Iouri Vladimirovitch Andropov (en russe : Ю́рий Влади́мирович Андро́пов, ISO 9 : Jurij Vladimirovič Andropov), né à Nagoutskaïa le 2 juin 1914 (15 juin dans le calendrier grégorien) et mort à Moscou le 9 février 1984, est un homme d'État soviétique.
Iouri Andropov intégra dès sa jeunesse le Komsomol et commença une carrière politique au début des années 1940 dans la jeune République socialiste soviétique carélo-finnoise. Affecté à l'arrière du front pendant la guerre, il gravit les échelons dans l'organisation du Parti communiste et devint ambassadeur en Hongrie de 1953 à 1957, où il participa à la répression sanglante de l'insurrection de Budapest. Soutenu par Nikita Khrouchtchev, il devint responsable des relations avec les partis communistes et ouvriers des pays socialistes, et évolua dans le même temps au sein du Comité central, dont il devint le secrétaire de 1962 à 1967. Il passa les quinze années suivantes à la tête du KGB, qu'il réforma en profondeur et qu'il contribua à rapprocher du conseil des ministres. À la mort de Léonid Brejnev, il fut nommé secrétaire général du Parti communiste et présida, de fait, aux destinées de l'URSS du 12 novembre 1982 à sa mort des suites de maladie, quinze mois plus tard.
Travailleur et cultivé, Andropov s'engagea contre la corruption qui sévissait en Union soviétique dès son accession à la tête du KGB et n'hésita pas, une fois à la tête de l’État, à limoger de hauts dignitaires du régime trop laxistes. Conscient du retard économique de l'URSS, il se montra favorable à une autogestion des entreprises et s'attaqua au marché noir et à l'absentéisme qui gangrénaient l'économie du pays. En pleine crise des euromissiles, il tenta vainement de limiter la course aux armements avec les États-Unis. Par ailleurs, Andropov pourchassa et interna en hôpitaux psychiatriques des dissidents du régime et eut constamment recours à la censure, ce qui lui valut le surnom d'« autocrate-réformateur ».
La brièveté de son action et le conservatisme de son successeur, Konstantin Tchernenko, empêchèrent toute réforme en profondeur de l'URSS, malgré quelques résultats probants. Même si son bilan est controversé et s’il ne fut pas le seul dirigeant soviétique à vouloir réformer son pays, Andropov a pu être considéré comme l'un des pères fondateurs de la glasnost et de la perestroïka.
Iouri Andropov serait né dans la stanitsa Nagoutskaïa (ru), gouvernement de Stavropol, dans le Sud de la Russie. Ses origines restent confuses ou contradictoires.
Son premier nom documenté était Grigory Vladimirovitch Andropov-Fiodorov ; il l'a changé en Iouri Andropov plusieurs années plus tard. Alors que son acte de naissance original a disparu, il a été établi qu'Andropov était en fait né à Moscou où sa mère travaillait alors.
Son premier beau-père, Vladimir Konstantinovitch Andropov (-1919), est un employé des chemins de fer, d'origine cosaque, qui a étudié à l'Institut des ingénieurs ferroviaires de Moscou de l'empereur Nicolas II et travaillait comme télégraphiste ; il meurt du typhus en 1919.
La mère d'Andropov, Evgenia (Jenia) Karlovna Flekenstein ou Feinstein (-1927), institutrice et professeur de musique, était, selon Andropov lui-même, une fille adoptive de Karl Frantsevitch Flekenstein (-1915) et Evdokia Mikhailovna Flekenstein, une riche famille de marchands juifs natifs de Finlande, propriétaires du magasin "Bijoux" à Moscou (26 rue Bolshaya Lubyanka), qui aurait été déposée dans un panier sur le pas de leur porte. Parmi certains de ses collègues du KGB, Andropov avait le surnom de « bijoutier » - une allusion au fait que le grand-père adoptif d'Andropov, Karl Fleckenstein, juif finlandais horloger-bijoutier, possédait une bijouterie.
Supposée fille adoptive d'Evdokia Mikhailovna et Karl Fleckenstein, la mère d'Andropov aurait travaillé dès l'âge de 17 ans comme professeur de musique dans le gymnasium Mizbakh pour filles de Felitsa Frantsevna Mansbach à Moscou, de 1913 à 1917.
