et fidèle amie de Ludwig Wittgenstein. Par son intermédiaire, Murdoch se familiarise avec la pensée du philosophe autrichien, en même temps que sa relation avec Anscombe stimule leur propre réflexion. C'est durant cette période qu'Iris et Elisabeth auraient eu une aventure amoureuse secrète, tel que l'atteste leurs journeaux intimes. Anscombe organise alors une rencontre entre Wittgenstein et Murdoch lors d’un après-midi. Murdoch profite de son retour dans le milieu universitaire pour animer des conférences sur la philosophie sartrienne afin de la faire connaître de l’autre côté de la Manche. Elle a toutefois du mal à accepter sa légitimé dans le milieu philosophique et se confie à Queneau sur sa peur d’être traité de hoax, soit une «supercherie», une «blague», une fausse philosophe. Peu à peu, elle se rend compte que ce milieu ne lui convient plus et elle décide de postuler comme tutrice de philosophie au St Anne's College d'Oxford, université réservée aux femmes. Elle y enseigne de 1948 à 1963.
Avec ce nouveau poste, elle organise des séminaires de philosophie tout en commençant l’écriture romanesque. C’est à cette période qu’elle et son amie Philippa Foot ont l’occasion d’animer des émissions de radios de la BBC sur la philosophie. Iris Murdoch choisit alors d’aborder le rapprochement entre la littérature et la philosophie en passant par les œuvres de Sartre, Beauvoir et Camus. Elle fera également une émission beaucoup plus longue sur Simone Weil, décédée quelques années auparavant. À la mort de Wittgenstein, en 1951, Anscombe, qui est son exécutrice testamentaire, se voit confier la lourde tâche d’éditer et de traduire certains textes du philosophe. Dépassée par l’ampleur de la tâche, elle demande à Iris Murdoch de l’aider dans ce travail titanesque. Cette même année, Iris Murdoch publie un essai : Sartre, un rationaliste romantique, le premier d’une multitude d’essais et d’articles édités dans les années qui suivront. Dans ces essais, elle propose des réflexions sur l’existentialisme, la linguistique, l’éthique et la métaphysique de son temps, ce qui donne une certaine notoriété dans le milieu académique de la philosophie.
En 1956, elle rencontre John Bayley, professeur de littérature anglaise, et décide de partager sa vie avec lui. Elle se consacre davantage à la littérature, publiant un roman par an, et finit par quitter son poste à Oxford en 1964 pour rejoindre le Royal College of Art. Sa notoriété grandit dans le milieu littéraire, tout d’abord grâce au prix James Tait Black, qu’elle remporte en 1973 pour ses œuvres, puis le prix Booker, en 1973, pour son roman The sea, the sea. Elle gagne alors une reconnaissance internationale pour ses romans, que l’on rattache au genre du roman philosophique. En 1980, elle se diversifie dans sa production littéraire et écrit deux pièces de théâtre fondamentalement philosophiques puisqu’elles prennent la forme de dialogues platoniciens, réunis sous le nom de Acastos. Les pièces furent jouées au National Theater de Londres.
En 1987, elle est ordonnée Dame Commandeur de l’Ordre de l’Empire britannique, un grade honorifique accordé pour son apport à la littérature anglaise et son rayonnement à travers le monde. Parmi ses prestigieuses distinctions, elle est également membre de l’Académie américaine des arts et des sciences et docteur honoris causa de l’université de Hong Kong.