Iríni Pappá (Ειρήνη Παππά), connue en francophonie sous le nom d’Irène Papas, née Iríni Lelékou (Ειρήνη Λελέκου) le 3 septembre 1929 à Chiliomodi (Corinthie) et morte le 14 septembre 2022 dans la même ville, est une actrice et chanteuse grecque.
Au fil de ses quelque cinquante ans de carrière, Irène Papas a joué dans plus de quatre-vingts films dont Z (1969) de Costa-Gavras ou Zorba le Grec (1964) de Michel Cacoyannis, mais elle a surtout marqué les esprits dans des rôles de tragédienne antique comme dans Antigone (1961) de Yórgos Tzavéllas, Électre (1962), Les Troyennes (1971) ou Iphigénie (1977) de Michel Cacoyannis. Ses films font souvent ressortir sa personnification d'une femme hellène de caractère rappelant intentionnellement l'iconographie de la Grèce antique.
Irène Papas naît à Chiliomódi, en Corinthie sous le nom d'Irini Lelekou (Ειρήνη Λελέκου). La plupart des sources indiquent (à tort) que sa date de naissance est le 3 septembre 1926 ; d'autres indiquent le 3 septembre 1929, ou le 9 mars 1926. Selon le registre municipal, son année de naissance est 1929.
Irène Papas naît dans une famille d'enseignants ; son grand-père, ses parents et sa tante influencent son éducation. Sa mère, Eleni Lelekou, née Prevezanou, est une enseignante originaire d'Épire, qui lui fait fréquemment des lectures de nombreux récits et contes de fées. Son père Stavros Lelekos, professeur de théâtre classique, est le directeur de l'école de Sofiko (el), en Corinthie, et lui apprend à lire le grec ancien. Ses parents ont eu quatre filles. Ses sœurs sont Evangelia Lelekou-Manthopoulou (Ευαγγελία Λελέκου-Μανθοπούλου, 1925-), médecin radiologue, ancienne directrice de l'hôpital Agios Savas (Άγιος Σάββας), et l'artiste littéraire et poète Despina Lelekou-Tataki (Δέσποινα Λελέκου-Τατάκη, 1926-2009). Son arrière-grand-père Stavros Lelekos (Σταύρος Λελέκος) écrit la première syntaxe de la langue grecque en 1881, ainsi que d'autres ouvrages pour l'enseignement secondaire vers la fin du XIXe siècle. Ses parents opposent une vive résistance lorsqu'elle leur dit, à l'adolescence, qu'elle veut être actrice.
Son neveu est le réalisateur et scénariste Manousos Manousakis (el), fils de sa sœur Despina ; un autre de ses neveux est l'acteur Aiadas Manthopoulos (Αίαντας Μανθόπουλος), fils de sa sœur Evangelia.
Dans son autobiographie, Alékos Sakellários écrit qu'il l'a vue pour la première fois place Sýntagma. Par son apparence, sa tenue et sa démarche, elle lui semblait être une « cariatide vivante ». Il la présente à la maison de production Finos Film et elle apparaît dans son premier film en 1948, Anges perdus de Níkos Tsifóros. Ce mélo, sorti en pleine guerre civile grecque (1946-1949), est considéré comme une dénonciation de la domination de la société grecque par les nouveaux riches sans scrupule.
Elle commence à attirer l'attention en 1952 avec son rôle dans le film Ville morte de Frixos Iliasis avec George Foundas (qui apparaît pour la première fois au cinéma) et dont l'action se déroule dans l'ancienne cité grecque de Mistra. Le film est projeté au Festival de Cannes 1952, où Papas est accueillie par la presse internationale et photographiée passant du bon temps avec le play-boy Karim Aga Khan IV, futur imam des ismaéliens nizârites.
Elle fait partie des actrices grecques à avoir davantage tourné à l'étranger que dans son pays. Les cinéastes grecs la considèrent comme une actrice non commerciale. À l'étranger elle signe avec Lux Film en Italie, où la publicité pour Ville morte suffit à la lancer comme une vedette du cinéma. Après un détour dans le film noir italo-américain Le Secret de la casbah, elle joue dans les melodramma strappalacrime Les Infidèles (1953) de Mario Monicelli et Steno et Le Cyclone (1953) ainsi que dans les péplums Attila, fléau de Dieu de Pietro Francisci et Théodora, impératrice de Byzance de Riccardo Freda et dans les films de cape et d'épée Les Aventures des trois mousquetaires (1957) de Joseph Lerner et sa suite L'Épée gasconne (1957) d'Hugo Fregonese, deux films inspirés du roman d'Alexandre Dumas. En 2008, l'Italie la distingue en lui remettant le Prix de Rome au théâtre d'Ostia Antica. Au moment de recevoir le prix, elle déclare : « Je ne sais pas si je dois rire ou pleurer, je peux seulement dire qu'Athènes sera toujours ma mère, mais Rome est ma deuxième mère, par choix délibéré. » En Italie, elle travaille avec de nombreux cinéastes de Cinecittà et les Italiens l'apprécient, l'appelant « Bella Greca » et « Irene Nostra » (litt. « notre Irène »).
