L'intervention militaire chinoise au Tibet, connue également sous le nom d'invasion du Tibet, désigne l'envoi, par la république populaire de Chine, d'une force armée au Tibet en octobre 1950 pour reprendre le contrôle de ce territoire indépendant de facto depuis 1912.
Cette opération militaire est appelée « libération pacifique du Tibet » par le gouvernement de la RPC, le terme « libération » désignant la reconquête de la Chine semi-colonisée et n'ayant rien de spécifique au Tibet. Elle est qualifiée d'« invasion du Tibet » par le gouvernement tibétain en exil et les États-Unis.
L'armée populaire de libération (APL) défait l'armée tibétaine le 7 octobre 1950 à Chamdo, chef-lieu du Kham (Tibet oriental).
L'accord en 17 points sur la libération pacifique du Tibet, signé le 23 mai 1951 par des représentants du 14e dalaï-lama et le gouvernement de la RPC, met un terme au conflit et affirme la souveraineté chinoise sur le Tibet.
L'opération est appelée « invasion du Tibet » par le gouvernement tibétain en exil, le Congrès américain, la revue d'analyse militaire Jane, la Commission internationale de juristes et le Center for World Indigenous Studies.
Le Tibet prend une indépendance de fait à la révolution chinoise, après le soulèvement de Wuchang (1911).
En 1933, le parti nationaliste chinois au pouvoir depuis 1912, divise le Tibet en deux avec à l'Est la province du Xikang, après la guerre Tibet-Qinghai et la guerre sino-tibétaine.
En 1949[Quand ?], voyant que les communistes prenaient le contrôle de la Chine, le Kashag expulse tous les Chinois liés au gouvernement chinois, sous les protestations à la fois du Kuomintang et des communistes. Le Parti nationaliste chinois se réfugie sur l'île de Taïwan (ou Formose).
Le 1er octobre 1949, la république populaire de Chine (RPC) est déclarée par le Parti communiste chinois.
Le 3 novembre 1949, le Kashag envoya une lettre au secrétaire d'État américain, Dean Acheson, lui demandant de soutenir l'adhésion du Tibet à l'ONU. Des appels similaires furent envoyés aux gouvernements indien et britannique. Le gouvernement indien donna comme argument contre cette candidature que l'URSS utiliserait son droit de veto au Conseil de sécurité, et que cette démarche agacerait la Chine inutilement. L'antenne du Foreign Office britannique à New Delhi était du même avis concernant l'URSS, et suggéra d'expliquer au Kashag la position des gouvernements occidentaux par l'intermédiaire du résident indien à Lhassa. Acheson souhaitant faire davantage pression sur l'Inde adressa un câble à Loy W. Henderson, ambassadeur américain en Inde. Quand K. P. S. Menon et Henderson abordèrent la question de l'admission du Tibet à l'ONU, Menon déclara, catégorique, que la requête du Tibet était sans espoir, et qu'un débat à l'ONU agiterait indûment la question tibétaine risquant de provoquer une réaction immédiate des communistes chinois. Un télégramme de Henderson à Acheson souligne qu'alors l'Inde avait pratiquement le monopole des relations étrangères et des communications tibétaines avec le monde non communiste.
En septembre 1950, le général Liu Bocheng et le représentant de la RPC au Sichuan, Deng Xiaoping, annoncèrent que le Tibet allait être « libéré ».
Le 7 octobre 1950, le général Zhang Guohua, à la tête de 40 000 soldats, franchit la Yangzi Jiang (Drichu) en une demi-douzaine de points.
Selon le journaliste Thomas Laird, à Chamdo, chef-lieu du Tibet oriental (Kham), les unités extrêmement mobiles de l'APL encerclèrent rapidement les forces tibétaines dépassées en nombre, et le 19 octobre 1950, 5 000 soldats tibétains avaient été tués, et la petite armée tibétaine se rendit. Après confiscation de leurs armes, les prisonniers reçurent des livres sur le socialisme, un peu d'argent, et furent renvoyés chez eux. Selon la république populaire de Chine, la bataille de Chamdo se termina le 24 octobre, se soldant par 114 soldats de l'APL et 180 soldats tibétains tués ou blessés.
Ngabo Ngawang Jigme, commandant-en-chef de l'armée tibétaine et gouverneur de Chamdo, capitula le 19 octobre 1950. Désormais entre les mains de l'Armée populaire de libération, il envoya, le 9 novembre 1950, un télégramme au gouvernement tibétain à Lhassa, l'informant de la nécessité d'envoyer des émissaires à Pékin pour y engager des pourparlers.
L'APL continua ensuite sa progression en direction du Tibet central, mais s'arrêta dans son avancée 200 km à l'est de Lhassa, à l'endroit que la Chine appelle la frontière de jure du Tibet.
C'est ici qu'ils s'arrêtèrent et exigèrent la « libération pacifique » du Tibet. L'APL, tout en possédant un avantage militaire écrasant, souhaitait éviter l'intervention d'autres puissances telles que les États-Unis.
Selon le 14e dalaï-lama, l'APL n'attaqua pas les civils : « les Chinois étaient très disciplinés. Ils étaient comme les soldats anglais (en 1904). Même mieux que les Anglais, car ils ont distribué un peu d'argent (aux villageois et responsables locaux). Ils ont ainsi soigneusement tout planifié ».
L'APL envoya à Lhassa des prisonniers libérés (dont Ngabo Ngawang Jigme, le commandant en chef de l'armée tibétaine), pour convaincre le dalaï-lama de négocier. L'APL promit que si le Tibet était « libéré pacifiquement », les élites tibétaines garderaient leurs privilèges et leur pouvoir.