L'insurrection de Varsovie est un soulèvement armé contre l'occupant allemand organisé par la résistance polonaise dans le cadre du plan militaire national « opération Tempête » (Burza en polonais), qui dure du 1er août au 2 octobre 1944.
Il s'accompagne de la sortie de la clandestinité des structures de la Résistance et de l'État clandestin (Armia Krajova) ainsi que de l'établissement d'institutions d'un l'État polonais sur le territoire de Varsovie libre. Les civils y ont joué un rôle important de soutien et de logistique, notamment par la création d'hôpitaux de campagne dans des abris pour soigner les blessés.
Côté militaire, le soulèvement est dirigé contre les forces allemandes occupantes, mais l'objectif de libérer la ville est de pouvoir peser dans les futures négociations concernant la souveraineté de la Pologne face à l'avancée de l'Armée rouge et la position ambiguë des Alliés occidentaux vis-à-vis de l'Union soviétique.
Plus de 50 000 combattants de l'Armia Krajowa (armée de l'intérieur) prennent part à l'insurrection, mais mal équipés (la moitié n'a pas d'armes) et peu entraînés face aux troupes allemandes, les combats de rue deviennent très rapidement défensifs. Les exactions allemandes sur les civils se multiplient, comme le massacre de Wola, pour terroriser la population et décourager les combattants, tuant des dizaines de milliers de civils.
Les Alliés tentent d'approvisionner les insurgés par voie aérienne, mais face aux pertes, arrêtent leurs opérations. Alors qu'elle approchait des faubourgs est de la ville, l'Armée rouge ralentit son offensive. Les occupants allemands arrivent alors à se regrouper et écraser l'insurrection, la résistance polonaise se sent alors abandonnée.
L'insurrection prend fin le 2 octobre 1944, avec la signature d'un accord entre les parties assurant l'évacuation de tous les civils et la reddition des groupes de résistants polonais présents dans Varsovie. Une grande partie d'entre eux quitte alors la ville et certains deviennent les « Robinson Crusoé de Varsovie ». Cependant, les nazis détruisent complètement la ville en représailles.
Dès le début de son existence, l'Armia Krajowa fomente un soulèvement armé national contre les forces allemandes. Les plans initiaux de 1942 créés par le gouvernement polonais en exil supposent que l'invasion alliée de l'Europe mènerait les forces allemandes à dégarnir le front de l'Est pour la défense du Troisième Reich. L'Armia Krajowa souhaitait déclencher un tel soulèvement pour empêcher l'envoi vers l'ouest de troupes et ainsi permettre aux forces britanniques et américaines de battre l'Allemagne, en brisant toutes liaisons avec la majorité des forces allemandes amassées en Union soviétique.
Les armées soviétiques ont franchi l'ancienne frontière polonaise en juillet 1944, et s'approchent de Varsovie. Dans cette situation, la résistance polonaise est placée devant la décision de déclencher le soulèvement pour pouvoir accueillir les libérateurs en position de force. L'urgence d'une action spectaculaire devient claire après quelques tentatives de collaboration militaire avec l'Armée rouge dans la libération des villes polonaises. Par exemple à Wilno où, après la prise de la ville, le NKVD, qui suivait le front, emprisonna les résistants conviés à célébrer la victoire avec leurs frères d'armes, pour les exécuter sommairement ou pour les envoyer dans les camps du goulag[réf. nécessaire].
Au début de l'été 1944, les plans allemands prévoyaient que Varsovie serve de centre défensif (en) et soit tenue à tout prix. Les Allemands firent ériger des fortifications et renforcèrent leurs effectifs sur place vers la fin du mois de juillet. Le 27 juillet, le gouverneur du district de Varsovie, Ludwig Fischer, ordonna à 100 000 Polonais et Polonaises de se présenter pour travailler, dans le cadre d'un plan prévoyant la construction de fortifications autour de la ville par la population. Les habitants ignorèrent l'ordre, mais le commandement de l'Armée de l'Intérieur s'inquiéta d'éventuelles représailles ou rafles massives qui pourraient compromettre sa capacité de mobilisation. Les forces soviétiques approchaient de Varsovie, et les stations de radio émettant depuis l'espace soviétique appelaient le peuple polonais à prendre les armes.