Après une participation au western psychologique américain La Loi de la prairie (1956), elle enchaîne plusieurs films grecs comme Le Lac des soupirs (1959) de Grigóris Grigoríou, le film réalisé par son mari Alkis Papas Psit... les filles (1959) et le rôle-titre de la révolutionnaire Laskarína Bouboulína dans Bouboulina (1959) de Kostas Andritsos (el). Puis elle acquiert une renommée internationale grâce à la superproduction anglo-américaine de guerre Les Canons de Navarone (1961). Son personnage est un ajout au roman d'Alistair MacLean dont le film est adapté : elle incarne une résistante qui prend une part active à l'action et un personnage féminin fort tout en étant l'objet du désir des hommes. Gerasimus Katsan écrit qu'elle joue une partisane « dure comme la pierre » dans Les Canons de Navarone, « capable, sans peur, stoïque, patriote et héroïque » ; lorsque les hommes hésitent, elle tue la traîtresse Anna ; mais bien qu'elle ait une relation amoureuse avec Andreas (Anthony Quinn), elle reste « froide et rationnelle », révélant peu de sa personnalité sensuelle ; elle est aussi dure que les hommes, comme le stéréotype de la villageoise grecque, mais elle représente un équilibre par rapport à eux dans le film.
Mais c'est surtout ses rôles dans les adaptations cinématographiques des tragédies antiques qui la consacrent. Irène Papas joue les rôles titres d'Antigone (1961) d’Yórgos Tzavéllas et d'Électre (1962) de Michel Cacoyannis, où son interprétation puissante de l'héroïne condamnée lui vaut le statut de vedette. Elle a joué le rôle d'Hélène dans Les Troyennes (1971) de Cacoyannis, face à Katharine Hepburn, et celui d'une Clytemnestre aux « yeux charbonneux » selon le New York Times, dans son Iphigénie (1977). Outre Euripide et Sophocle, elle joue en tragédienne dans des adaptations de Federico García Lorca (Noces de sang, Yerma…), Gabriel García Márquez (Chronique d'une mort annoncée, Eréndira de Ruy Guerra en 1983), Leonardo Sciascia, Nikos Kazantzakis (Zorba le Grec).
Elle a déclaré que Cacoyannis était le seul metteur en scène avec lequel elle était vraiment à l'aise, se décrivant comme « trop obéissante » pour tenir tête aux autres metteurs en scène. Cacoyannis a déclaré qu'elle avait joué un rôle dans sa décision de faire Iphigénie, formant son image de Clytemnestre avec sa puissance et son physique, et sa colère impersonnelle et sans pitié contre l'injustice de la vie, quelque chose qui, selon lui, était accessible aux acteurs de pays comme la Grèce qui avaient connu de longues années d'oppression.
L'Encyclopédie Treccani décrit Irène Papas comme une beauté méditerranéenne typique, dotée d'une belle voix, tant au niveau du chant que du jeu, très talentueuse et dotée d'un esprit d'aventure. Olga Kourelou ajoute que les réalisateurs de films, depuis Cacoyannis, ont systématiquement utilisé son physique : « Sa peau blanche comme la craie et ses longs cheveux noirs, ses yeux marron foncé, ses épais sourcils arqués et son nez droit font apparaître Papas comme la personnification de la beauté grecque. » Elle écrit que la caméra s'est attardée en gros plan sur le visage de Papas et qu'elle est souvent photographiée de profil, rappelant intentionnellement l'iconographie de la Grèce antique. Kourelou donne comme exemple le plan de profil dans Iphigénie où Papas chante une berceuse à sa fille, devant une sculpture hellénique d'une femme, le plan faisant ressortir la ressemblance des traits de leurs visages ; elle note que les affiches de Papas ont souvent utilisé le même motif.