Des recherches ultérieures ont montré que de nombreux détails sur la biographie d'Andropov ont été largement falsifiés au cours de sa vie, particulièrement au moment de son adhésion au parti communiste en 1939, ce qui a contribué à la confusion liée à son histoire familiale. Andropov a donné différentes dates de la mort de sa mère. L'histoire de son adoption est aussi très probablement une mystification. En 1937, Andropov a fait l'objet d'un « contrôle » lors de sa demande d'adhésion au Parti communiste, où il devait faire « bonne figure » et il s'est avéré que « la sœur de sa grand-mère maternelle » (il l'appelait sa « tante ») qui vivait avec lui et qui soutenait la légende d'une origine paysanne de Riazan, était en fait une infirmière qui travaillait chez Fleckenstein bien avant sa naissance. Après la mort de Karl Fleckenstein, en 1915 lors du pogrom antijuif des ouvriers des usines Zindel et Schrader (voir pogroms en Russie), sa femme a repris son entreprise . Toute la famille aurait pu être transformée en lichentsi (en) et ainsi privée de ses droits fondamentaux si elle n'avait pas abandonné le magasin après un autre pogrom en 1917, inventé une origine prolétarienne et quitté Moscou pour le gouvernement de Stavropol avec la mère d'Andropov. Andropov a également donné différentes versions du destin de son père : dans un cas, il a divorcé de sa mère peu après sa naissance, et dans un autre, il est mort de maladie.
Son vrai père n'aurait pas été Vladimir Konstantinovitch Andropulo, d'origine grecque plutôt que cosaque, mais celui qui fut son beau-père. Il vivait et travaillait à Nagoutskaïa, et mourut du typhus en 1919. Iouri a ensuite changé son nom de famille en un nom à consonance plus russe. Le nom de famille « Fiodorov » appartenait à son beau-père (mari de sa mère depuis 1921) Viktor Aleksandrovitch Fiodorov, un assistant machiniste devenu instituteur. Mais selon l'historien Mark D. Steinberg (en), son vrai père était Welv Lieberman probablement mort en 1916 – une date inscrite dans le curriculum vitae d'Andropov de 1932. Par la suite, le futur homme politique est appelé par les noms de ses deux beaux-pères, Grigory Vladimirovitch Andropov-Fedorov qui sont finalement transformés en Iouri Vladimirovitch Andropov. Lors du « contrôle » de 1937, il a été rapporté que son vrai père aurait servi comme officier dans l'armée impériale russe. Andropov a été interrogé en profondeur à quatre reprises et toutes les charges ayant pu l'empêcher d'adhérer au parti ne furent pas retenues .
Après la mort de son deuxième beau-père, Iouri déménage avec sa mère à Mozdok où il grandit jusqu'en 1932.
Dès ses 18 ans, pour intégrer le lycée de Rybinsk, Iouri adapte son curriculum vitae d'un « environnement prolétaire », ne laissant rien paraître de ses « racines bourgeoises ». Là, il reçoit une formation de technicien des transports fluviaux, au début des années 1930 et après l'obtention de son diplôme en 1936, devient peu après permanent des Komsomol, les jeunesses communistes.
En 1940, il est nommé dans divers postes de responsabilité au sein du PC de la république carélo-finnoise, grâce à la protection du dirigeant communiste finlandais Kuusinen et il y passe la guerre en organisant la guérilla derrière les lignes allemandes.
Andropov étudie à la Faculté d'histoire et de philologie de l'université d'État de Petrozavodsk de 1946 à 1951. Il suspend son cursus pendant un an et rejoint l’École supérieure du Parti communiste, à Moscou, en 1947.
Au début des années 1950, il entre au service diplomatique et devient ambassadeur en Hongrie, où il apprend le hongrois, chose suffisamment rare pour être notée, car en règle générale, les dirigeants soviétiques ne parlaient pas de langues étrangères. En novembre 1956, il coordonne avec Nikita Khrouchtchev et Gueorgui Joukov la répression de l'insurrection de Budapest (2 600 morts).
Élu secrétaire du Comité central en 1957, il est chargé des relations avec les autres pays socialistes et apporte son soutien au PC tchécoslovaque qui souhaitait célébrer officiellement le généticien Gregor Mendel, alors que la génétique officielle soviétique, influencée par le charlatan Lyssenko voulait interdire cette célébration.