Le 25 juillet, l'Union des patriotes polonais (en), dans une émission diffusée depuis Moscou, déclarait :
L'Armée polonaise des patriotes polonais... appelle les milliers de frères avides de combattre à écraser l'ennemi avant qu'il ne puisse se remettre de sa défaite... Chaque foyer polonais doit devenir une place forte dans la lutte contre les envahisseurs... Pas un instant à perdre.
Le 29 juillet, les premières unités blindées soviétiques atteignirent la périphérie de Varsovie, où elles subirent la contre-attaque de deux corps de blindés allemands : le 39e corps de Panzer et le 4e corps de Panzer SS. La station de radio Kościuszko, diffusant depuis Moscou, diffusa à plusieurs reprises son « Appel à Varsovie » et exhorta à « combattre les Allemands » :
Nul doute que Varsovie entend déjà le canon de la bataille qui doit bientôt lui apporter la libération... L'armée polonaise qui pénètre actuellement sur le sol polonais, formée en Union soviétique, s'unit désormais à l'Armée du peuple pour constituer le corps des forces armées polonaises, bras armé de notre nation dans sa lutte pour l'indépendance. Demain, les fils de Varsovie rejoindront ses rangs. Tous ensemble, aux côtés de l'armée alliée, ils poursuivront l'ennemi vers l'ouest, extermineront la vermine hitlérienne de la terre polonaise et porteront un coup mortel à la bête de l'impérialisme prussien.
Bór-Komorowski et plusieurs officiers tinrent réunion ce jour-là, durant laquelle Jan Nowak, arrivé de Londres, exprima l'avis que l'aide des Alliés serait limitée, mais son point de vue ne fut pas pris en compte.
En début d'après-midi, le 31 juillet, les principaux dirigeants politiques et militaires de la résistance n'avaient pas l'intention d'envoyer leurs troupes au combat le 1er août. Néanmoins, une autre réunion fut organisée en fin d'après-midi pour 17 heures. Vers 17 h 30, le colonel « Monter » arriva à la réunion ; il signala que les chars russes pénétraient déjà dans le quartier de Praga et insista pour que les opérations de l'Armée de l'Intérieur soient lancées immédiatement à l'intérieur de la ville, faute de quoi il « pourrait être trop tard ». À la suite de son rapport, Bor-Komorowski estima que le moment était venu de lancer l'opération « Burza », revenant ainsi sur ce qu'il avait exprimé à deux reprises au cours de la journée.
Bor-Komorowski et Jankowski donnèrent l'ordre définitif de déclencher l'insurrection après avoir reçu l'information erronée selon laquelle des chars soviétiques pénétraient dans Praga. Ils en déduisirent que la bataille pour Varsovie entre Soviétiques et Allemands atteignait son paroxysme et que cela leur offrait une occasion idéale de s'emparer de la ville avant l'arrivée de l'Armée rouge.
Estimant que l'heure de l'action avait sonné, le général Bór-Komorowski et le colonel Antoni Chruściel ordonnèrent, le 31 juillet, la mobilisation générale des forces pour le lendemain à 17 heures.
Le déclenchement de l'insurrection ne fit pas l'unanimité des dirigeants civils et militaires polonais. Les généraux Anders et Sosnkowski étaient opposés au déclenchement d'une insurrection générale, en opposition avec le Premier ministre Mikołajczyk et Raczkiewicz ; des projets contradictoires de télégrammes destinés au général Bór-Komorowski furent rédigés et plusieurs fois modifiés. Ainsi, le général Sosnkowski, en tournée d'inspection du deuxième corps polonais combattant en Italie aux côtés des Alliés, écrit au chef d'état-major polonais à Londres :