Irénée de Lyon (en grec ancien Εἰρηναῖος / Eirēnaîos) ou Irénée de Smyrne, né vers 122 en Asie mineure vraisemblablement à Smyrne, et probablement mort à Lyon vers 200, est une personnalité du christianisme ancien.
Élève de Polycarpe de Smyrne, il s'établit vers la fin des années 170 en Occident, où il dirige la communauté chrétienne de Lyon, ville dont la tradition le considère comme le deuxième évêque. Premier apologiste à réaliser une œuvre de théologie systématique en Occident, il est l'auteur d'une Réfutation de la prétendue gnose au nom menteur, aussi connue sous le nom de Contre les hérésies.
Irénée est compté au nombre des Pères de l'Église. En 2022, il est déclaré par le pape François « docteur de l'Église » avec le titre de « docteur de l'unité » (Doctor unitatis). Vénéré comme un saint, il est fêté le 28 juin par l'Église catholique et le 23 août par l'Église orthodoxe.
On connaît peu de chose de la vie d'Irénée. Sa chronologie est mal établie, l'essentiel provenant de quelques éléments de ses œuvres et de ce qu'en dit Eusèbe de Césarée dans son Histoire de l'Église, datée des premières décennies du IVe siècle.
Irénée (en grec ancien Εἰρηναῖος : Eirênaĩos « pacifique ») est né en Asie mineure, vraisemblablement à Smyrne, entre les années 120 et 130, quoique d'autres propositions situent sa naissance entre 115 et 145. De langue et de culture grecques, Irénée affirme avoir entendu prêcher l'épiscope Polycarpe de Smyrne. Polycarpe est un dirigeant de la communauté chrétienne d'une ville de la côte égéenne, devenue un important foyer culturel et littéraire. Polycarpe meurt âgé et en martyr vers la fin des années 150 ou 160, et Irénée a peut-être été son auditeur ou son élève dans ses jeunes années.
D'après ce dernier, Polycarpe affirmait avoir connu l'apôtre Jean, ce qui confère aux deux hommes un lien avec les temps apostoliques. Cette succession apostolique est d'ailleurs un point central de la théologie irénéenne. Celle-ci considère les épiscopes comme des « porte-paroles », des maîtres qui, à l'instar des écoles antiques de philosophie ou de médecine, prolongent l'enseignement des apôtres et non comme leurs successeurs dans l'autorité.
Vers le début des années 160, Irénée se rend en Occident. Il réside peut-être dans un premier temps à Rome, qu'il semble bien connaître, pour poursuivre une formation de rhéteur. On le retrouve ensuite lié à la communauté chrétienne de Lyon, une ville qu'il ne cite jamais dans ses œuvres, mentionnant toutefois qu'il réside « chez les Celtes » dont il a appris le « dialecte barbare ». Cette communauté chrétienne locale est en partie composée de migrants hellénophones, venus aussi d'Orient dans cette colonie romaine de langue latine implantée en territoire celte. C'est la capitale de la province de Gaule Lyonnaise, devenue la plus grande ville bâtie au nord des Alpes et un important centre économique, culturel et religieux.
Cette communauté chrétienne, culturellement et religieusement moins intégrée à la vie de la cité, suscite la méfiance et le mépris de la population, et contribue à la sévère persécution dont elle est victime en l'an 177 : une émeute populaire à leur encontre mène les autorités à se saisir des chrétiens et à en exécuter une cinquantaine, tous originaires d'Asie Mineure, tandis que leur vieux dirigeant Pothin, chargé de la « diaconie de l'épiscope » meurt en captivité.
C'est à l'occasion de cet évènement qu'Eusèbe de Césarée mentionne Irénée. On ignore par ailleurs comment il échappe cette persécution, très locale et spontanée. Selon Eusèbe, qui se réfère à une sorte de « lettre de recommandations » adressée à l'évêque de Rome Éleuthère par les chrétiens de Lyon et de Vienne en attente de leur exécution, Irénée est mentionné comme « porteur » du message et accrédité comme « presbytre » de leur communauté. Eusèbe explique que c'est à la même époque, aux alentours des années 180, qu'Irénée reçoit la direction comme « épiscope » de la communauté de Lyon, en succession de Pothin, à une époque où les titres et les fonctions au sein du christianisme ancien ne sont pas encore clairement établis.
Le seul évènement concret connu de son épiscopat est son intervention auprès de l'évêque de Rome Victor (189-198), au sujet d'une querelle qui divise les communautés chrétiennes autour de la célébration de la date de Pâques et de la durée du jeûne qui l'entoure : tout en s'accordant avec la position de Victor, Irénée l'invite toutefois à faire preuve de tolérance et de charité envers ses opposants.
C'est aux alentours de 185 qu'Irénée écrit son œuvre la plus connue, Réfutation de la prétendue gnose au nom menteur, qui semble témoigner des divisions et des courants qui traversent sa communauté, repris sous le vocable général de « gnosticisme », qu'il entend démasquer et combattre sur le mode antique de la refutatio.
Bien qu'il n'y ait pas de preuve qu'Irénée ait vécu au-delà de la fin de l'épiscopat de Victor, et que ni les circonstances ni la date de sa mort ne soient connues, Jérôme de Stridon attribue vers 410 le titre de martyr à Irénée, dans une brève allusion de son Commentaire sur İsaïe.
Grégoire de Tours (c.539-594) est le premier à rapporter l'histoire de son martyre, qu'il situe au temps d'une persécution sous l'empereur Septime Sévère (193-211). Grégoire affirme en outre qu'Irénée est enterré sous l’autel de la crypte de la basilique lyonnaise Saint-Jean, qui deviendra plus tard l'église Saint-Irénée. Depuis lors, les années situées vers 200-202 sont souvent proposées comme dates traditionnelles de sa mort.
Dans sa Réfutation de la prétendue gnose au nom menteur, plus connue sous le titre de Contre les hérésies (Adversus Hæreses), Irénée dénonce une « perversion de la vraie gnose », qui est la foi chrétienne qu'il défend, l'authentique connaissance de Dieu. Il n'existe de cet ouvrage qu'une traduction latine, une traduction arménienne des livres IV et V, ainsi que des fragments en syriaque et en grec.
Destinée à réfuter Valentin d'Égypte et les gnostiques, usant de la calomnie et d'une certaine malveillance caractéristique du genre, la Réfutation a constitué la principale source historique sur ce courant gnostique jusqu'à la découverte de la bibliothèque de Nag Hammadi. Elle mentionne entre autres l'existence de l'évangile de Judas et dresse également la liste des évêques de Rome.
Irénée est aussi l'auteur d'une Démonstration de la prédication apostolique (Demonstratio apostolicae praedicationis), postérieure à la Réfutation et dont l'existence n'a longtemps été connue que par une mention d'Eusèbe de Césarée. L'original grec est perdu, mais une version arménienne a été retrouvée en 1904 et publiée en 1907. Il s'agit d'un court traité qui résume la foi chrétienne, d'une sorte de catéchisme destiné en particulier à un chrétien baptisé du nom de Marcianus .
Eusèbe de Césarée cite également des extraits de deux lettres : À Florinus et Au pape Victor. On ne sait rien de fiable sur ses autres écrits.
Faire une seule pâte et un seul pain (Jn 16, 5-11)